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Le paradoxe du métier d’expertise comptable : mal aimé par les jeunes alors qu’il ne connait pas la crise

Par Guillaume Barreau Expert-comptable & Commissaire aux comptes associé – Sadec Akelys
Le paradoxe du métier d’expertise comptable : mal aimé par les jeunes alors qu’il ne connait pas la crise
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Économie Publié le , Par Guillaume Barreau Expert-comptable & Commissaire aux comptes associé – Sadec Akelys

En France, dans l’imaginaire collectif l’expert-comptable est un « gratte-papier » peu dynamique qui passe sa journée, derrière son ordinateur, à aligner des chiffres. Une image dégradée et poussiéreuse qui nuit à la profession, par méconnaissance surtout et bien loin de la variété de nos missions.

À dire vrai, le grand public n’est pas le seul à maladroitement appréhender les contours de notre métier, parfois les clients eux-mêmes manquent de discernement. C’est un tort car l’expert-comptable est un professionnel, du chiffre certes, mais opère comme un véritable médecin généraliste de l’entreprise. Mal perçue et victime de préjugés, la profession peine aujourd’hui à recruter de nouveaux talents et doit faire face à une pénurie alors qu’elle recèle de belles opportunités.

Des experts-conseils plus que des experts-comptables

L'expertise comptable ne saurait se résumer à la comptabilité. Certes, il s’agit là de notre ADN mais ce serait ô combien réducteur de ne citer que cela. Ces dernières années, la profession s’est, en plus, digitalisée. L’intervention humaine de la saisie comptable tend à disparaître par exemple. Des tâches qui étaient jusqu’alors réalisées manuellement se sont automatisées de sorte à laisser plus de place au conseil.
Un périmètre très vaste qui représente le cœur de métier de l’expert-comptable et sa véritable richesse : conseil opérationnel (pilotage ou direction d’entreprise), organisation interne (mise en place d’un CSE ou d’un règlement intérieur), conseil fiscal, social, stratégique (cession ou transmission d’entreprise), protection personnelle du dirigeant (retraire, prévoyance, santé)... L’atout de l’expert-comptable est d’avoir une vision généraliste de l’entreprise. Ce faisant, il est « le » partenaire privilégié du dirigeant.

Un métier de contact

Le volet social est aussi un des accents forts du métier : collaborer avec le chef d’entreprise, pour lequel nous sommes parfois un véritable confident, se déplacer et partir à la découverte des usines, unités de travail, ateliers, laboratoires, fonds de commerce etc., suivre les événements qui rythment la vie de l’entreprise… Sans oublier les liens que nous tissons avec les prospects, les partenaires et bien sûr les collaborateurs.
L’expertise comptable est un métier très humain, qui tient à l’intuitu personae. Ce qui permet d’évincer la routine : chaque jour est différent ! La diversité est un des mots-clés pour définir ce que nous faisons, et avec qui nous le faisons. D’autant que le métier jouit en plus d’un véritable avantage : celui d’être exercé en profession libérale. Nous sommes obligés auprès de nos clients, non plus auprès d’un supérieur hiérarchique. Ce qui confère de véritables libertés dans l’exercice de nos fonctions.

De la croissance pour les cabinets

L’expertise comptable, en plus du manque d’affection dont elle souffre, est aussi mésestimée sur son potentiel de développement. Non seulement notre profession est indispensable mais elle est aussi en perpétuelle évolution… et croissance. Les effectifs des cabinets se multiplient, année après année, tout comme le chiffre d’affaires. Les sollicitations sont constantes, et la problématique à laquelle nous devons faire face est le manque de collaborateurs. C’est regrettable car il y a de véritables perspectives de carrière (la participation à la gouvernance du cabinet, la possibilité d’en devenir associé ou le défi de créer son entreprise) et une sécurité de l’emploi. L’expertise comptable ne connaît pas la crise.

Travailler sur l’attractivité

Face aux constats précédents, il apparaît nécessaire de gommer les clichés qui collent à la peau du métier, et de se mobiliser pour attirer les talents. L’entrepreneuriat est peu mis en avant en France, ce qui engage les jeunes à se tourner davantage vers des voies salariés, plus rassurantes et perçues comme plus respectueuses de l’équilibre vie professionnelle/personnelle. Il faut donner l’envie d’entreprendre aux jeunes ! Les experts-comptables sont avant tout des entrepreneurs et des chefs d’entreprise, parmi les chefs d’entreprise.

Ce qu’on en dit est vrai, il y a des périodes très concentrées en charge de travail mais pas de quoi qualifier nos missions de « saisonnières » pour autant, et soulignons que cela va aussi de pair avec un niveau de rémunération et des perspectives d’évolution. L’Ordre des Experts-comptables doit aussi s’engager plus encore sur les sujets de recrutement, surtout que des innovations nous attendent : la digitalisation mais aussi la déréglementation du métier. Chacun peut trouver sa place dans la profession, et plus que jamais les jeunes, dont nous manquons.

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