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Qualité de l’air : à SQY, Lify-Air traque les pollens

Il y a quatre ans, Jérôme Richard a conçu, avec Johann Lauthier, la start-up Lify-Air. Leur objectif était d’apporter une solution de prévention des épisodes polliniques.
Qualité de l’air : à SQY, Lify-Air traque les pollens
Lify-Air

Société Publié le , Propos recueillis par Quentin Clauzon

Grâce à une information en temps réel fournie par des capteurs, les allergiques ont désormais la capacité de mieux gérer leurs allergies aux pollens, via une application mobile. Cette dernière permet de connaître, selon leur localisation, leur exposition aux différentes variétés, mais aussi de rendre compte de leur ressenti aux autres utilisateurs. L’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a initié une expérimentation de ce système, dans le cadre de son plan climat-air-énergie (PCAET). En effet, en 50 ans, le nombre de personnes allergiques aux pollens est passé de 7 % à 25 %.

Jérôme Richard : Quel est l’objectif de Lify-Air ?

Jérôme Richard : Lify-Air a vocation à mesurer les pollens en temps réel, pour améliorer le quotidien des allergiques. C’est la première fois que l’on mesure la présence de différents pollens en temps réel sur un territoire aussi vaste, à un coût abordable et que l’on délivre une information pollinique aux utilisateurs, c’est-à-dire les allergiques.

Nous sommes les premiers à avoir développé un capteur miniaturisé, réalisé et conçu techniquement et scientifiquement avec le CNRS. Nous avons ensuite pris un an pour faire des inter-comparaisons, des calibrations, tout un tas de choses utiles pour la mesure. Ce qui nous a ensuite permis de mettre en place des expérimentations dans les territoires, dont Saint-Quentin-en-Yvelines. On a mis un peu plus de deux ans à le développer.

© DR - Jérôme Richard

Qu’en est-il sur l’agglomération de SQY ?

J.R. : Sur SQY, nous avons une douzaine de capteurs, répartis sur l’ensemble du territoire. Ils ne sont pas encore ouverts à la population, nous sommes en train de tester le système avec des simulateurs. Cela nous permet d’échanger de façon qualitative avec eux, pour savoir quel est leur ressenti par rapport à l’application. L’idée, c’est de se renseigner sur la façon dont ils l’utilisent, de savoir ce qu’ils en pensent, de connaître leurs suggestions en termes de nouvelles fonctionnalités. Nous avons eu des premiers retours qualitatifs intéressants, avec des utilisateurs qui nous ont indiqué que c’était utile, qu’ils avaient pris conscience qu’ils étaient allergiques. Ils constatent, dans un certain nombre de cas, que cela va beaucoup mieux avec l’application. En effet, le fait d’avoir de la mesure en temps réel permet d’anticiper un certain nombre de situations et notamment la prise d’antihistaminiques.

Pourquoi travaillez-vous avec des collectivités ?

J.R. : Parce qu’elles sont concernées au premier chef. Environ 30 % de la population de n’importe quelle collectivité en France et dans le monde est concernée par les allergies au pollen. De plus en plus de personnes le sont et on s’achemine vers 50 % de la population en 2050. C’est un vrai problème de santé publique.
Il s’agit d’un service à la population. Beaucoup de personnes sont allergiques en pollen sans en avoir conscience. Cette application leur permet d’en prendre conscience, d’aller voir un médecin, d’identifier leur allergie, puis d’aller éventuellement d’aller prendre leur traitement. Nous avons une visée de prévention. La prévention en matière de santé publique fait partie des prérogatives des collectivités, pour peu qu’elles souhaitent investir dans les solutions innovantes, voire les mettre en œuvre.

Cette initiative s’intègre dans le plan climat-air-énergie des collectivités ?

J.R. : Oui, tout à fait, le PCAET est une obligation pour les collectivités de plus de 20 000 habitants. C’est le cas de SQY. Ce plan prend en compte un certain nombre de paramètre environnementaux. Il peut s’agir de la pollution, du bruit, de l’eau, des mobilités. Les pollens rentrent très bien dans ce contexte, puisque c’est une sorte de polluant végétal. C’est un élément d’appréhension de ce qui se passe, d’un point de vue de la biodiversité et de la santé.

