AccueilTerritoireKARL OLIVE - Maire de Poissy « Je crois en la France du grand dépassement ! »

KARL OLIVE - Maire de Poissy « Je crois en la France du grand dépassement ! »

Karl Olive est maire de Poissy, devenue un haut lieu du sport et de la culture où il fait bon vivre.
KARL OLIVE - Maire de Poissy « Je crois en la France du grand dépassement ! »
© SIDF

Territoire Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Vous êtes maire de Poissy, une ville avec une grande histoire pour laquelle vous avez conduit de nombreux projets dans les domaines de la culture et du sport. Comment s’est passée l’année 2021 pour vous et vos concitoyens ?

Karl Olive : Poissy est une ville historique de par son passé médiéval, par son riche patrimoine culturel avec le musée du jouet et la Maison de fer. Nous avons aussi la Villa Savoye, qui se trouve sur les hauts de Poissy et qui a été dessinée par Le Corbusier, inscrite au patrimoine de l'Unesco.

Elle l’est également avec son conservatoire et son théâtre qui est intégré dans l'hôtel de ville et qui fait plus de 1 000 places. Poissy est également une ville sportive qui compte, parmi ses 40 000 habitants, quasiment
10 000 sportifs en compétition comme en loisir. Le totem de notre ville est évidemment le Paris Saint-Germain qui a choisi la ville de Poissy en juillet 2016 pour venir installer le plus grand centre sportif du monde, puisqu’il va faire 74 hectares, comprendra 16 terrains de football, un stade de
5 000 places pour accueillir à la fois la préformation, la formation et les professionnels du Paris-Saint-Germain en football, en hand et également en judo. Ce sont aussi 1 000 emplois pendant les travaux, 250 millions d’euros d'investissement et 500 emplois pérennes par la suite. C'est un aspirateur économique.

L’année 2021 n’a pas été une année compliquée mais atypique, qui complète celle exceptionnelle de 2020 et le début de l'épidémie. Celle-ci nous a montré que la France n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle est au pied du mur. On a vécu des expériences exceptionnelles depuis un an et demi, qui ont donné naissance à des élans de solidarité fabuleux, au-delà des élus et des agents, chez les Pisciacaises et les Pisciacais et les administrés qui voulaient aider la collectivité. Nous avons tous été heureux de notre engagement et lui donner quelque chose d'exceptionnel, quand on est maire, et encore plus quand on est né dans la ville dont on est maire, puisque je suis né ici. A notre place, nous avons apporté notre contribution, avec une seul objectif : sauver directement ou indirectement les vies de ce beau pays qui est le mien.

Poissy s’investit pour le sport, mais aussi pour la culture. Vous souhaitez donner un nouvel élan aux activités culturelles ?

K. O. : Effectivement. On a notamment un conservatoire de danse et d'art dramatique qui compte plus de mille élèves et on a décidé de créer un nouveau conservatoire qui verra le jour dans trois ans et demi maintenant. Il est important que la culture, comme le patrimoine, reste une des vertus cardinales de notre belle ville. Le sport et la culture, liés au défi environnemental et à la transition écologique, pèsent sur l'attractivité économique qu'on peut avoir. On a aussi besoin de montrer aux moyennes et grandes entreprises qu’elles sont chez elles, parce que ce sont les créatrices de richesse.

Aujourd'hui, les collectivités en général ne sont plus les pourvoyeurs financiers comme avant. Ce sont les entreprises qui sont une manne financière, donc on fait tout à Poissy pour les accueillir, aidés par le Département des Yvelines et par la communauté urbaine, ainsi que par la Région Île-de-France. On est dans un cercle vertueux de l'économie locale et toutes les portes d'entrée sont aussi importantes les unes que les autres, depuis la réfection d'une voirie communale jusqu'à la création d'un tramway à quelque 250 millions d'investissement.

Vous avez rouvert un centre de vaccination. Y a-t-il actuellement beaucoup de monde ?

K. O. : On a ouvert le premier centre de vaccination communal en France le 7 janvier 2021, avec le soutien de l’ARS, du Préfet des Yvelines, mais aussi des médecins généralistes, des infirmières et des bénévoles. On a appelé ce dispositif unique « chez Mauricette » en souvenir de cette première dame qui, en décembre 2020, s'est faite vacciner. Elle a laissé la place à son « frère » car aujourd’hui c'est « chez Raymond » et tous les jours depuis maintenant une semaine, on vaccine environ 600 personnes au Centre de diffusion artistique, qui est le lieu de ce centre de vaccination. On peut y faire sa dose de rappel, mais aussi une deuxième voire une première dose. On se met au niveau de ce que souhaitent nos administrés et on encourage plus que jamais à se faire vacciner. Partout en France, avons encore des services de médecine et de réanimation médicale qui accueillent des patients, dont plus des trois quarts sont non vaccinés. C’est irresponsable. J'invite tous les Français à se faire vacciner pour eux et pour leur famille.

