AccueilTerritoire"Il reste fort à faire pour construire une métropole attractive, résiliente, solidaire"

"Il reste fort à faire pour construire une métropole attractive, résiliente, solidaire"

Le Sommet du Grand Paris a mis cette année le focus sur l'avenir et la question cruciale du logement.

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Un rendez-vous devenu « incontournable ». Croiser les regards, confronter les points de vue, faire discuter les décideurs économiques et les responsables politiques, ainsi que les juristes et les économistes, responsables associatifs et les artistes, tels sont les objectifs de cet événement organisé par La Tribune, la chambre des Notaires du Grand Paris, et l'association Acteurs du Grand Paris. Après avoir fait le bilan du projet l'an dernier, et alors que le Grand Paris s'est hissé en tête des classements d'attractivité des métropoles mondiales, devançant pour la première fois le Grand Londres, le Sommet a cette année mis le curseur sur le futur.

En effet, comme l'a indiqué Cédric Blanchet, président de la Chambre des notaires de Paris, « il reste fort à faire pour construire une métropole attractive, résiliente, solidaire, tant elle est « entravée » par le morcellement territorial, les inégalités est-ouest et centre-périphérie, par la congestion, la pollution, et l'accès difficile au logement. « Malgré la mobilisation des acteurs du secteur du logement, c'est sans doute ce sujet qui pénalise le plus fortement la qualité de vie des franciliens », a-t-il estimé. « Nous restons convaincus que pour que le Grand Paris réussisse, il doit être une ambition partagée par tous, au-delà de l'Île-de-France, il doit être une ambition pour la France ».


Nicolas Bouzou, économiste

Thomas Hantz, président d'Acteurs du Grand Paris, a ensuite rappelé certains chiffres édifiants. En 2005 la Chine a construit l'équivalent de la ville de Rome toutes les deux semaines, soit 312 fois la ville de Paris ; en 2011, 2012, et 2013, elle a produit et utilisé 1,5 fois plus de béton que les Etats-Unis sur la totalité du XXe siècle. « Pendant ce temps en Île-de-France, 20 119 logements ont été livrés en 2020. C'était 65 000 l'année précédente, la crise sanitaire est passée par là. L'année 2021 ne sera sans doute pas à la hauteur de l'ambition de livrer 70 000 logements par an, comme la loi le prévoit », a-t-il souligné, rappelant que la Fondation Abbé Pierre recensait 1,2 million de mal-logés en Île-de-France, 770 000 personnes vivant dans des logements précaires. De même, la précarité énergétique, qui touchait 600 000 personnes il y a 3 ans, atteint un million de personnes désormais. « Nous ne résoudrons pas ces problèmes en arrêtant de construire des transports, des logements, des équipements, en limitant notre capacité à innover, c'est notre conviction », a assuré le président d'Acteurs du Grand Paris.

Attractivité et logements

Pour Patrick Ollier, président de la MGP, interrogé lors de la table ronde d'ouverture du Sommet, « il est important que la Métropole se sente soutenue par le Gouvernement dans ses objectifs, car nous sommes dans une révolution, silencieuse certes, des mœurs, des usages, des modes de vie. Elle a été accélérée par la crise et nous devons l'assumer en prévoyant l'avenir, en construisant cet avenir ». Pour l'élu, la Métropole a démontré dans les faits ce dont elle était capable, malgré un budget « tout à fait indigne » et « malgré ceux qui font semblant de ne pas se rendre compte qu'elle existe ».

En témoignent les deux concours Inventons la métropole du Grand Paris. « Ces derniers représentent 740 projets pour 70 villes candidates, plus de 9,5 milliards d'investissement privé, et 26 permis de construire permettant aux travaux de s'engager, alors qu'on est en pleine relance. Personne n'en parle ! », a déploré Patrick Ollier, saluant le courage des chefs d'entreprises et des aménageurs, rappelant le lancement d'un troisième concours autour de trois thématiques. « C'est d'abord celle de la transformation de bureaux en logements. Il faut anticiper : certaines grandes entreprises annoncent vouloir passer de 50 000 à 35 000 m2 de surface de bureaux. Cela permet aussi d'éviter de densifier la ville, et c'est un moyen intelligent pour atteindre nos objectifs de construction de logements. Le thème suivant, c'est l'aménagement des friches. Il faut, enfin, aménager les quartiers de gare. Je veux que les maires soient à la manœuvre ». Une cinquantaine de ville devraient avoir déposé leur candidature à terme. « Grâce à ces concours, chaque ville métropolitaine ou presque aura dans les 18 mois un projet qui sort de terre », a rappelé Patrick Ollier, avant de remercier les acteurs du Grand Paris présents dans la salle de lui avoir fait confiance.

