AccueilÉconomieCCI Essonne : Un Comité industrie pour accompagner la transformation du secteur

RELANCE INDUSTRIELLE CCI Essonne : Un Comité industrie pour accompagner la transformation du secteur

Pour « remettre l’industrie au centre des priorités » et « contribuer à son renouveau en Essonne », la CCI Essonne a lancé un Comité industrie.
CCI Essonne : Un Comité industrie pour accompagner la transformation du secteur
© Adobe Stock

Économie Publié le , Propos recueillis par Quentin Clauzon

Composé d’une douzaine de membres, il doit se réunir une fois par mois jusqu’en février prochain. L’objectif ? Dresser, dans un premier temps, un état des lieux « au plus proche de la réalité », après la publication il y a peu d’un livre blanc dédié. Le Comité industrie entend travailler de manière très concrète avec les élus locaux sur ces pistes imaginées par les industriels, avec l’élection présidentielle en ligne de mire, comme l’explique Stéphane Bruyère, directeur des services aux entreprises à la CCI Essonne.  

Comment est né le Comité industrie ?

Stéphane Bruyère : Si le sujet de l’industrie est majeur en Île-de-France, il a perdu du terrain ces dernières années. Il a commencé à revenir en grâce très récemment, notamment avec le lancement du programme national “Territoires d’industrie“, en 2018. Mais c’est vraiment la crise sanitaire qui a provoqué un électrochoc auprès des acteurs institutionnels, après toutes les difficultés que nous avons connues du fait du manque de production sur le terrain (concernant les masques, les respirateurs, etc.)  et du quasi-arrêt du commerce international. 

Pour participer au niveau local à ce mouvement, afin de faire un état des lieux des difficultés des industries et savoir comment booster, soit la réimplantation, soit le développement du secteur, nous nous sommes dit que nous pourrions constituer un groupe d’industriels représentatifs du territoire. Nous avions déjà, début 2020, produit un livre blanc, pour poser un certain nombre de constats et mettre en lumière les défis qui se posent à l’industrie à très court terme, comme à long terme. Faisant suite à ce document d’appui, le Comité d’industrie est effectivement né l’été dernier. Il a démarré ses travaux en septembre. 

L’objectif, c’est de se demander ce que nous pourrions faire aujourd’hui pour soutenir, attirer et développer l’industrie au niveau local. La crise sanitaire a aussi mis en exergue les grandes difficultés que nous connaissons sur nos territoires. 

© DR / Amélie de Montchalin, ministre de la Fonction publique, rend visite à Drago Paris, joyau industriel de l'Essonne.

Le nombre de membres du comité pourrait être amené à augmenter ?

S. B. : Nous avons aujourd’hui une douzaine de membres, issus de tous les secteurs (automobile, aéronautique, pharma, agroalimentaire…). Nous ne sommes pas du tout fermés, mais le comité n’a pas vocation à faire de grands-messes. L’idée est d’être très pragmatique, efficace, d’arriver à poser les problématiques et de mettre en regard les solutions, que les industriels ont eux-mêmes trouvé au niveau local. 

Des sujets forts ont déjà été dégagés ?

S. B. : Nous nous sommes donnés un cadre très précis, pour éviter de trainer en longueur et de nous perdre dans des réflexions inutiles. Nous avons décidé d'organiser six réunions (une fois par mois), pour parvenir, à terme, à poser un diagnostic et apporter des débuts de pistes. Ces dernières seront présentées aux industriels eux-mêmes et aux élus locaux qui ont les capacités à agir. 

La première réunion a permis de poser les thématiques que souhaitaient aborder les industriels. Le sujet numéro un, c’est le recrutement. Comment attirer les talents et, au-delà, les candidats, vers l’industrie ? Il y a un énorme déficit en bras (en compétences également, mais les entreprises peuvent former en interne). La notion d’attractivité des territoires est aussi prégnante. Paris et la petite couronne captent les meilleurs talents, au détriment de l’Essonne. 

En relation avec ce sujet, nous avons également une problématique très importante sur le transport. Tout cela empêche les entreprises de se développer. Il faut savoir que certains industriels réfléchissent à s’installer dans le Nord ou dans l’Est de la France, où ces difficultés sont moins présentes. Certains sont mêmes obligés de payer des chambres d’hôtel à leurs salariés pour essayer de les attirer et leur montrer qu’ils n’ont rien à perdre à venir dans le département. 

Quels sont les autres points-clés ?

