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Programme Skola Vente des Apprentis d’Auteuil Jonathan Toulemonde - Valéry Bonillo : « Voir les jeunes reprendre confiance en eux est extrêmement gratifiant »

Pour la troisième année consécutive, le programme Skola Vente de l’association Apprentis d’Auteuil est mené au centre commercial Westfield Vélizy 2, jusqu’au 27 novembre prochain.
Jonathan Toulemonde - Valéry Bonillo : « Voir les jeunes reprendre confiance en eux est extrêmement gratifiant »
© SIDF

Économie Publié le , Propos recueillis par Quentin CLAUZON

Grâce à un espace dédié, composé d’une salle de formation et d’une boutique, des jeunes éloignés de l’emploi bénéficient d’une formation, avec mise en situation réelle dans la foulée. Âgés de 18 à 30 ans, ils sont recrutés uniquement sur leur motivation, pour favoriser une insertion rapide dans le monde professionnel. Jonathan Toulemonde, directeur de Westfield Vélizy 2, et Valéry Bonillo, responsable du pôle scolarité, formation et insertion professionnelle chez Apprentis d’Auteuil Ile-de-France, présentent ce dispositif innovant.

La Semaine de l’Île-de-France : Comment est né Skola Vente ?

Valéry Bonillo : Ce dispositif est né suite à un appel d’offres de l’Etat, diffusé en 2018 dans le cadre du plan d’investissement dans les compétences (PIC) du plan “100 % Inclusion“. La Fondation des Apprentis d’Auteuil s’est portée candidate, a présenté sa prestation et a été retenue. Nous avons donc fait des préconisations de dispositifs de formation et d’insertion socio-professionnelle à destination des jeunes. En ce qui concerne les Apprentis d’Auteuil, sont éligibles à nos prestations de formation et d’insertion les 16-30 ans. Le dispositif devait également répondre à un besoin économique, c’est-à-dire des emplois en tension. Nous avons démarré dès 2018 une première prestation, appelée Skola Vente. C’est le dispositif décliné aujourd’hui dans la boutique du centre commercial de Vélizy. Il mobilise des jeunes en situation de précarité (sans diplôme) ou domiciliés dans les QPV (les Quartiers prioritaires de la ville, auxquels l’Etat affecte des fonds particuliers compte tenu de leur situation sociale et économique dégradée) durant deux mois. 

Pourquoi Westfield Vélizy 2 a souhaité s’associer à ce dispositif ? En quoi consiste-t-il ?

Jonathan Toulemonde : nous sommes un grand centre commercial qui accueille 200 enseignes et quasiment 16 millions de visiteurs par an. Au-delà, nous travaillons régulièrement sur la thématique de l’emploi, notamment à travers des job dating, depuis plusieurs années, pour mettre en relation des enseignes qui ont des besoins en recrutement et les demandeurs d’emploi. Notre association avec les Apprentis d’Auteuil et le projet Skola, s’est faite assez naturellement, la formation proposant 200 heures de théorie et 80 heures de pratique en magasin. Avec, à la clé, un diplôme de conseiller-vendeur.

Westfield Vélizy 2 met à disposition deux cellules (de magasins temporairement vides). Un espace est entièrement achalandé et rempli de produits d’une vingtaine de créateurs français (on y propose prêt-à-porter mixte et enfant, bijoux et accessoires, cosmétique, mais aussi de la décoration, du petit matériel électronique ou encore des tisanes) pour permettre aux jeunes stagiaires formés d’appliquer directement leurs cours. Ces derniers, d’un très bon niveau, sont dispensés dans une cellule attenante par différents types d’intervenants.

V.B. : oui, il faut insister sur le caractère « formation-action ». Il y a bien sûr une formation théorique, mais surtout une mise en situation réelle. C’est cela, le dispositif Skola Vente.

SIDF : l’apport de Westfield Vélizy 2 est déterminant ?

J.T. : Nous offrons en quelque sorte une boutique clé-en-main à Skola, qui doit la préparer, l’ouvrir, puis accueillir les clients en situation réelle. Les jeunes préparent les prix, le merchandising, ils sont en situation réelle de vente auprès de nos clients. C’est cela qui est très intéressant dans ce dispositif de très grande qualité. Les 20 stagiaires sont recrutés sur leur motivation. Ils sont aussi coachés de manière individuelle, par plusieurs collaborateurs des Apprentis d’Auteuils. Des professionnels proposent par ailleurs des workshops.

