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« Le plus important est de faire savoir ce que l’on fait »

Dirigeant de quatre PME franchisées d’une enseigne de restauration rapide, Patrick Rakotoson est le nouveau président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Essonne.
« Le plus important est de faire savoir ce que l’on fait »
© CCI 91

Économie Publié le , Propos recueillis par Quentin Clauzon

Il succède à Didier Desnus, dont il était le vice-président commerce. Permettre au plus grand nombre d’accéder aux services de la CCI, et le faire savoir, tels sont les principaux axes de sa mandature, qui s’inscrit également sous le signe de la proximité. Le besoin d’accompagnement est toujours aussi prégnant dans cette période de relance, alors que les moyens des CCI ont été réduits.

Quelles sont vos ambitions pour cette mandature ?

Patrick Rakotoson : C’est une mandature qui devra s’inscrire dans la communication de ce que nous faisons, dans le faire savoir. Jusqu’à présent, la CCI a toujours fait ce qu’elle disait, mais n’a jamais suffisamment dit ce qu’elle faisait. Mon ambition, c’est une CCI qui fédère, qui intègre, qui partage les retours d’expérience, les bonnes pratiques. C’est une CCI qui soutient la formation, les orientations, les dispositifs. C’est notre rôle et notre ambition d’aider l’entreprise à se concentrer sur son cœur d’activité, sur sa recherche de clientèle, sur la construction de son nouveau sourcing, de lui apporter un maximum de solutions pour trouver des financements, en identifiant des dispositifs d’accompagnement voire en permettant que la relation avec sa banque se fluidifie. Nous participons aussi à l’implantation des entreprises. Le département dispose de foncier disponible pour attirer des grands groupes (dans la logistique par exemple), permettre à des PME de s’installer. Cette mandature sera, également, celle de la création-reprise d’entreprise.

Ce sujet sera important pour les années à venir ?

P. R. : Je crois que cela va être l’un des enjeux de ma mandature. La crise sanitaire a fait qu’il était difficile pour certains dirigeants de rencontrer de potentiels candidats acheteur. Des entreprises se sont fragilisées et aujourd’hui, beaucoup de ceux qui voulaient partir à la retraite ou qui souhaitaient changer d’activité ont toujours ce besoin de vendre et de transmettre leur entreprise.

Il va nous falloir trouver le moyen de mettre en convergence cette demande et ces besoins. On est là dans le secret des affaires… Que ce soit pour un commerce ou une entreprise industrielle, il est toujours difficile d’identifier et de pouvoir partager ces données. C’est pourquoi nous allons travailler avec les réseaux. Cela faisait partie des ambitions de campagne que de pouvoir développer la proximité, dans un esprit d’ouverture. Si je reviens sur ma campagne, je suis le point de convergence, en tant que candidat tête de liste, en tant que nouveau président, entre la volonté des organisations patronales, le Medef et la CPME et les principales fédérations, comme la FFB Essonne, les SCOP et la fédération des travaux publics. Ce sont les organisations patronales qui m’ont porté. Dans le même temps, durant la campagne, nous avons réuni la plupart des réseaux actifs dans le département avec lesquels nous étions en contact, pour leur faire partager l’ambition, le programme, la vision, et autant que faire se peut qu’ils nous proposent des candidats pour constituer notre liste afin, demain, de mener une meilleure action.

© CCI 91 - Patrick Rakotoson était présent à Arpajon pour l’inauguration de la 2e phase des travaux du centre-ville

Concernant la reprise d’entreprise, allez-vous créer un organe spécial ?

P. R. : Il existe déjà un service, celui de la création-reprise d’entreprise, dirigé par Virginie Davoust, sous la houlette de Stéphane Bruyère, directeur des services aux entreprises. Mais il faut que nous arrivions à donner encore plus d’activité, plus de visibilité à cette démarche. Le plus difficile, c’est de permettre aux entreprises de trouver le chemin de la CCI, de la rendre accessible. C’est pour cela que je dis qu’elle doit progressivement apprendre à dire ce qu’elle fait, de façon à ce qu’elle puisse être clairement identifiée. Il faut savoir qu’aujourd’hui, le paysage est compliqué pour l’entreprise. Pour un dispositif accessible, plusieurs opérateurs ont brouillé le paysage, alors que l’opérateur habituel expérimenté, c’est la CCI. L’entreprise a besoin de clarté, de gagner du temps, au lieu de chercher qui fait quoi.

