AccueilTerritoireNicolas Lefevre, Sous-préfet à la relance : « Saisissez-vous pleinement des dispositifs existants »

Nicolas Lefevre, Sous-préfet à la relance : « Saisissez-vous pleinement des dispositifs existants »

Sous-préfet en charge du plan de relance auprès du préfet de l'Essonne depuis l'hiver dernier, Nicolas Lefevre revient sur les principales caractéristiques de sa fonction. Comme 30 autres membres du corps préfectoral en France, cet ingénieur de formation est en charge de l'animation du plan de relance sur son territoire. Se disant « impressionné » par le dynamisme des acteurs locaux, qu'il s'agisse des entreprises, des associations, ou des collectivités, Nicolas Lefevre fait un pré-bilan du déploiement des mesures de relance et de soutien dans le département. Il encourage également les structures éligibles à faire appel aux dispositifs du plan France Relance, qui se poursuivent.
Nicolas Lefevre, Sous-préfet à la relance : « Saisissez-vous pleinement des dispositifs existants »
Nicolas Lefevre en visite d'un centre de vaccination.

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Quel parcours vous a mené à devenir sous-préfet à la relance de l'Essonne ?

Nicolas Lefevre : J'ai une formation d'ingénieur, que j'ai d'ailleurs suivie en Essonne, à l'Ecole polytechnique (à Palaiseau). Ensuite, j'ai rejoint la fonction publique d'Etat. J'avais effectué un premier poste au ministère des Transports, à la direction générale de l'Aviation civile. Au bout de deux années, j'ai eu l'occasion de devenir sous-préfet en charge du plan de relance auprès du préfet de l'Essonne. C'était pour moi une opportunité intéressante, puisque j'avais cette envie de travailler au plus près du terrain et d'être pleinement utile à l'action publique, aux citoyens, aux entreprises, dans cette période particulièrement mouvementée.

Quelle est votre vision de ce département ?

N.L. : C'est un département très dynamique, avec beaucoup d'enjeux. J'en veux pour preuve ses entreprises industrielles, notamment de pointe, que l'on peut voir sur la quasi-totalité du territoire, tant dans l'aéronautique, que l'automobile, ou encore l'électronique. Avec aussi des universités, des grandes écoles d'élite sur le plateau de Saclay. Et des enjeux forts en matière d'emploi, d'insertion, d'inclusion et aussi une dimension rurale dans toute la partie sud du département, qu'il ne faut pas négliger. Le plan de relance répond d'ailleurs à l'ensemble de ces composantes.


Laurent Benoit, président de Utac Ceram Millbrook group, a notamment accueilli le préfet Eric Jalon et Nicolas Lefevre, sous-préfet à la relance.

En quoi consiste votre fonction ?

N.L. : Mon rôle, sous l'autorité du préfet de l'Essonne, est d'animer le déploiement du plan de relance sur le territoire. Très concrètement, cela revient à faire connaître auprès des potentiels bénéficiaires – que sont les entreprises, les collectivités, les associations, ou encore les particulier – les dispositifs du plan de relance. Puisque ce plan de relance, qui est massif – de 100 milliards d'euros à l'échelle nationale – se décline en trois grands piliers : la compétitivité, la cohésion territoriale et sociale, et la transition écologique. Ces trois piliers recouvrent des mesures nombreuses et variées. C'est un atout puisque cela permet de répondre à un grand nombre de sujets d'action publique. D'où la nécessité de les faire connaître auprès des bénéficiaires, afin qu'ils en profitent le plus possible. C'est le premier volet de mon action.

Ensuite, lorsque les acteurs prennent connaissance des dispositifs, mon rôle est de les accompagner dans cette relance. Généralement, il faut monter un dossier (surtout en ce qui concerne les entreprises et les collectivités) de “candidature“ au plan de relance pour bénéficier des différentes mesures. Certaines entreprises ont l'habitude de ces appels à projets (les entreprises industrielles/technologiques travaillent régulièrement avec des organismes telle que la Banque publique d'investissement), d'autres l'ont un peu moins. Donc nous travaillons pour trouver le bon accompagnement, en lien avec les chambres consulaires et les services de l'Etat, et leur permettre de monter un dossier.