Pour l'économiste Nicolas Bouzou, la situation de la MGP est paradoxale. Elle est « incroyablement attractive », puisqu'elle se classe, au niveau international, dans le trio de tête des premières métropoles au monde en matière de recherche et développement, mais aussi en matière d'investissement privé. Elle est première, voire deuxième en matière touristique, et première au monde pour l'attractivité des grandes entreprises. Toutefois elle ne parvient pas à « générer beaucoup d'externalités positives sur le reste du pays ». Pour l'économiste, une grande métropole doit rendre le pays attractif. Le principal problème de la France est aussi qu'elle a du mal à rentrer dans la troisième révolution industrielle. « Nous n'avons ni Amazon, ni Tesla, ni Alibaba. Or, ces entreprises naissent et se développent dans les métropoles », a assuré Nicolas Bouzou.

L'autre difficulté est que nous ne construisons pas suffisamment en France. « C'est une catastrophe. L'opinion publique pense que c'est une fatalité. L'augmentation du prix du logement est liée à un déséquilibre entre l'offre et la demande : nous sommes en pénurie de logement. C'est bien pire à San Francisco, où des personnes vivent dans leur voiture. C'est ce qui risque de nous arriver si nous n'agissons pas », a alerté l'économiste, qui estime qu'il est possible de densifier d'avantage, notamment la première couronne.

Pour Eric Groven, responsable de la direction immobilière de la Banque de détail en France à la Société Générale, c'est l'action conjuguée des acteurs publics et privés qui permettra de sortir de cette situation. « Les mal-logés constituent une minorité silencieuse. Que fait-on pour éviter l'explosion du foncier, composante principale du prix du logement, comme autour des nouvelles gares ? Entre les difficultés administratives pour obtenir un permis de construire, l'augmentation du prix du foncier, etc, ne soyez pas surpris que l'on construise moins. Tant que l'on n'aura pas, au sommet de l'Etat, intégré cette difficulté, on n'avancera pas », a-t-il pointé.

« La Métropole a créé cette impulsion à travers ses concours. 20 000 logements sont construits grâce aux deux premières éditions, dont plus de 3000 logements sociaux. Il faut 70 000 logements au niveau régional, soit 38 000 au niveau métropolitain. Les maires doivent donc apporter le complément. Et les concours permettent d'accélérer le processus, de donner de la visibilité et donc de la confiance aux élus. Grâce aux soutiens des investisseurs, nous arrivons à construire », s'est ensuite défendu Patrick Ollier.


Patrick Ollier, président de la MGP

L'acceptabilité de l'offre de logement

Invitée à s'exprimer en fin de matinée, la ministre du logement, Emmanuelle Wargon, a ensuite rappelé que des chocs conjoncturels (crise sanitaire, élections municipales, etc.) avaient fait baisser le nombre de permis de construire de 15 à 20 % en 2020. Si la reprise n'est « pas mauvaise » en 2021, avec une hausse de 35 % entre mai et juillet 2021 en Île-de-France, cela reste en-deçà des objectifs de constructions, surtout des logements collectifs en zone tendue.

Pour elle, c'est un sujet politique, en raison d'une crise de l'acceptabilité de l'offre nouvelle de logement. Si les maires sont réticents à signer des permis, ce n'est pas principalement pour des raisons idéologiques, mais car les habitants eux-mêmes sont réticents : la crise a exacerbé le refus de la densité. « Nous n'avons pas su démontrer que nous pouvons construire en répondant besoin collectif tout en satisfaisant aux attentes individuelles », a estimé la ministre.

