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Ref Présidentielle 2022 : les candidats en opération séduction face au Medef

C’est le rituel obligatoire pour les candidats à la Présidentielle. Le “Grand Oral” devant les grands patrons. Six candidats ont répondu à l’appel du Medef et ont, tour à tour, défendu leur programme économique.
Ref Présidentielle 2022 : les candidats en opération séduction face au Medef
© AP

Société Publié le , Laura Ouvrard et Margot Herrada

« La question économique n’est pas du tout présente dans cette campagne », a déploré Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef à la Station F, le plus grand incubateur de start-up en Europe fondé par Xavier Niel. Il était accompagné à cette occasion par Antoine Frérot, directeur général de Veolia Environnement et par Alain Di Crescenzo, président de la CCI France. Selon eux, le projet économique se doit d’être au centre des discours puisque la France a enregistré l’an dernier un déficit commercial record. Les candidats Yannick Jadot, Fabien Roussel, Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Marine Le Pen et enfin Éric Zemmour ont tenté de convaincre le patronat français lors de ce grand oral du 21 février.

La gauche divisée sur le nucléaire

« Je souhaite construire entre six et huit réacteurs nucléaires d’ici 10 à 12 ans », a martelé le candidat communiste Fabien Roussel, seul candidat à gauche à défendre ce secteur. Une position qui l’oppose notamment à l’écologiste Yannick Jadot pour qui le nucléaire est un véritable danger et n’est pas une solution crédible. Il souhaite en sortir totalement d’ici 2050, tout comme sa concurrente socialiste qui a affirmé : « Je suis quelqu’un de responsable au niveau de la protection énergétique du pays. Il faut regarder la question dans sa globalité, s’intéresser à la gestion des déchets… Le nucléaire sera utile pendant encore quelques années, mais personne ne va nous l’acheter, les marchés d’avenir ce sont les énergies décarbonées. Il ne faut pas s’entêter avec le nucléaire, nous allons nous fermer des opportunités mondiales où l’excellence française doit être au rendez-vous. C’est maintenant qu’il faut prendre ce virage. Nous devons aller vers un modèle plus sobre, créateur de valeur ».

L’utilisation de la fiscalité pour financer la lutte contre le dérèglement climatique a également été longuement évoquée par les différents intervenants. Pour Yannick Jadot, « la transition écologique se fera avec les entrepreneurs, les agriculteurs, les salariés et les citoyens ou ne se fera pas ». Il a ensuite détaillé l’une de ses propositions face aux chefs d’entreprise présents. Il s’agit du « pacte de compétitivité », un dispositif qui doit permettre de conditionner les baisses d’impôts à des comportements vertueux des entreprises au niveau écologique. De son côté, Anne Hidalgo a défini ses grands axes à travers quatre « odyssées industrielles ». L’une d’entre elles est spécifiquement consacrée à cette problématique. Elle propose de rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et d’utiliser les recettes pour mener sa politique climatique. A l’inverse de son concurrent, elle ne s’attaque pas à la fiscalité des entreprises : « Je ne toucherai pas à l’impôt sur les sociétés, je propose un rééquilibrage et le rétablissement de l’ISF. Cet impôt aurait pu servir à contenir le niveau des inégalités. Il faut l’utiliser pour financer notamment la transition énergétique. Accompagner l’achat de véhicules propres dans les milieux ruraux et permettre aux personnes d’engager la rénovation thermique des logements ».

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Roussel et Le Pen pour le protectionnisme économique

Le candidat communiste a voulu se démarquer du reste de la gauche en prônant un programme basé sur une analyse et une gestion macro-économique. Selon lui, cette vision est un moyen de rallier les entreprises à son projet : « C’est une des différences que j’ai avec les autres candidats de gauche. Si je disais juste “augmentons les salaires et tout va aller mieux, on va relancer la demande” ça ne suffirait pas. Il faut donc un choc de la demande et un choc de l’offre ».

En tant que communiste, il ne manqua pas d’illustrer ses propos par un passage d’histoire à l’époque de François Mitterrand : « En 1981, c’est l’offre qui a manquée, ce qui a ouvert notre économie à tout va ». Une bonne transition pour évoquer la relocalisation des entreprises en France. Son objectif est donc de faire baisser le coût des ces dernières grâce à leur nationalisation, notamment dans l’énergie et dans l’assurance. Il propose notamment de faire d’Axa une assurance totalement publique : « S’ils sont dans la salle, bienvenue à la maison », a-t-il plaisanté.