Cela fait partie de notre rôle. Nous sommes un établissement public et donc porteurs du plan France Relance de l’état. Il y a plusieurs dispositifs, que ce soit pour l’industrie, le commerce, etc. Mais nous, nous sommes les premiers ambassadeurs identifiés. Durant cette crise, la CCI de l’Essonne a été plébiscitée par l’état (je rappelle que nous sommes sous tutelle de la préfecture de Région) comme ayant été un des meilleurs acteurs de ce plan, pour avoir porté au mieux le dispositif.

Vous disiez que la proximité est importante pour vous ?

P. R. : C’est notre crédo. Nos élus ont été constitués autour d’une priorité : la répartition sur le territoire. Nous allons essayer, à l’instar de ce qui a déjà été fait sur le plateau de Saclay, de nous rapprocher encore plus des intercommunalités pour pouvoir encore mieux travailler ensemble au service des entreprises. Cela se traduira par la mise en place de délégués territoriaux. L’idée est de se rapprocher du terrain. Nous devons aussi repenser notre action, parce que nous sommes moins nombreux. Nous devons faire plus, pour plus d’entreprises.

Aujourd’hui, la mandature que j’anime et préside s’inscrit dans un virage pour les CCI. C’est un monde en pleine réforme. Cela ne vous a pas échappé, la réorganisation des chambres s’est traduite par moins de salariés à la disposition du territoire. Il va falloir embarquer les élus renouvelés à
50 % et avec une vraie parité (avec 52 % de femmes) dans cette ambition commune, cette vision où les entrepreneurs travaillent ensemble dans un esprit d’ouverture et de proximité.

Nous avons un séminaire de bureau à la fin du mois pour en février, arrêter les lignes directrices de notre programme, parce que nous ne pourrons pas tout faire. Il va falloir se concentrer sur l’essentiel. Le commerce fera notamment partie des axes forts, puisqu’en Essonne six communes bénéficient du plan d’action Cœur de Ville. La CCI est le premier acteur pour accompagner les communes et les intercommunalités dans la mise en place et le développement de ce plan. Nous devrons également nous préoccuper de l’industrie. La réindustrialisation de la France, de notre département, c’est une réelle ambition nationale et départementale. Nous nous sommes rendus compte que nous étions trop dépendants du marché asiatique et qu’il fallait relocaliser les industries en France, ce qui implique de trouver les moyens de financer, d’accompagner l’installation. à la CCI Essonne, en partenariat avec la préfecture, nous sommes déjà en train de réfléchir à comment nous pouvons identifier et permettre l’accès au foncier pour permettre l’installation de plus d’industries dans le département.

D’où la création, en septembre dernier, du Comité industrie ?

P. R. : Oui, c’est un comité proactif au niveau de la CCI Essonne. Nous avons sorti un livre blanc dédié, à l’image de celui relatif aux évolutions du commerce, publié lorsque j’étais vice-président du secteur. L’idée était d’informer, de partager les différentes évolutions à venir. Le Comité industrie, constitué ensuite, a eu pour vertu de permettre à une dizaine de grandes entreprises de se réunir, pour parler de l’évolution du secteur mais aussi des besoins actuels des entreprises. à partir de là seront constituées des lignes directrices. Elles permettront de mettre en place l’offre que la CCI va proposer.

à l’issue de ce Comité, qui est une étape importante permettant d’aboutir à des préconisations, nous repartirons sur un nouveau gros projet pour accompagner la mise en œuvre, et en assurer le suivi, le développement. Contrairement à ce qui se faisait dans le passé, aujourd’hui la CCI s’inscrit dans des projets. On ne peut pas rester sur quelque chose de figé. Le monde, autour de nous, est agile. Il bouge, les repères changent en permanence. Il faut que nous puissions accompagner, anticiper ces évolutions sociétales, industrielles, commerciales.