Ma fonction consiste également à valoriser l'action de l'Etat, c'est-à-dire à faire connaître les résultats du plan de relance car l'un des meilleurs moyens de faire connaître les mesures, c'est de donner des exemples. Très concrètement, c'est montrer à telle entreprise que son voisin, son concurrent, son semblable, a été désigné lauréat du plan France Relance, a osé déposer un dossier, et a reçu des fonds pour investir.

Pourquoi le Gouvernement a-t-il nommé spécifiquement des sous-préfets à la relance dans certains territoires ?

N.L. : Le Gouvernement a en effet nommé 30 sous-préfets à la relance, dans 30 départements, répartis sur l'ensemble du territoire français (y compris l'Outre-mer). Il a été décidé que certains territoires devaient être renforcés, compte tenu d'enjeux spécifiques. En Essonne, la multiplicité des enjeux que je viens d'évoquer (beaucoup d'industries, des sujets particuliers en matière d'emploi, une grosse enveloppe donnée pour la rénovation thermique des bâtiment publics également, par exemple), font de l'Essonne un territoire particulier qui nécessitait de renforcer l'équipe de la préfecture en nommant un sous-préfet en charge du plan de relance. Dans les autres départements, ce sont des sous-préfets en place (ou bien des nominations un peu plus larges que la relance) qui reçoivent cette charge. Donc il y a bien, dans chaque préfecture, un sous-préfet qui est référant relance, mais en Île-de-France spécifiquement, il y a trois sous-préfets à la relance : un dans le Val-d'Oise, une à la Région et donc au Département de Paris, et moi-même, en Essonne.

Quelles expériences de terrain vous ont particulièrement marquées depuis votre nomination ?

N.L. : J'ai été impressionné par le dynamisme des entreprises, des collectivités, et des associations qui se sont inscrites dans la relance. On voit vraiment une grande diversité de projets. Ce serait oublier bien d'autres sociétés, mais je pense à des entreprises comme Drago, à Palaiseau, qui fabrique des médailles, des trophées et des insignes depuis des années et possède un vrai savoir-faire en la matière (elle fabrique notamment les insignes de la Légion d'honneur). Nous l'avons aidée au titre du plan de relance pour moderniser et développer son outil de production : il y a un réel savoir-faire qu'il convient de développer et d'enraciner en France. J'ai aussi l'exemple d'une entreprise très technologique, Nanoe, basée à Ballainvilliers, qui développe des matières premières avancées. Nous la soutenons dans le cadre du développement d'une gamme de produit dédiée à la fabrication additive. Très concrètement, les imprimantes 3D recourent généralement à des filaments en plastique. Cette entreprise a mis au point des filaments qui permettent de créer des objets en céramique, ou en métal. C'est assez novateur, d'autant que Nanoe utilise pour cela une imprimante 3D classique.

Concernant les collectivités, nous soutenons des projets très intéressants de pistes cyclables, de tiers-lieux, de rénovation thermique de groupes scolaires. Autre exemple, nous avons soutenu des associations qui luttent contre la pauvreté en Essonne (notamment la fédération de l'Essonne du Secours populaire à hauteur de 400 000 euros, pour moderniser son centre logistique départemental).

Donc, ce qui me marque et m'impressionne finalement, c'est le dynamisme de tous les acteurs pleinement engagés au service du territoire, de l'économie, de la cohésion dans cette période de crise sanitaire.


Nicolas Lefevre, sous-préfet à la Relance, a visité Texpart Technologies, à Lisses. Grâce au plan de relance, l'entreprise va pouvoir relocaliser sa production et accentuer sa présence sur un marché de pointe.

Quel bilan faites-vous des mesures de relance en Essonne ?

