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CCI Yvelines GUILLAUME CAIROU : « La seule façon aujourd'hui de réaliser ses rêves, c’est d’entreprendre »

Guillaume Cairou est le nouveau président élu de la Chambre de commerce et d’industrie des Yvelines.
GUILLAUME CAIROU : « La seule façon aujourd'hui de réaliser ses rêves, c’est d’entreprendre »
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Économie Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Peut-on dire que vous êtes entrepreneur dans l’âme ?

Guillaume Cairou  : En effet, j'ai été sensibilisé à l’entrepreneuriat très jeune, puisque j’ai créé une coopérative au collège à l’âge de 11 ans, avant de monter ma première société à 18 ans. J'ai eu plusieurs vies professionnelles, j'ai fait des études de sciences physiques pour devenir professeur de physique chimie. Pendant toutes mes études, j’ai été éducateur de rue, notamment dans les quartiers sensibles où j’ai grandi. Je viens d'un milieu ouvrier modeste, avec des grands-parents réfugiés de l'ex-Yougoslavie, dont j’ai gardé les valeurs. A 30 ans, j'ai créé Didaxis pour réinventer nos façons de travailler, une entreprise de portage salarial qui, en 10 ans, est passée d’un à plus de
1 000 salariés. Aujourd'hui, c'est quasiment 4 500 salariés et indépendants qui travaillent dans ce groupe familial d'une vingtaine de PME, sur un marché où nous étions moins de 10 entreprises en 2004, et 900 entreprises aujourd’hui. 

La moyenne d'âge des entrepreneurs a beaucoup baissé en l'espace de 15 ans On est passé d’une moyenne d'âge de plus de 50 ans, à 36 ans en 2020, avec une bonne homogénéité d'hommes et de femmes entrepreneurs. On est quasiment sur une parité d’hommes et de femmes qui créent des entreprises, majoritairement sous une forme indépendante. Pour créer, on n'a pas besoin d'un capital important, ni de l'idée du siècle ou d'avoir des diplômes ni une expérience conséquente dans un domaine. J'ai créé une société de portage salarial avec 1 000 euros en poche et sans aucune expérience dans ce secteur.

A côté de ça, je préside la Fondation des talents, qui tend à développer l'économie dans les territoires, mais aussi auteur de cinq livres sur l'entrepreneuriat, les start-up et les indépendants. Je suis également chroniqueur télé et je reste aux commandes de plusieurs associations.

Est-ce qu’avoir des diplômes aide aujourd’hui pour entreprendre ?

G. C. : Avoir un diplôme, ça aide pour réussir dans le monde du salariat. Si vous voulez réussir en tant qu'entrepreneur, il vous faut surtout de la motivation, avoir la volonté de changer le monde. Quand vous avez plein de diplômes, vous n'êtes pas forcément le plus à même de réussir et d’échouer. Être un entrepreneur, c’est aller d'échec en échec, rebondir et se repositionner. Au sens étymologique du terme, entreprendre, c'est saisir avec la main pour maîtriser. L'entrepreneur, c'est quelqu'un qui pose sa main sur le monde qui nous entoure pour trouver des solutions à l'ensemble des défis, des mutations et transformations de notre économie et de notre société.

Entreprendre n'est pas facile, mais c'est l'affaire de tous. Ce n'est pas réservé à une élite, à la différence de ceux qui réussissent en tant que salarié.

« Si j'avais un seul conseil à donner, ce serait celui qu'on m'a donné, quand j'avais 30 ans : “Lance toi, n'aie pas peur, fonce, réalise ton rêve et essaie à travers l'activité de réinventer un peu le monde”.  »

Ne faut-il pas quand même avoir des idées et les développer pour réussir ?

