AccueilTerritoireLaurent Rochette : « Nous souhaitons installer un réseau unifié de bornes électriques »

Laurent Rochette : « Nous souhaitons installer un réseau unifié de bornes électriques »

L'opérateur numérique public Seine-et-Yvelines Numérique vient de lancer, à Aigremont, un projet pilote pour équiper les communes du département en bornes de recharge dédiées aux véhicules électriques, en partenariat avec le Syndicat d'Energie des Yvelines (SEY 78). Après cette première phase, qui concerne sept communes au total, une offre “clé-en-main” sera mise à disposition de toutes les communes du territoire, dès 2022. Laurent Rochette, directeur général de Seine-et-Yvelines Numérique, revient sur le virage entamé récemment par le syndicat, passant « du réseau à la data » et sur les tenants et aboutissants de cette expérimentation en faveur de la transition écologique et énergétique.
Laurent Rochette : « Nous souhaitons installer un réseau unifié de bornes électriques »

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Pourriez-vous revenir sur la fin récente du projet “Très haut débit”, initié en 2015 par le syndicat ?

Laurent Rochette : Le territoire se divise en deux : les zones urbaines, qui sont confiées aux opérateurs, essentiellement Orange, dans le département des Yvelines, et les zones plus rurales, qui sont confiées, au travers de l'action du Département et de Seine-et-Yvelines Numérique, à un opérateur privé que nos élus ont choisi, (TDF). L'objectif était que l'ensemble des Yvelinois, qu'ils soient en zone urbaine ou en zone rurale, soient fibrés à fin 2020. Ce qui a été le cas, modulo six mois, en raison de la crise sanitaire. Je pense que chacun peut le comprendre. Ainsi, l'ensemble des communes sont aujourd'hui fibrées et quasiment 100 % des particuliers sont raccordables à la fibre. Cela ne veut pas dire que tout le monde dispose de la fibre à cet instant précis, mais moyennant quelques adaptations ou travaux complémentaires, oui, tout le monde peut aujourd'hui avoir accès à la fibre dans les Yvelines. Les sujets techniquement compliqués peuvent être en cours d'étude, c'est une question de semaine pour que les habitants concernés, souvent situés dans des zones rurales, puissent avoir effectivement accès à la fibre.

Il est important de rappeler que dans la plupart des territoires, les collectivités sont obligées de mettre la main à la poche pour mettre en place le très haut débit en zone rurale : les opérateurs indiquent qu'il n'y a pas suffisamment de rentabilité. Dans les Yvelines, il y a quatre ans de cela, nous avons mis en concurrence les opérateurs pour trouver une entreprise qui puisse investir uniquement avec ses propres fonds. C'est TDF que nos élus ont choisi. Pour le contribuable yvelinois, c'est globalement une centaine de millions d'euros d'économisés, dont 40 millions pour les finances du Département. C'est donc 40 millions d'euros d'impôts qui ne seront pas demandés aux Yvelinois afin d'apporter la fibre à tous. Et pourtant, TDF a trouvé une rentabilité.

C'est un dispositif unique ?


L. R. : C'est un système unique effectivement. Certains chiffres publiés récemment par des associations spécialisées montrent en outre que c'est un modèle très efficace. Le territoire français dans lequel le déploiement est le plus avancé, c'est celui des Yvelines. Et alors même nous nous y sommes mis en 2017, contre en 2011 pour certaines collectivités. Nous avons aussi, bien sûr, tiré des leçons des difficultés que les autres territoires ont pu rencontrer. Mais c'est tout de même notre modèle qui semble être le plus efficace à l'échelle de l'ensemble du territoire national. Surtout à un moment où les besoins en fibre sont prégnants, que ce soit pour le télétravail, l'éducation, etc.


D'où vient votre intérêt pour les bornes électriques ? C'est une nouvelle compétence ?


L. R. : C'est en effet une compétence “Territoires connectés“ que nos élus ont ajouté aux statuts il y a quelques mois. Elle vise notamment à sécuriser l'espace public, les personnels et les bâtiments, à connecter les territoires et les infrastructures et à tendre vers l'écomobilité. La question était la suivante : au-delà des usages de type TV ou jeux en ligne, que fait-on d'un point de vue social, pour que le très haut débit contribue à améliorer la vie des citoyens au quotidien ? Typiquement, nous nous intéressons à des sujets comme les bornes de recharge, avec une dimension énergie - compétence que nous n'avons pas, c'est pour cela que nous sommes allés chercher le SEY -, comme l'éclairage public intelligent, comme les capteurs de qualité d'air ou d'eau qui vont remonter de la donnée. Nous nous intéressons de plus en plus aux données que nous pouvons remonter du terrain pour en tirer des conclusions (par exemple, avec l'utilisation des bornes : qui les utilise ? Combien de fois ? Combien de temps ?). C'est une stratégie de fond que nous sommes en train d'élaborer, mais nous n'attendons pas pour agir dans le même temps : il faut aussi engranger de l'expérience, se frotter au terrain pour repérer les difficultés, voir jusqu'où nous pouvons aller. Cette méthode nous permet même de dénicher des idées que nous n'aurions pas forcément eues autrement.

