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L'Etat à la rescousse de Grigny 2 minée par le "surendettement"

Face à la "spirale du surendettement" de l'immense copropriété de Grigny 2 dans l'Essonne, l'État s'apprête à racheter plus de 1 300 logements d'ici 2026, sous l'œil "inquiet" de certains copropriétaires.
L'Etat à la rescousse de Grigny 2 minée par le

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Sur les 5 000 logements de l'une des plus grandes copropriétés d'Europe, connue pour être gangrenée par des logements insalubres et des colocations subies, 1 320 logements vont être rachetés par l'État, par l'intermédiaire de l'établissement foncier d'Ile-de-France, Epfif. Parmi eux, 920 seront détruits (neuf bâtiments sur les 104) et 400 transformés en HLM.


« Il s'agit d'une opération d'envergure, la plus grosse concernant le redressement d'une copropriété en France », explique Alain Bucquet, préfet délégué pour l'égalité des chances de l'Essonne. Nouvelle étape pour cette copropriété des années 60, où vivent aujourd'hui environ 17 000 personnes, après 20 ans d'interventions inefficaces, qui ont conduit l'État a injecté l'équivalent de 15 000 euros par logement pour tenter de les sauver. « Nous sommes abattus. C'est une décision disproportionnée. L'État décide de construire, puis de déconstruire et nous on doit dire “amen” », s'indigne Nicolas Pougès, 51 ans et devenu propriétaire en 2015 d'un 85m³ pour 90 000 euros. Selon lui, « l'État a laissé pourrir la situation et les habitants doivent payer les pots cassés ».


« Nous acceptons le rachat mais nous restons inquiets et voulons un droit de regard sur le prix de vente, 600 euros le mètre carré, c'est impossible », s'alarme Chantal Lepaubin, présidente de l'association “Ensemble pour la réussite de Grigny” et propriétaire à Grigny 2. Avec les autres copropriétaires, elle incrimine les « syndics véreux » à l'origine de la dizaine de millions d'euros d'impayés et le « manque de gestion des administrateurs judiciaires qui se sont fait de l'argent sur notre dos ». Après une vente à l'amiable, les copropriétaires concernés auront soit accès à un logement social, soit la possibilité d'acquérir un nouveau logement à Grigny 2 : « Nous laissons le choix aux propriétaires occupants et un accompagnement social sera assuré », affirme la préfecture de l'Essonne. Mais en cas de litige, ce sera l'expropriation. Ce plan concerne cinq groupes d'immeubles en faillite, rue Vlamink, Lavoisier et square Surcouf. Les 22 autres garderont leur statut actuel de copropriété car, pour eux, le « redressement est encore possible ».

« Jusqu'à 500% d'impayés »

« Pauvreté et crise du logement » sont les principales causes de la « spirale du surendettement » : « on a vendu des appartements à des personnes à faible revenu, pas solvables », affirme Lara Tobin, une responsable de l'Epfif pour Grigny 2. Concernant le prix de vente, celle-ci indique qu'il « dépendra de l'état du logement ». « En tant qu'établissement public, nous sommes tenus par l'évaluation qui sera faite par l'administration des domaines », poursuit-elle.


A Grigny 2, les plans se sont succédé au fil des années. Depuis 2017, le quartier bénéficie notamment d'une opération d'intérêt national de requalification des copropriétés dégradées via l'Epfif. En tout, l'opérateur public a déjà déboursé 18,6 millions d'euros en achat de logements (600) pour empêcher des mauvais payeurs ou des marchands de sommeil de devenir propriétaires et 4,1 millions d'euros en charges. Réfection du bâti extérieur, ascenseurs, sécurité incendie et un nouveau plan de travaux d'urgence de 45 millions d'euros va être mené, complètement pris en charge par l'État. En parallèle du plan de rachats massifs orchestrés depuis mars, par l'Epfif, la préfecture et la mairie.


Pour le maire communiste de Grigny, Philippe Rio, le projet de rachat est la « seule solution », car les cinq groupes d'immeubles visés sont « impossibles à redresser », « nous sommes entre 250 et 500 % d'impayés ». « Certains habitants sont en colère, inquiets, dans l'incompréhension et d'autres sont soulagés : on s'est donné cinq ans pour réussir, on fait de l'accompagnement sur-mesure, de la dentelle », soutient le maire de la ville la plus pauvre de France métropolitaine.

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