Sur ce dernier point, la Covid-19 a freiné la consommation et le consommateur a également évolué dans sa façon d’acheter. Aujourd’hui, il regarde sur internet et peut acheter, ou bien se rassurer en magasin, et faire ses achats sur place si le commerçant sait aussi se montrer attractif. Les ventes privées de ce début d’année n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. Les soldes d’hiver ont également démarré difficilement, ce qui fait que nos commerçants se sont retrouvés à avoir beaucoup investi leur trésorerie dans les stocks. En fin d’année, les restaurateurs, les entrepreneurs de l’événementiel, etc., y ont cru. Ils ont commandé du stock… Et de nouvelles restrictions ont été annoncées. Il leur faut un pont de trésorerie. Ils doivent pouvoir aller voir leur banque et dire : la consommation n’aura pas la même importance, elle se fera de manière plus progressive, donc nous avons besoin d’un peu plus de temps pour déstocker.

© Lionel Antoni - La Cérémonie des Papilles d'Or 2022.

Il y a eu des annonces concernant de nouvelles aides…

P. R. : Certaines sont des annonces, elles doivent se traduire par des décrets. Il se passe un laps de temps entre l’annonce et le décret. Entre temps, il faut que l’artisan, l’industriel, le commerçant, puisse vivre, payer ses factures à la fin du mois de janvier, payer son loyer. Toute la difficulté est là. Il faut des autorisations de découvert, il faut un pont de trésorerie le temps que l’annonce du mois de janvier soit concrétisée le mois suivant.

Le recrutement est également une grande question pour vous ?

P. R. : C’est une grande ambition, parce que la Covid-19 a provoqué la mutation de certains métiers. Depuis les dernières élections, nous sommes tout de même passés d’un territoire de 40 000 entreprises à plus de 63 000 entreprises en 2021, avec une augmentation très forte des auto-entrepreneurs. Beaucoup de personnes ont changé leur façon de vivre, de travailler, passant du salariat à l’autoentrepreneuriat. Ce qui a eu pour conséquence de mettre des métiers sous tension dans le bâtiment, le commerce, l’hôtellerie, et dans certains métiers de service. Personne n’a été épargné. Quand le commerce, les industries, etc., sont repartis, il a fallu faire le point sur l’existant, qui s’est retrouvé amputé d’une partie du personnel. Même dans des sociétés de transformation de viande, comme les abattoirs, les personnels ont changé de métier.

Le deuxième point qui est venu renforcer les difficultés, c’est le coronavirus lui-même. Il y a eu une accélération des cas contacts, des malades de la Covid-19. Les équipes ont été impactées, mais aussi l’ambiance dans l’entreprise (entre les vaccinés et les non-vaccinés, etc.). Il y a des dégâts collatéraux qu’on ne soupçonne pas toujours, comme ceux liés à la garde d’enfant (en cas de fermeture d’une classe par exemple). Cela augmente encore la difficulté pour faire tourner les entreprises, les industries, les commerces.

Allez-vous également organiser des événements cette année ?

P. R. : Oui, Techinnov et les Papilles d’Or sont deux fers de lance de la CCI Essonne. Nous allons reconduire le premier cette année, en essayant de nous adapter à la conjoncture et aux exigences du moment. L’événement aura lieu cette année au Parc Floral de Paris, le 23 mars prochain. Les dernières Papilles d’Or ont également été un franc succès. Nous avons organisé deux temps forts, avec les restaurateurs d’une part et les commerces de bouche d’autre part. La demande est toujours grandissante. Nous avons eu 200 participants, 150 labellisés. C’est un événement important : nous redonnons la confiance, l’envie, aux professionnels. Actuellement, la CCI est justement en train de mettre en place une animation, pour aider les clients à trouver le chemin de nos labellisés Papilles d’Or. n

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