Pour elle, la crise de l'offre est une crise du modèle de construction, plus qu'une crise des moyens. C'est pourquoi un travail a été engagé par le ministère. D'abord sur le court terme, avec la Commission Rebsamen, dont les propositions, dévoilées ces jours-ci, devront être reprises notamment dans le calendrier de la loi de finance. « La commission va travailler sur le modèle économique, mais du point de vue des élus, et sur les questions de simplification et de foncier », a expliqué Emmanuelle Wargon. Ensuite, sur le moyen terme, la ministre a initié la démarche « Habiter la France de demain », pour accompagner les projets dits vertueux. « Comment veut-on habiter sur le territoire, concilier sobriété foncière et densité nécessaire, les enjeux de mixité sociale, les manières nouvelles de travailler, de se déplacer, d'habiter, tout en ayant des constructions de qualité. La somme de ces contraintes n'est pas impossibilité de faire, c'est un nouveau modèle que nous inventons », a assuré la ministre, indiquant que le Grand Paris était un laboratoire exceptionnel pour cela compte tenu des investissements massifs en transport et de la capacité à aménager.

Interrogée ensuite sur la question de l'inflation du prix du foncier, la ministre a confié qu'il s'agissait du sujet de politique publique le plus complexe à résoudre. « Tous les mécanismes sont inflationnistes sur le foncier… Le foncier public pourrait jouer rôle de modération. Le fonds friche est par exemple une réponse opérationnelle, qui permet de boucler des projets si le prix du foncier est trop important », a-t-elle indiqué. De même, selon la ministre, le problème de la construction neuve n'est pas la demande, ce n'est pas non plus une question de moyen, mais de maintenir un modèle à prix maîtrisé. Une politique de contractualisation, notamment autour des gares du Grands Paris Express, pourrait permettre à l'avenir de coordonner la construction entre les différents acteurs.

Finalement, pour Emmanuelle Wargon, le problème de l'offre se résout par des mesures de court terme, et surtout par une vision. Et le Grand Paris peut être « l'occasion de porter cette vision ».

Le Grand Paris doit « accepter ses responsabilités »

Olivia Grégoire, secrétaire d'État chargée de l'Economie sociale, solidaire et responsable, a été chargée de lancer cette journée dédiée au Grand Paris. Si les débats sur le périmètre, la gouvernance, les compétences du Grand Paris sont toujours vifs 10 ans après, pour elle, le régime idéal n'existe pas. « Nous sommes voués à nous à nous adapter en permanence aux réalités économiques, sociales, démographiques, et à la nouvelle réalité écologique. Le Grand Paris doit accepter ses responsabilités. Notre pays a toujours dépendu de la vitalité de Paris. L'ambition que nous saurons insuffler au Grand Paris sera celle de la France », a-t-elle indiqué, précisant que cette ambition passait par deux axes, l'ouverture et l'incarnation.

« Pour moi le Grand Paris, ça n'est pas Paris en Grand. Nous avons passé l'heure des annexions. Le Grand Paris, c'est ouvrir la ville sur son agglomération. Elle peut encore s'étendre, mais ne doit en aucun cas conduire à une opposition de la petite et de la grande couronne, de l'est et de l'ouest, de Paris et de sa banlieue. Elle doit être une potentialité permanente, nourrie par les canaux de toute la France. Paris doit désormais vraiment devenir une étape autant qu'une destination », a-t-elle poursuivi, expliquant qu'il était difficile pour une métropole ouverte d'être aussi une métropole incarnante, ses contours et ses attributions restant encore une énigme pour ses habitants. « J'ai envie de dire, peu importe, pour le moment. Paris incarne une capacité unique à inspirer le rêve et l'imagination, tout notre enjeu est de conserver toute cette vitalité culturelle et économique dans un grand ensemble ». La secrétaire d'Etat a également rappelé certains des atouts de cette « ville-monde », comme sa capacité être la place financière la plus influente en matière de finance durable. « Les JO de Paris-2024, sont une opportunité pour réaménager le territoire, corriger les déséquilibres historiques évoqués. L'Etat sera aux côtés de la Métropole », a-t-elle conclu.

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