Avec cette même volonté de favoriser les entreprises françaises, mais de façon plus radicale, Marine Le Pen propose un « patriotisme économique par l’étiquetage ». En outre, elle souhaite attribuer l’ensemble des marchés publics aux sociétés françaises. « Toute la commande publique sera réservée aux entreprises qui créent en France », atteste la candidate du Rassemblement national.

Simplification administrative

Depuis le début de sa campagne, Valérie Pécresse se dédouane de toute politique commune avec Emmanuel Macron. Sa justification est simple : « Moi je vais faire ce qu’il n’a pas fait ». La candidate des Républicains avance une « politique de l’offre », qui ne serait pas financée par la dette. L’occasion pour elle d’accentuer sa démarcation avec le chef de l’État en visant la politique qu’il a menée depuis le début de son quinquennat.

« Je propose plus d’économies que de dépenses nouvelles. Les baisses d’impôts depuis 2017 sont faites à crédit », a-t-elle argué. Pour ce faire, elle propose de « supprimer des gaspillages, des doublons et de l’argent mal utilisé », qui selon elle représente 200 000 postes de fonctionnaires dans une « administration administrante ». Outre l’aspect économique, la simplification des normes administratives et l’unification des guichets est également l’objectif.

Sur le même principe, le candidat Éric Zemmour propose la création d’un « Haut-Commissariat à la simplification administrative, directement rattaché au président de la République, afin de revenir à un cadre clair et se débarrasser des lourdeurs qui pèsent sur les ménages et les entreprises ». Tout comme la candidate Les Républicains, il estime que l’argent public est jeté par les fenêtres : « Les dépenses sociales sont énormes, colossales, démesurées. Il y a deux tabous : la droite disait, mais ne le dit même plus, '‘il faut réduire la protection sociale de tous'' et la gauche dit “ce n’est pas grave, on va continuer à s’endetter ” ».

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L’extrême-droite vent debout contre la C3S et la CVAE

S’il y a un sujet que l’ensemble des candidats ont pris la peine d’évoquer lors de ce grand oral, c’est bien celui de la fiscalité des entreprises. Tous l’ont développé à leur manière face à un public d’initiés. Tout d’abord, Yannick Jadot souhaite rendre l’impôt de production utile : « Je ne supprimerai pas ces impôts mais je transformerai ces impôts de production en fonds d’investissement pour les régions ». Une mesure assez similaire à celle d’Anne Hidalgo puisque l’actuelle maire de Paris n’entend pas toucher à l’impôt sur les sociétés et évoque plutôt un rééquilibrage de ces finances.

Fabien Roussel propose de s’attaquer aux grosses entreprises et renverser la tendance fiscale selon laquelle « plus vous êtes gros, moins vous payez ». Cela revient à instaurer une taxation progressive. « Je n’entends pas toucher au taux d’impôt sur les sociétés des TPE à 15%. Je privilégierai un prélèvement à la source », précise le candidat. Sur cette thématique, Valérie Pécresse considère « qu’il faut discuter » de chaque décision avec les partenaires sociaux, avant d’évoquer une baisse de 10 milliards à trouver entre la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).

Éric Zemmour, quant à lui, témoigne son admiration pour les entrepreneurs capables de réussir malgré les conditions des deux dernières années et fustige un État trop présent dans l’économie. Pour y remédier il souhaite baisser la fiscalité qui pénalise cette activité économique et compte déduire « 30 milliards de ces impôts de production sur la C3S et la CVAE », qu’il considère comme « responsables de la mort de beaucoup de nos entreprises ». Un programme semblable à celui de Marine Le Pen. Cette dernière prend toutefois la peine de visualiser ces mesures dans le temps. « Si l’on accepte l’idée de faire des économies, nous parviendrons à une baisse de 30 milliards des impôts de production sur trois quinquennats, avec une suppression de la CFE et de la C3S ».

De quoi « reprendre la main sur l’aménagement du territoire dans des lieux qui ont vocation à être réindustrialisés », selon la candidate du Rassemblement national.

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