S. B. : Nous allons aborder, certainement en janvier, le problème des contraintes administratives. Cela concerne, de manière très large, les taxes. Dernièrement, on a beaucoup parlé des impôts de production. Même s’ils ont baissé, ils restent parmi les plus élevés d’Europe. Donc, en termes de compétitivité, cela pose un vrai problème. Nous avons des industries qui aujourd’hui souhaitent se développer (agrandir leur outil de production ou s’implanter). Mais les contraintes administratives sont très fortes, et les taxes qui y sont associées également. La situation devrait changer sur ce point : depuis un an, l’industrie est à nouveau au cœur des préoccupations nationales (avec le plan d’investissement France 2030 et le plan de relance, notamment). Il y a des incitations et des financements dédiés à la modernisation de l’appareil productif. Cela joue aussi sur son image, qui souffre encore de certains clichés. On n’apprend pas à nos jeunes à se diriger vers l’industrie. Le fait de “verdir” le secteur, de le moderniser, devrait certainement pallier ce problème. Nous aborderons tous ces sujets. 

Le quatrième thème, plus positif, porte sur la notion de cluster et de filière. Il a été pointé du doigt le fait que l’industrie, au niveau local, agit un peu en mode dispersé. Chaque entreprise dispose de son usine à tel ou tel endroit du territoire. Mais comment constituer des grappes, comment valoriser des filières ? Nous avons par exemple, sur Evry-Courcouronnes, le Genopole, qui est dédié aux biotechnologies. Mais que dire de l’électronique ? Que dire de la mécanique de précision, qui dessert des sociétés prestigieuses dont Dassault et Safran ? Le but principal est de faire connaître, de valoriser ces filières et de les rendre attractives, de montrer que ces secteurs sont dynamiques, qu’ils génèrent de l’emploi. Mais aussi que l’industrie se modernise. La question de l’emploi des femmes est prégnante de ce point de vue. On le voit, notamment grâce à la mécanisation, l’industrie a évolué sur le sujet. Tout le monde peut aujourd’hui travailler dans ce secteur.

© DR / Stéphane Bruyère

Le sujet de l’industrie 4.0 est également capital ?

S. B. : Oui, c’est un sujet que nous aborderons certainement de façon transverse. Comment sensibiliser et accompagner les entreprises industrielles à se transformer ? Nous avons encore beaucoup de petites industries très talentueuses, mais qui ne sont pas forcément aux standards mondiaux ou aux standards des grands donneurs d’ordres. Or, si vous souhaitez travailler pour ces leaders, vous devez rendre vos systèmes compatibles avec les leurs. Au risque de perdre des marchés et de voir la production se faire ailleurs. 

Quels seront les prochaines étapes pour le comité ?

S. B. : Nous terminerons les travaux “thème par thème“ d’ici février prochain. Le mois de mars sera réservé à la rédaction de nos préconisations (avec les problématiques et les pistes à considérer). Ensuite, nous interpellerons les élus locaux, avec la présidentielle en ligne de mire. L’idée est de leur soumettre des solutions concrètes, par exemple sur le recrutement, avec la revalorisation des filières de formation ou la réforme de l’Education nationale sur la mentalité des enseignants. Cela peut concerner aussi nos politiques locaux, avec l’aménagement des zones d’activité. Nous pourrions par ailleurs interpeller la Région sur certains paradoxes : on nous dit de faire attention au réchauffement climatique, mais il n’y a pas de transports en commun fiables pour aller d’un point à autre du territoire de façon simple. Dans certaines parties de l'Essonne, il n’y a ni RER ni bus pour rejoindre la zone industrielle où l’on travaille. 

Un conseiller industrie a également été nommé ?

S. B. : Oui, la CCI Essonne s’est dotée depuis le début d’année d’un conseiller industrie, Thierry Maréchal. C’est un expert du sujet. Quelles que soient leur problématique et leur taille, les entreprises qui le souhaitent peuvent prendre contact avec lui au 06 89 34 24 66 ou par mail :  tmarechal@essonne.cci.fr. 

Notre but est d’aller à la rencontre des industriels pour leur apporter les dispositifs qui sont susceptibles de booster leur transformation. L’état et Région proposent beaucoup de choses, mais il y a une méconnaissance des dispositifs. Ils n’arrivent pas toujours jusqu’au terrain. Les petites entreprises ne sont pas forcément structurées pour faire cette veille.

Le but ultime du Comité industrie, c’est d’essayer d’avoir un impact sur la transformation en cours et de créer des emplois. Au-delà, la CCI Essonne et l’ensemble du réseau des CCI ont la volonté d’accompagner cette transformation absolument nécessaire, la valorisation des métiers et des filières, pendant que le discours est favorable au niveau national. On parle de France 2030, c’est un vrai défi collectif si l’on veut sauver et développer l’industrie française. 

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?