N.L. : J'aimerais citer quelques mesures fortes. D'abord, le soutien à l'industrie. Il se décline en deux grands volets : des subventions sont allouées aux entreprises pour réaliser des investissements stratégiques pour le territoire à l'échelle départementale, nationale, voire au-delà. En Essonne, 32 projets sont soutenus pour un montant d'aide qui avoisine les 60 millions d'euros. C'est assez conséquent, nous sommes le premier département d'Île-de-France sur le montant du soutien. Une autre mesure forte concerne la baisse des impôts de production décidée par le Gouvernement, à destination des entreprises industrielles. Cela concerne 12 000 entreprises du département, qui vont réaliser des économies d'impôts de l'ordre de 188 millions d'euros.

Sur l'aspect transition énergétique, nous avons, dans le département, 49 projets de rénovation thermique de bâtiments de l'Etat, pour un montant d'aide de 115 millions d'euros. C'est aussi une mesure forte pour améliorer l'efficience énergétique des bâtiments publics et le confort des usagers ou des visiteurs. Cela va de la cité administrative à l'université d'Evry, en passant par l'Ecole polytechnique, ou encore le centre des Finances publiques de Corbeille-Essonnes.

Une enveloppe de 30 millions d'euros a également été accordée à l'Essonne et ensuite distribuée à différentes collectivités territoriales pour les soutenir dans l'investissement local (sur la rénovation du patrimoine, la rénovation thermique, les pistes cyclables…). La relance, c'est aussi du soutien aux associations de lutte contre la pauvreté.

Nous avons aussi, et c'est important, le plan “1 jeune, 1 solution”. Il s'agit d'un soutien de massif de l'Etat, pour ne laisser personne au bord de la route et permettre à tous les jeunes d'avoir une solution, que ce soit un stage, une formation, ou un emploi. Nous soutenons l'embauche d'un jeune par une entreprise ou par une collectivité via le plan de relance.

Quel est le pré-bilan des mesures plus “classiques” de soutien ?

N.L. : Effectivement, concernant les mesures de soutien aux entreprises (que je distingue des mesures de relance), à fin avril, 24 000 entreprises sur le département avaient eu recours à l'activité partielle. Ce qui représente 90 % des entreprises du territoire, 150 000 salariés et 628 millions d'euros d'aide. Nous avons aussi octroyé près de 10 000 PGE (prêt garanti par l'Etat) pour un montant total de 2 milliards d'euros. Aussi, 30 000 entreprises ont bénéficié du fonds de solidarité pour près de 30 millions d'euros. Notre action consiste, dans cette période difficile, à aider les entreprises à tenir, à passer le cap, avec une aide massive de l'Etat, pour préserver les ressources humaines et ensuite permettre le rebond.

Quel avenir pour ces mesures dans les prochaines semaines ?

N.L. : les mesures de soutien sont maintenues pour l'instant et la baisse des aides aux entreprises sera très progressive et corrélée à l'assouplissement des mesures sanitaires. L'accompagnement de l'Etat a été sans commune mesure. Donc la période de transition a été mise en œuvre avec deux principes : la progressivité et la visibilité. Ce sera un atterrissage en douceur et pas un arrêt brutal des aides. Typiquement, le PGE était prévu jusqu'au 30 juin, il sera finalement étendu jusqu'au 31 décembre de cette année.

Et sur le volet de la relance ? Auriez-vous un message à faire passer aux bénéficiaires ?

N.L. : il va continuer à se déployer et à s'amplifier. Mon message, c'est que je leur conseille de pleinement se saisir des dispositifs existants. Plusieurs moyens sont mis à leur disposition : la newsletter que la préfecture de l'Essonne diffuse mensuellement et met en ligne sur son site internet (www.essonne.gouv.fr). Le site du ministère de l'Economie et des Finances a aussi une page dédiée au plan de relance, qui présente les dispositifs. J'invite chacun à s'en saisir pleinement, pour bénéficier de cette opportunité unique. Les dossiers doivent se faire dès que possible. C'est maintenant qu'il faut agir ! Sur l'Essonne, les résultats montrent que beaucoup d'entreprises se sont inscrites dans le plan de Relance et ont eu des résultats positifs. Il faut poursuivre en ce sens.

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