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Tour d’horizon des stratégies d’entreprises pour « redevenir autonome »

Au lendemain d'une grave pandémie et dans un contexte de fortes tensions internationales, les entreprises sont conduites à prendre des mesures pour sécuriser leurs approvisionnements, activités, données et compétences.
Tour d’horizon des stratégies d’entreprises pour « redevenir autonome »
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Économie Publié le , Anne Moreaux

Un colloque organisé par le Medef et l'ESSEC Business School leur a donné la parole.

Intitulé « (Re)devenir autonome : stratégies d’entreprises », ce colloque animé par Raphaël Legendre, journaliste à l'Opinion, a montré à quel point les questions d’autonomie et de souveraineté préoccupent les entreprises actuellement.

Dans leurs échanges d’ouverture,Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, et Vincenzo Vinzi, directeur général de l’Essec Business School, ont expliqué l’importance de la souveraineté et de l’indépendance économique, notamment industrielle, pour l’économie française.

Ne pas dépendre des autres pour les services essentiels

En 2018, Geoffroy Roux de Bézieux a d’ailleurs créé un comité souveraineté au Medef : « peut-être un petit tropisme » de son « passé force-spéciale », a-t-il admit avant d’expliquer qu’on oscille entre la souveraineté et l’autonomie afin de ne pas dépendre de manière trop forte d’autres nations pour nos services essentiels. Une question régalienne de « bonne gestion » et de « choix de ces secteurs importants » selon lui. Il a aussi dit regretter que « le sujet économique a été oublié de la campagne électorale », mais estime toutefois qu’il existe un consensus assez large sur plusieurs thèmes tels que la réindustrialisation, l’autonomie, la souveraineté, et la transition écologique.

Sur la même longueur d’ondes, le directeur de l’Essec - « cette école de pensée, de savoir et de liberté » - a déclaré qu’aujourd’hui on se forme tout au long de la vie pour lutter contre les nouveaux défis. C’est pourquoi il a inclus cette question de la souveraineté dans la formation, notamment dans la nouvelle filière France leadership.

« L’Europe se bat pour ne pas se faire imposer les règles du jeu et ne pas subir l’interdépendance en repensant ses partenariats avec l’étranger », a déclaré Bruno Dupré, conseiller sécurité défense du Service Européen pour l'Action Extérieure, en définissant ce qu’est l’autonomie stratégique.

« L’autonomie n’est pas l’autarcie, c’est une vision extrêmement dangereuse comme celle qu’a la Russie aujourd’hui car on ne détricote pas ce qui s’est tricoté en 60 ans », a ajouté Martin Juillard, directeur adjoint de la diplomatie économique au ministère de l'Europe et des Affaires Etrangères, considérant qu’il faut cependant réviser la politique de la concurrence et identifier les marchés porteurs de demain.

Faisant office d’illustration parfaite, la keynote de Bruno Jaquemin, délégué général de l’alliance des minerais, minéraux et métaux (A3M), a montré que tous les secteurs ont besoin de minerais et que dans les décennies qui sont devant nous les besoins en métaux vont exploser (pour les batteries des véhicules électriques par exemple) alors que nous avons délaisser cette industrie et que « l’Europe est terriblement dépendante ». Il faut donc « repenser l’exploitation minière en métropole et redévelopper des partenariats ». Il a ainsi alerté sur notre immense dépendance envers la Chine qui produit 57 % des terres rares qui permettent de fabriquer de nombreux produits de nécessité contenant des aimants.

Trouver le bon équilibre entre l’autonomie et l’ouverture

Divers dirigeants ont pu partager leur vision de ce qu'est l'autonomie stratégique et de la manière dont les enjeux sont pris en compte par leur entreprise.

Laurent Giovachini, directeur général adjoint de Sopra Steria, a défini la souveraineté comme « une forme d’équilibre entre la nécessité d’être plus autonome mais de ne pas abandonner l’attractivité de notre pays et l’ouverture des technologies dans le monde ».

Pour lui, nous avons sans doute été naïfs en Europe face à des blocs comme la Chine ou les Etats-Unis qui pratiquent un libéralisme économique extrêmement dur. L’Europe fait donc face à 3 enjeux principaux : protéger ses actifs et ses données ; choisir, connaître et réduire ses dépendances en les maîtrisant et les assumant ; être à l’offensive en développant des leaders technologiques via des partenariats public-privé et des PIEEC.

L’enjeu c’est également d’avoir une liberté de décision et d’action en matière militaire selonEric Béranger, PDG de MBDA. « L’autonomie stratégique nécessite des ressources financières et humaines donc il faut arrêter l’armement bashing et il faut absolument rester vigilant car la Défense est le moyen de défendre la démocratie », a-t-il lancé à l’adresse des étudiants présents dans l’auditoire, en précisant qu’il prévoit de recruter 1500 personnes cette année, donc a un véritable besoin de main d’œuvre de qualité motivée pour travailler dans l’industrie de la défense.

Dans un autre domaine, David Simonnet, PDG d'Axyntis (leader de la chimie fine en France qui fabrique des principes actifs pour les médicaments) défend la réindustrialisation en dénonçant que 80 % des médicaments européens contiennent des principes actifs qui viennent d’Asie ce qui créé des ruptures de stocks énormes et dangereuses. Celui qui a développé 3 projets dont 2 dans le cadre de France relance pour relocaliser la fabrique de médicaments innovants sur le territoire, est un fervent défenseur du développement des ETI dans l’Hexagone.

Comment se positionner dans la course technologique mondiale

Plan France 2030, stratégie industrielle européenne, les initiatives ne manquent pas pour accélérer les investissements dans des secteurs critiques et aider les entreprises à se positionner dans la course mondiale à l'innovation.

Emilie Mouren-Renouard, membre du Comex d'Air Liquide et co-présidente de la commission souveraineté et sécurité économique du Medef, a expliqué que le contexte politico-sanitaire actuel impact fortement l’industrie et impose aux groupes industriels comme le sien l’enjeu de gérer le court terme tout en se projetant dans le long terme pour continuer d’être leader de leur secteur. Pour se faire, il faut donc mettre l’accent sur la recherche académique et privée qui doivent travailler plus étroitement ensemble, comme ce qui se fait aux Etats-Unis.

Le groupe a récemment publié sa stratégie 2025 pour avoir une performance financière solide tout en décarbonant son activité : investissement de 16 milliards d’euros dans la transition énergétique et 500 millions d’euros par an sur l’innovation dont une bonne partie sur la transition vers l’hydrogène. L’objectif est de construire une filière hydrogène avec des partenaires tels que Siemens ou Total Energies, aidée par les Projets importants d'intérêt européen commun (PIEEC). Un dispositif d’aide européen également utilisé par l’entreprise française ST Microelectronics dont le vice-président exécutif, Thierry Tingaud, a expliqué profiter pour développer le marché des composants électroniques semi-conducteurs « devenus l’équivalent du pétrole des années 70 ».

Pour Nassima Auvray, directrice Stratégie & Marketing, Solution Cloud de Confiance d'Orange/Orange Business Services, l’enjeu est surtout de « prendre la main sur nos données industrielles et btob » qui sont nos principaux actifs stratégiques, et ce via le cloud qui est une façon de pouvoir les maîtriser et les valoriser. Selon l’experte, on peut intervenir sur la régulation (RGPD, DSA et DMA européens), l’innovation (IA, blockchain) et la coopération (Data hub, clusters de données, Gaïa X).

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