Peut-on dire, finalement, que vous passez du réseau à la data ?

L. R. : Oui tout à fait.

L'expérimentation des bornes faisait partie d'une stratégie environnementale ?

L. R. : Oui, de la transition énergétique et la transition écologique. C'est dans le cadre d'une politique que tout le monde applique de manière assez uniforme. Elle passe, en tout cas pour le moment, par l'électromobilité.

@SIDF - La borne Aigremontoise bénéficiera notamment aux familles et aux personnes de passage sur la commune.


Pourquoi avoir choisi d'expérimenter ainsi les bornes électriques avec sept communes ?

L. R. : Le SEY avait déjà posé un réseau de bornes et était à la fin d'un marché. De notre côté, nous nous intéressions à ce sujet mais nous n'avions pas de compétence en matière d'énergie. Le SEY avait pour ambition d'adresser plus de communes. Mais cela nécessitait plus de moyens, une force de frappe plus importante. Nous avons donc croisé ces deux volontés, la nôtre, consistant à nous intéresser à des projets au sein desquels l'énergie tient une part importante, et celle du SEY, visant à disposer d'une plateforme permettant d'adresser plus facilement un grand nombre de communes. C'est de cette manière, en discutant, que nous avons trouvé une bonne complémentarité. Avant de généraliser ces opérations, il nous est apparu qu'il fallait s'habituer à travailler ensemble, notamment pour déterminer des processus de travail (ce qui n'est pas toujours facile lorsque l'on a l'habitude de travailler seul !). C'est pour cela que nous avons lancé cette opération sur les sept communes, pour pouvoir nous confronter au terrain, en travaillant ensemble. Cela s'est très bien passé à Aigremont, la borne a été opérationnelle très rapidement. Nous avons très vite trouvé les clés pour travailler ensemble au service des Yvelinois.

Quel est votre objectif à long terme ?

L. R. : Notre ambition, c'est de mettre en place un réseau unifié sur l'ensemble du Département. Mais cela va prendre du temps, notamment parce que différents réseaux et différents tarifs coexistent. Mais nous avons vraiment pour objectif de faciliter la vie des Yvelinois, avec une carte unique pour mettre en place une interopérabilité sur tout le territoire et un tarif homogène.

Aigremont à la pointe de l'électromobilité


@SIDF-Laurent Rochette, directeur Général de Seine-et-Yvelines Numérique, Denis Karm, directeur du Syndicat d'Énergies des Yvelines, Yannick Raynaud, 4e adjoint au maire d'Aigremont et Samuel Benoudiz, maire d'Aigremont.

Si l'électromobilité séduit de plus en plus les Français, dans les Yvelines, où le taux de ménages motorisés est le plus élevé d'Île-de-France, l'achat de véhicules électriques et hybrides a augmenté de 71 % entre 2016 et 2019.

Déjà pionnière en matière d'installation du réseau très haut débit, la commune d'Aigremont a également souhaité tester en avant-garde cette borne située près de son futur parc multi-activités familial. Il ne s'agit pas de son premier fait d'arme en matière environnementale. Aigremont a aussi réalisé des diagnostics énergétiques de ses bâtiments et a notamment changé ses chaudières fioul pour le gaz. Il faut savoir que la commune, qui compte déjà de nombreux véhicules électriques de particuliers, dispose également d'offres d'autopartages et de multimodalités avec le bus, le vélo et la voiture.

« Nous avons tous pris conscience que le changement climatique était une réalité. Il faut tout faire pour essayer de limiter les émissions de CO2, chacun à son échelle », a indiqué Samuel Benoudiz, maire d'Aigremont, pour défendre la pose de cette borne. « Cette expérimentation, c'était aussi l'occasion de faire partie des sites pilotes, parce que je suis convaincu que nous sommes en train de changer d'époque : très bientôt les voitures seront majoritairement électriques », a-t-il assuré. Les parties prenantes ont notamment salué la rapidité avec laquelle la borne a été installée (avec le concours d'Enedis), et la bonne entente qui a régné durant l'opération.

Concrètement, un offre clé-en-main sera proposée aux communes du territoire dès 2022, avec pour objectif de les doter chacune d'au moins une borne de recharge. Composée de deux points de charge de 22 kW, chaque borne permettra la charge simultanée de deux véhicules grâce à une prise type 2S (véhicule électrique) et une prise type E/F (standard).

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