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Précarité énergétique : une véritable « bombe », qui pourrait exploser à la rentrée

Brahim Ouarem, président du Smoys, a fait le point sur les avancées en cours, dans un contexte où le prix de l’énergie, déjà en augmentation avant la crise ukrainienne, risque de plonger un grand nombre de foyers dans la précarité.
Précarité énergétique : une véritable « bombe », qui pourrait exploser à la rentrée

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Pour rappel, le Syndicat mixte d’énergie Orge-Yvette-Seine (Smoys) a doublé sa taille sur l’exercice 2020/2021, passant à 68 communes (deux ont adhéré plus récemment) et plus de 850 000 habitants. Installé à Sainte-Geneviève-des-Bois, il opère sur l’Essonne et le Val-de-Marne. Le Smoys a un rôle historique, en tant qu’autorité organisatrice de la distribution d’énergie avec les concessionnaires de gaz et d’électricité Enedis et GRDF. Depuis 2016, il est également chargé de piloter la réalisation des bornes de recharge pour les véhicules électriques.

Le syndicat a pour objectif, depuis l’arrivée de son président Brahim Ouarem en octobre 2020, d’étendre ses compétences à d’autres domaines en lien avec la transition énergétique et écologique : le photovoltaïque, le gaz vert, le diagnostic de performance énergétique, les certificats d’économie d’énergie, et le groupement d’achat d’énergie. « Nous souhaitons participer activement à cette transition énergétique pour parvenir à atteindre un bilan bas carbone qui soit en rapport avec les objectifs fixés par l’État », soulignait dernièrement le président du Smoys.

Une capacité de financement encore augmentée

« Nous avons validé les adhésions de toutes les collectivités pour passer à 68 communes, 850 000 habitants, une échelle réellement départementale. 2022, c’est l’accomplissement, la phase opérationnelle. Nous avions récupéré un syndicat complètement moribond. Il a fallu remettre les choses à plat », rappelle-t-il. Le Smoys est désormais doté d’une capacité de financement de plus de 2 millions d’euros, après avoir récupéré 200 000 euros sur le précédent exercice.

Ce qui lui permettra d’investir d’avantage et d’entrer de plain-pied dans cette phase opérationnelle. Une nécessité dans le contexte actuel. Plusieurs domaines sont concernés, et notamment le schéma directeur d’implantation des IRVE (infrastructure de recharge pour véhicules électriques) qui a été validé lors du dernier conseil syndical. L’idée est d’implanter des bornes de recharges de véhicules électriques dans les zones blanches, pour atteindre 300 unités, contre 100 actuellement. Quelque 600 000 euros sont investis cette année pour ce déploiement.

Après discussion avec Cœur d’Essonne Agglomération et la Société publique locale Air 217, le Smoys envisage d’installer une unité de production et de distribution de biogaz sur le site de l’ancienne base aérienne, qui dispose de foncier disponible. « Il y a beaucoup d’entrepôts consommateurs de biogaz, notamment Amazon, qui utilisent un nombre important de gros véhicules qui seraient consommateurs de cette énergie », explique le syndicat.

Le Smoys a également signé une convention avec ses concessionnaires d’énergies historiques sur la possibilité de changer les chaudières à gaz, ainsi que concernant le développement d’un réseau intelligent (smart grid). « L’idée est de travailler sur l’ajustement entre le bassin de consommation et la production. Nous allons réfléchir sur un smart grid à l’échelle du territoire, avec, d’abord, une expérimentation sur une petite localité », explique le syndicat.

Sur la question de l’enfouissement, le syndicat a conclu des accords avec deux groupements d’entreprise, lui donnant la capacité de faire à la place des collectivités en la matière et de les soulager des démarches (de la consultation, du choix des entreprises à effectuer, etc.). Six collectivités adhérentes ont d’ores et déjà mandaté le syndicat. « Nous devenons une vraie boite à outil pour les collectivités, un syndicat technique au service », précise le Smoys.

Concernant les économies d’énergies relative aux bâtiments, le syndicat a fait voter en commission la possibilité de réaliser les différentes prestations évoquées plus haut en matière d’audit notamment. Le diagnostic de performance énergétique vise par exemple à savoir quel est la nature de la déperdition énergétique du patrimoine urbain de plus de 1000 m2. Deux communes, Chilly-Mazarin, et Ris-Orangis, ont déjà fait une demande au Smoys en ce sens. « C’est une véritable démonstration de notre crédibilité », assure le syndicat. Toutes les communes, peu importe leur taille, n’ont pas forcément de technicien habilité pour réaliser ces opérations. Aussi, le Smoys a recruté un ingénieur des flux, qui prendra ses fonctions le 16 mai.

« Vu le cout de l’énergie qui explose, il faut trouver des leviers pour permettre aux collectivités adhérentes - et par voie de conséquence aux habitants - d’avoir des sources d’économie, ou, au moins, une non-augmentation de ce poste budgétaire, qui devient de plus en plus important. Le coût de l’énergie va être multiplié par quatre ou par cinq, et cela va générer des incidences à tous niveaux », explique Brahim Ouarem, qui rappelle qu’en l’absence de dotations supplémentaires, les collectivités devront faire appel au levier fiscal.

D’où la proposition notamment du groupement d’achat, désormais opérationnel. Une consultation a été organisée ce mois, avant de lancer des contrats au 1er janvier 2023. Antérieurement à la crise ukrainienne, le syndicat tablait sur une dépense réduite de 15 à 20 % pour les communes adhérentes, grâce à « l’effet de masse » induit par la commande de groupe.

Une vraie « bombe »

« Si nous voulons nous donner les moyens de nos ambitions et atteindre les objectifs de décarbonation à l’horizon 2050 il faut que les investissements soient plus importants. Je ne pense pas que nous puissions y arriver collectivement, vu les efforts fournis aujourd’hui. Il faut désormais une véritable volonté politique du président pour donner les moyens aux collectivités d’agir. Acteurs majeurs de l’investissement en la matière, elles ont en outre une fine connaissance de leur territoire », ajoute le président du Smoys.

Un sursaut de mobilisation et d’investissement est aujourd’hui nécessaire, selon le Smoys. D’autant que la crise en Ukraine a exacerbé ces problématiques. Les collectivités font notamment face à des factures particulièrement salées. Une commune essonnienne de quelque 20 000 habitants a par exemple vu la facture énergétique de ses bâtiments publics augmenter de 600 000 euros.

Du côté des habitants, la situation risque de s’aggraver au cours des prochains mois. « Nous ne sommes peut-être pas assez soucieux de la précarité que cette situation inflationniste engendre. En tant qu’acteur public c’est notre devoir d’alerter », poursuit Brahim Ouarem. Il faut dire que l’élu de Cœur d’Essonne Agglomération a déjà été sensibilisé à la question de par ses précédentes fonctions. « En matière d’octroi des aides, le poste énergie faisait déjà partie des premières demandes. Les habitants qui travaillent sont à découvert à la moitié du mois, ce qui n’existait pas il y a encore quelques années. Certains d’entre eux n’arrivent pas à s’en sortir avec ces gros postes budgétaires. Même certains propriétaires ne se chauffent plus car c’est devenu trop cher. En nous projetant maintenant, nous pouvons imaginer la situation dans laquelle vont se retrouver beaucoup de foyer en termes de précarité. C’est une vraie bombe. Je pense qu’à la rentrée, ça va être très compliqué », déplore Brahim Ouarem.

Propos recueillis par Quentin Clauzon

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