Vous faites partie de ces acteurs qui s’intéressent à la qualité de l’air dans toutes ses composantes ?

J.R. : Oui exactement et accessoirement c’est intéressant, parce que cela concerne beaucoup de monde et c’est un service qui est très utile. Nous le voyons via nos retours, il y a beaucoup d’intérêt pour ce type de solutions qui n’existaient pas jusqu’à maintenant.

© Lify-Air

Quelle est votre échelle d’action privilégiée ?

J.R. : Cela peut être au niveau communal, métropolitain, départemental, ou régional. Nous n’avons pas vraiment d’échelle. L’important, pour nous, c’est de faire un maillage sérieux au niveau d’un territoire. Nous mettons plusieurs capteurs à ce titre. Pourquoi en avoir mis 12 à SQY ? Parce qu’il n’y aura pas les mêmes concentrations de pollen en même temps au Sud ou au Nord du territoire. Ce n’est pas homogène, comme en ce qui concerne la pollution. Les plantes émettent du pollen par bouffée. Chaque bouffée se dissémine, puis retombe, et cela s’arrête. D’où l’idée d’avoir plusieurs capteurs sur un même territoire, pour affiner la mesure selon sa localisation.

Que se passera-t-il ensuite ?

J.R. : Nous espérons que l’agglomération de SQY maintienne le service et l’ouvre assez vite à la population. Passer par la case expérimentation était son souhait, mais d’autres collectivités, comme Vanves et Anthony, ont d’ores et déjà ouvert leurs données à la population. Il y en a aussi à Dunkerque, Nice, Aix-en-Provence, et en Corse. Les populations bénéficient déjà de l’information en temps réel grâce à l’application, qui se télécharge sur les stores.

D’un point de vue plus pratique, quand est-ce que cet outil est utile ?

J.R. : Des pollens, vous en avez toute l’année. Cela diffère selon l’endroit où vous vous trouvez en France. Cela débute en décembre-janvier, avec les pollens de cyprès dans le sud de la France. Arrivent ensuite les pollens de noisetier, de bouleau, de platane, de hêtre, de chêne. Puis arrivent les graminées.

Il y a aussi phénomène que l’on observe et qui est bien réel. Il y a en ce moment un mouvement pour favoriser la biodiversité, en interdisant aux collectivités l’usage des pesticides. Mais on s’aperçoit qu’il y a beaucoup plus d’herbacés sur les bords de route, dans les rues etc., et cela favorise la présence de pollen. C’est un des effets pervers de la réglementation, injuste à mon sens. Mais avec une solution de mesure des pollens comme la nôtre, vous allez permettre aux habitants de savoir qu’il y a tel ou tel pollen actuellement et éventuellement de prendre leur médicament plus tôt. Donc c’est une solution qui permet de mieux vivre.

En ce moment, nous avons encore quelques herbacés et notamment un pollen particulier, l’ambroisie. Cette plante invasive, qui commence s’étendre dans toute la France, est très allergisante et peut pousser à partir de mi-août jusqu’à fin septembre mi-octobre.

Pensez-vous vous développer davantage en Île-de-France ?

J.R. : Nous aimerions nous implanter dans un peu plus de collectivités en Île-de-France, nous y travaillons. Si elles souhaitent s’en équiper, nous sommes très ouverts à le faire.

Quels sont les bons gestes pour les personnes allergiques ?

Il faut tout simplement s’employer à éviter de sortir quand il y a une bouffée. Encore faut-il le savoir, c’est ce que nous permettons avec l’appli. Si on ne peut pas faire autrement, on peut mettre un masque. Cela ne protègera pas les yeux, mais protéger les voies respiratoires est déjà bien. Quand on rentre chez soi, on change ses vêtements, et on se lave les cheveux parce que des pollens se sont fixés dessus (faute de quoi, on transfert ces pollens sur l’oreiller, au moment du coucher). Il faut aussi éviter d’ouvrir les fenêtres et d’aérer en pleine journée, lorsqu’il y a beaucoup de pollen – il faut le faire tôt le matin ou tard le soir –. Ensuite, dès que vous savez que vous êtes exposé, vous pouvez prendre très tôt votre antihistaminique, avant d’être malade et de mettre trois semaines pour vous en défaire. C’est d’ailleurs cela l’objectif originel de l’application.

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