Vous allez donc accueillir les Fêtes avec sérénité et vous avez décidé de maintenir les festivités quand d'autres communes ont préféré les annuler…

K. O. : Soyons très pragmatiques et de bon sens. Maintenir les fêtes, c’est aussi faire en sorte que les distances physiques et sociales soient respectées, que le masque soit porté et que le pass sanitaire soit contrôlé. Je ne vois pas pourquoi aujourd'hui j'irais annuler des parades ou des villages de Noël, alors que l'Etat ne s'est pas positionné pour interdire ces manifestations (ndlr, à l’heure où nous écrivons ces lignes). Il nous demande d’être responsable et nous le sommes depuis le moment où nous avons ouvert ces centres de consultations, de dépistage et de vaccination. On n'a jamais eu une difficulté parce que nous sommes des gens responsables. A nous de nous mettre au niveau de ce qu'impose la nature, et ce virus peut être considéré comme tel. Nous devons absolument être des darwiniens, nous adapter au temps qui passe et pas l'inverse.

Votre ville est un exemple en matière de sécurité. Depuis que vous êtes maire, elle a été améliorée de plus de 30 %. Comment êtes-vous arrivé à ce résultat ?

K. O. : On a eu beaucoup d’idées en matière de sécurité, via notre Plan de prévention des risques urbains (PPRU) et grâce auquel on lutte contre toutes les incivilités. Contre la vitesse excessive dans les rues, on a fait la chasse aux poids lourds, contre les maîtres de chiens et d'animaux qui ne ramassent pas les déjections canines, on a décidé de verbaliser. Enfin, nous avons mis en place 71 caméras de vidéoprotection. Elles n'arrêtent pas les voyous, mais c'est un vrai outil dissuasif. Et nous avons armé la police municipale parce que les voyous ne font pas de distinction entre une police nationale armée et une police municipale qui, il y a quelques années encore, ne l'était pas. Je suis là pour protéger aussi mes policiers et j'estime que la sécurité est la première des libertés. A côté de ça, la ville de Poissy est dans un contrat gagnant-gagnant, avec une réciprocité entre les droits et les devoirs.

Quand, par exemple, je décide de donner 50 euros à l'ensemble des familles de la ville de Poissy, sans conditions de ressources, pour que les enfants puissent bénéficier de réductions dans des clubs sportifs ou culturels, ils doivent avoir un comportement normal, au sens de la loi. Sinon, je retire ou je suspends ces aides non obligatoires. Idem, j'ai décidé de mettre en place des cautions pour les mariés parce qu'on s'est aperçu qu'il y avait de plus en plus d'incivilités à l'extérieur comme à l’intérieur de l'hôtel de ville. Dans ce chèque de caution de 1 000 euros, 500 euros sont pour des dégâts matériels, 400 euros pour la demi-heure de retard le cas échéant et 100 euros de ménage si nécessaire. Je constate que depuis 2016, à Poissy, on a baissé la délinquance de 30 %. Il y a encore beaucoup à faire, mais on est dans le bon sens.

Vous avez récemment accueilli le président de la République et vous êtes un de ses soutiens politiques depuis le début de la mandature. Quel est votre regard sur son action politique ?

K. O. : J'ai voté pour Emmanuel Macron aux élections présidentielles, au premier et au deuxième tours, et j'ai une relation de proximité privilégiée avec lui. Je fais la part des choses entre ce qui va, ce qui ne va pas, mais je considère que personne d'autre que lui aujourd'hui ne pourrait incarner et faire ce qu'il a fait depuis 2017. Pour autant, j'ai été un des premiers à m’exprimer lors des Gilets jaunes et à dire au président d’aller sur le terrain pour changer la manière dont il mettait l'opérationnel en place pour atteindre ses réformes. En décembre 2018, nous sommes allés voir le président de la République avec une quinzaine de maires de Génération Terrain pour lui dire d'aller rencontrer les maires, quels qu'ils soient, de gauche comme de droite. Et maintenant c’est le cas. Parce qu’il n'y a pas mieux qu'un maire pour savoir ce qui se passe sur le terrain et avoir le retour des administrés.

Pourquoi voterez-vous pour lui s’il se représente ?

K. O. : Parce que comme le disait le général de Gaulle, la France n'est pas la gauche et n’est pas la droite. Les Français sont animés de deux courants, un mouvement, plutôt de gauche, et de devoirs, de tradition, plutôt de droite. Je me retrouve dans cela. On ne dirige pas la France ni prétend le faire en ne représentant qu’une fraction des Français. Je crois en ce grand dépassement. Il y a des choses qui ont été faites, cohérentes et pragmatiques, que recherchent les Français et certainement pas jouer avec les extrêmes. Je pense que le pays n'en veut pas, n'en a jamais voulu et tant mieux.

