AccueilTerritoire« Notre pays souffre d’être suradministré, mais il n'est plus gouverné ! »

« Notre pays souffre d’être suradministré, mais il n'est plus gouverné ! »

Le Sénateur de l'Essonne, Jean-Raymond Hugonet se confie sur son département, les préoccupations financières des communes et les problématiques des transports en commun.
« Notre pays souffre d’être suradministré, mais il n'est plus gouverné ! »
© SIDF

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Pouvez-vous nous présenter le département de l’Essonne ?

Jean-Raymond Hugonet : L'Essonne est un département important. Tous les départements de la grande couronne le sont, mais l'Essonne est un département particulièrement dynamique. 1,3 million d'habitants, une démographie qui est toujours en progression, avec à la fois un Nord très urbain, très développé, une zone péri-urbaine bien spécifique dans laquelle je suis toujours élu local depuis 22 ans, et puis l'Essonne du Sud qui est plus rurale. François Durovray, le président du Département a toujours pour habitude de dire que l’Essonne est une petite France. Je crois que c'est la bonne appellation.

Quelles sont les préoccupations en Essonne actuellement ?

J. -R. H : En Essonne, aujourd'hui, le sujet numéro un des élus, ce sont les finances. Je fais le lien avec le sujet national : comment va-t-on boucler nos budgets 2023 ? Nous sommes dans l'impossibilité de le faire. C'est l'explosion des coûts de l'énergie, c'est l'augmentation du point d'indice, et loin de moi l'idée de penser que les personnels de la fonction publique territoriale ont des salaires exorbitants. Mais cette augmentation a directement impacté les comptes de la commune en demi-année pour 2022 et en année pleine pour 2023.

Pour une commune comme la mienne, de 6 700 habitants, cela représente entre 120 et 130 000 euros ! Vous cumulez ça avec l'augmentation de l'énergie, ça devient intenable et c'est ce que les communes et leurs élus ont dit au Congrès des maires. Le Gouvernement est en train de mettre en place un bouclier, un amortisseur, ainsi qu’un filet de sécurité. Tout ça se fait avec du déficit public. Or le déficit de nos comptes publics est abyssal. Donc, c'est une situation particulièrement préoccupante et angoissante.

D’autres problèmes sont-ils rencontrés ?

J. -R. H : Oui, pour les élus franciliens, il y a d'autres sujets, par exemple le schéma directeur de la Région Île-de-France, qui est en révision en termes d'urbanisme. Nous parlons forcément de zéro artificialisation nette, puisque ce qu'il faudra mobiliser dans certains secteurs pour pouvoir créer de la densité d'un côté, on va le retirer à d'autres. On en arrive à une situation kafkaïenne où des communes de petite taille en Essonne, qui veulent rendre constructibles uniquement quelques parcelles, afin de permettre à leur village de continuer à exister paisiblement, se voient refuser cette autorisation au motif qu’il ne faut plus consommer de terres agricoles, alors même que les Pouvoirs publics étouffent progressivement notre agriculture qui est pourtant la meilleure au monde ! Je parle ici de communes de quelques centaines d'habitants. C'est devenu absolument incroyable, notre pays souffre d’être suradministré mais plus gouverné et c'est le problème actuel. On le retrouve partout, que ce soit dans les finances, que ce soit dans l'urbanisme…

Les transports sont également un problème majeur ?

J. -R. H : Oui, le transport est un problème majeur en grande couronne. Le RER régresse malheureusement en termes de fréquence, sur la ligne C par exemple. On a aussi du mal à recruter des chauffeurs. Valérie Pécresse et Stéphane Beaudet, son vice-président, effectuent un travail colossal et ne ménagent pas leur peine pour obtenir de nouvelles rames et de nouveaux matériels. Mais nous avons un tel retard en région Île-de-France que malheureusement, nous courons après notre développement et ça commence à vraiment poser problème. Donc voilà, problèmes de transports en commun, mais aussi problèmes de circulation. Venir à Paris maintenant est devenu une gageure puisque la maire de Paris a décidé de bouter les Banlieusards hors de la ville. C’est un véritable cauchemar. À la fois dans les transports en commun, à la fois sur la route. Pour autant, trouver des solutions n'est pas simple. On parle de covoiturage, on parle même ce matin de chèque pour le covoiturage, on va encore sortir les carnets de chèque, et tout ça encore une fois avec le déficit public…

Comment faire évoluer les transports en commun ? Quelles sont les solutions ?

J. -R. H : Au bout d'un moment, on peut essayer de trouver des solutions, mais sincèrement ce sont des cautères sur des jambes de bois, quand vous avez des sujets d'investissements massifs qui n'ont pas été faits et des problèmes de travaux importants. Par exemple, le Terrier de Bercy dont on parle depuis des lustres. Ce sont des projets qui réclament beaucoup de temps et mobilisent des sommes énormes. Parallèlement, du côté du plateau de Saclay, le Grand Paris Express sort de terre de façon spectaculaire. Donc, on a à la fois cette extrême modernité, si je puis dire, et à la fois un retard endémique qu'on n'arrive pas à combler. C'est ça la Région Île-de-France, c'est ça aussi l’Essonne. Cerise sur le gâteau, l’État nous demande de construire toujours plus dans des secteurs qui sont déjà embolisés. On marche sur la tête !

Le Grand Paris Express continue à prendre du retard…

J. -R. H : Oui alors, retard relatif parce qu'encore une fois, c'est un projet nouveau. Dans les circonstances actuelles, on peut le comprendre. Des projets de cette envergure ne se font pas en respectant un calendrier au jour le jour, c'est impossible, surtout par les temps qui courent. En revanche, on développe de grands projets, alors que l'existant est déjà dans un état de régression terrible. C'est ce qui est difficile quand on est élu : faire face aux exaspérations légitimes d’une population qui doit se déplacer dans des conditions toujours plus difficiles et préparer l’avenir avec des besoins absolument colossaux, mais impératifs.

Quelles sont vos attentes positives pour 2023 ?

J. -R. H : Ce qu'on peut espérer de positif ? Une seule chose, c'est que le pays comprenne que, sans un effort collectif majeur, on va avoir du mal à s'en sortir. Moi, c'est la seule chose qui aujourd'hui me fait m'engager en politique. Je parle de la vraie politique, celle que je fais depuis 22 ans, sur le terrain, en proximité immédiate des administrés. Je ne vous dis pas là un propos de façade. Je suis très fier d'être aujourd'hui au Sénat, mais je n'oublie pas d'où je viens et au service de qui j’agis au quotidien. À partir du moment où nous n'aurons pas collectivement pris conscience de l'état dans lequel se trouve notre beau pays, qui est si riche, ça n'avancera pas. Et malheureusement, quand je regarde sur l'échiquier politique, je me rends compte qu'on est toujours dans les petites combines et qu’on se rapetisse de jour en jour, alors que l'objectif majeur qui devrait être le nôtre, et je vous parle quasiment à l’ombre de la Constitution de 58 qui se trouve juste à portée de bras ici, c'est qu'on relise ce que d'autres avant nous ont écrit dans d'autres circonstances. Je pense qu'on prendra un peu conscience de l'effort qu'on a à faire, et je me mets dedans bien évidemment.

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