Il y a un excellent taux de réussite au diplôme de vendeur conseiller en magasin, de l’ordre de 80 à 88 %, parce qu’il s’agit d’une formation diplômante, il faut le rappeler. Il y a un taux de retour à l’emploi ou aux études de quelque 90 % à la fin du cursus.

Bien évidemment, nous contribuons en permettant que ce dispositif ait lieu au cœur du réacteur, dans un centre commercial, entouré de boutiques et de concurrents où se concentrent les clients. Il n’y a rien de tel pour appliquer en pratique le cours reçu la veille, que ce soit par exemple sur l’accueil client, ou sur une politique promotionnelle. C’est donc une formation extrêmement riche et intéressante. Ensuite, bien entendu, nous favorisons les passerelles entre la formation et nos enseignes, qui sont en recherche de candidat talentueux. Actuellement nous avons une soixantaine de postes à pourvoir sur Westfield Vélizy 2, que ce soit en CDI ou en CDD. Nous facilitons aussi la liaison entre Skola et les stagiaires, que nous apprenons à connaitre, puisque nous-même sommes intervenants pour présenter le centre commercial, nos métiers, les enseignes (un grand magasin, une boutique de prêt-à-porter, …).

SDIF : Quel bilan tirez-vous des éditions précédentes ?

V.B. : en 2020, malgré le confinement et la fermeture des points de vente, qui a été fortement impactante, nous avons eu un taux de retour à l’emploi à six mois de 63 %. L’année d’avant, hors confinement, il était en effet de 90 %. Donc malgré un contexte difficile, le taux de retour à l’emploi a été maintenu à un niveau appréciable.

J.T. : nous le vivons à côté des formateurs, nous intervenons à l’occasion des séances de recrutement ou de sélection. Nous d’abord faisons face à des jeunes assez craintifs, probablement en situation d’échec. Ce qui est formidable, c’est cet accompagnement individuel et ce coaching qui se fait en cours quasi-particulier (les jeunes sont souvent en sous-groupe, certains sont en formation quand d’autres sont en boutique). Et l’on voit vraiment les jeunes reprendre confiance en eux, lever la tête, reprendre une posture professionnelle. C’est extrêmement gratifiant. Nous constatons ce cheminement semaine après semaine, c’est très fort à vivre.

V.B. : oui, la spécificité d’Apprentis d’Auteuil, c’est d’intégrer de manière transverse une formation et, sur toute la durée, ce que l’on appelle un accompagnement individuel renforcé. Il est réalisé par des conseillers en insertion professionnelle, qui sont des collaborateurs d’AA. Ils interviennent en complément des formateurs techniques, qui ont en charge effectivement la transmission des savoirs théoriques. Les jeunes peuvent arriver avec des freins à l’emploi (un manque de confiance en eux, une expérience du monde du travail déficiente et le besoin d’être soutenu). C’est donc important qu’ils puissent être soutenus dans ce cadre.

SIDF : Le cadre est particulièrement propice ?

J.T. : les boutiques préparées sont d’une incroyable de qualité, d’un niveau tout à fait professionnel. Il y a univers pour chaque créateur, pour chaque thème. On se croirait dans une boutique très classique du centre commercial ! Les clients sont également très satisfaits. Nous avons d’ailleurs, pour attirer leur attention, posé un marquage au sol efficace qui indique en substance « arrêtez-vous, ici nous formons des stagiaires de talent ».

V.B. : oui ces aspects sont importants. Il est très valorisant pour les jeunes de s’exercer dans un environnement de qualité, beau, attractif.

SIDF : Quelle est la suite du programme ?

V.B. : Les jeunes vont passer une épreuve pour valider leur diplôme (de niveau Bac) de vendeur spécialisé. Puis il y aura une semaine de stage pratique. Ils sortiront de la boutique pour mettre en application les compétences acquises dans un autre environnement. Apprentis d’Auteuil mobilise ensuite son réseau d’entreprises. Nous avons bien évidemment, comme l’a précisé Jonathan Toulemonde, un portefeuille d’emplois important, qui pourrait intéresser nos stagiaires. L’objectif, désormais, c’est surtout de mobiliser la dynamique de formation autour de l’accès à l’emploi, à l’issue de ces deux mois. A travers un accompagnement fort, qui est porté par les conseillers en insertion professionnelle des Apprentis d’Auteuil, et en appui avec l’ensemble de l’équipe pédagogique.

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