En parlant des extrêmes, avez-vous le sentiment que Valérie Pécresse, qui vient d'être désignée par les Républicains, votre ancien parti, est justement obligée de jouer avec les extrêmes ?

K. O. : J'ai voté pour Valérie Pécresse au premier et au deuxième tour des dernières élections régionales en Ile-de-France, en raison de son travail pour la région. Mais les élections régionales ne sont pas les élections présidentielles. J’ai choisi de me ranger derrière Emmanuel Macron parce que je crois en ce qu'il incarne et en ce qu'il représentera pour les Français. Comme Valérie Pécresse, j'ai décidé de quitter Les Républicains en 2017 parce que, comme elle le disait, l'avenir du pays ne se fait pas depuis l'intérieur du parti et je le crois profondément. Quand Eric Ciotti dit qu'en cas de deuxième tour entre Emmanuel Macron et Eric Zemmour ou Marine Le Pen, il voterait pour l’un des deux, ce n’est pas entendable.

L'avenir politique se dessine donc dans une bataille ardue. Comment vous positionnez-vous ?

K. O. : On a créé Génération terrain en 2017 avec un certain nombre d'amis comme Arnaud Péricard, le maire de Saint-Germain-en-Laye, ou Pauline Winocour Lefevre, la vice-présidente du Conseil départemental des Yvelines, afin de se situer au-delà des partis et des postures dogmatiques et idéologiques, pouvoir dire quand ça va bien et quand ça ne va pas et être tout à fait libre de mouvements de pensée. Aux dernières élections municipales, il n'y avait aucun logo sur mon affiche, ou plutôt un seul, celui de Génération terrain, et on a fait 75 %. Dans mon conseil municipal, j'ai une multitude de sensibilités, d'étiquetés et de non-étiquetés, des personnalités dont la variété fait la richesse.

Vous n’irez donc pas vers le nouveau parti Horizons ?

K. O. : Le début du commencement de la nouvelle vie d’Édouard Philippe interviendra au lendemain de la réélection d'Emmanuel Macron. Il a un boulevard pour pouvoir, en 2027, devenir le futur président de la République. Mais il ne faut pas brûler les étapes et, aujourd'hui, mon sujet, c'est que le président de la République soit réélu et j'appelle tous les maires de France, de droite et de centre droit, à rejoindre l'équipe du président Macron dès aujourd'hui.

Vous avez écrit un nouveau livre, “Ce beau pays qui est le mien”. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

K. O. : C’est le dixième ouvrage que je rédige après les trois derniers, “Ma ville, ma bataille”, paru en 2016, Rendre possible l'impossible en 2018 et celui-ci avec une préface hommage pour Bernard Tapie. J’ai écrit “Ce beau pays qui est le mien” parce que j'estime que la France, comme le dit Sylvain Tesson, « est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer », et qu'il y a beaucoup de choses qui doivent nous rassembler, à côté de toutes celles qui nous divisent. En France, on a une protection sociale exceptionnelle, une industrie exceptionnelle, des champions exceptionnels. On n'est jamais aussi Français que quand on est à l'étranger. Les Français devraient ouvrir un peu les yeux et arrêter de se stigmatiser les uns les autres. Juste avant les Fêtes, j’ai voulu passer un message d'optimisme à tous les Français pour leur rappeler que nous sommes l'un des plus beaux pays du monde et qu'il faut que l’on continue à l’être. Il y a des choses à améliorer, évidemment, il faut simplifier les normes, encourager, donner des primes aux méritants etc. Il faut qu'on soit dans le contact les uns les autres. Avec le mot maire, vous faites le mot aimer. Commençons donc par nous aimer les uns les autres. Ce n'est pas de la naïveté.

Que pensez-vous du message diffusé par Eric Zemmour sur l'immigration et la théorie du grand remplacement qui détruiraient la France ?

K. O. : C'est un message gratuit, d'opportunisme et d'opportunité liée à la campagne présidentielle, qui fait que tout ce qui est excessif est insignifiant. La confiance n'exclue pas le contrôle et si nous sommes une terre d'accueil, d'humanité, la France ne doit pas devenir une passoire d’immigration. Il faut évidemment qu'on puisse avoir une immigration contrôlée, mais pourquoi se priver de talents qui viennent hors de nos frontières, pourquoi obliger demain les gens à donner des prénoms gaulois à des enfants qui auraient un de leur parent d'origine algérienne, marocaine ou bulgare ? C'est un non-sens. Il n'y a pas besoin de jouer avec les extrêmes pour avoir un pays où on fait respecter l'ordre. C'est un poison, d'autres s'y sont trompés et on a vu comment le monde a été abîmé par ces gens-là.

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