G. C. : Il y a les métiers d'hier, les métiers d'aujourd'hui, qui sont en tension, et les métiers de demain. Dans les métiers d'hier, il n’est pas nécessaire d'avoir de grandes idées. Je veux dire qu'aujourd'hui, on n'a plus d'apiculteurs, de brasseurs, de tonneliers, de relieurs, etc. Tous ces métiers d'hier sont des entreprises en perspective, et aujourd'hui, on a plein de start-up qui développent des plateformes autour de ces métiers. Dans les métiers en tension, on trouve notamment ceux liés à l'artisanat, où les compétences manquent. A côté, il y a tous les métiers de demain, à commencer par le numérique, pour lesquels on a besoin de codeurs. Aujourd'hui, en France, pour faire face aux besoins de l’industrie du « sans contact » qui s'est développée avec la pandémie, on recherche près de 200 000 codeurs. On a toutes les ressources nécessaires dans nos territoires, dans nos quartiers prioritaires de la ville. On peut créer les emplois indépendants, sur des métiers qui seront accessibles au plus grand nombre. Il faut avoir en tête que le numérique est inclusif. 

Ce que l’on constate c’est que, malgré le confinement, entre mai 2020 et mai 2021, on a créé un million d'entreprises. Preuve que l'entrepreneuriat a le vent en poupe, que l'urgence climatique, énergétique et écologique, associée à la révolution numérique, ont créé un eldorado. D’après les études, 90 % des emplois de 2030 n'existent pas encore. Ils vont être fortement impactés par l'intelligence artificielle. Dans 10 ans, un quart des emplois sera non-salariés. 

Avec la pandémie, le télétravail ou dans des espaces de coworking s'est fortement développé. On s’est réapproprié les territoires ruraux, développé les commerces de proximité et on a vu ce phénomène d'exode des métropoles puisqu'un quart des Français veulent déménager, donc indirectement, changer de vie. Il y a une réelle opportunité aujourd'hui de travailler différemment, de créer des activités, des emplois indépendants. Finalement, l'entreprise, c'est quelque chose d’accessible au plus grand nombre puisqu'elle a une raison d'être et aujourd'hui, les Français ont envie d'exercer une activité qui a du sens. Entreprendre, c'est la clé de ce nouveau monde qui se dessine et qui va changer profondément les dix prochaines années.

La bonne nouvelle, c'est que du travail, il y en a, la mauvaise nouvelle, c'est que ça ne va pas être facile. 

G. C. : On ne devient pas un « serial entrepreneur » en l'espace d'un an. C'est un travail au long cours, à la fois sur les métiers, mais également sur les réseaux et l'écosystème existant pour entreprendre, comme les chambres consulaires. 

Si j'avais un seul conseil à donner, ce serait celui qu'on m'a donné, quand j'avais 30 ans : « Lance toi, n'aie pas peur, fonce, réaliste ton rêve et essaie à travers l'activité de réinventer un peu le monde ». Nous sommes à une charnière où tout est à réinventer, aussi bien notre façon de travailler, de manger, de se divertir, de se soigner, d'apprendre, de produire que de consommer. Et ce sont tous ces pans de la société qui sont amenés à créer demain des millions d'emplois. « Tous entrepreneurs » c’est un état d’esprit qui va permettre une société meilleure, un emploi plus durable, plus en phase avec les aspirations individuelles.

Combien de métiers gérez-vous au sein de votre structure de portage salarial ?

G. C. : Aujourd'hui, c'est une vingtaine de structures qui adressent près de 750 métiers, qui vont de la construction jusqu'à la transition écologique. Il y a autant de métiers que d'entrepreneurs, pas un seul entrepreneur n’exerce exactement le même métier sur la même niche, sur le même territoire, avec le même ADN. Il y a autant de métiers à créer que de personnes en recherche d’emploi.

Certains secteurs manquent de main d'œuvre, notamment ceux qui ont beaucoup souffert de la crise. Reprennent-ils progressivement une activité régulière ? 

G. C. : Un certain nombre d'activités sont encore fragilisées, notamment dans l'événementiel, le monde de la nuit et le domaine de la restauration et du tourisme, puisque nous n'avons plus la manne de touristes que nous avions jusqu'à maintenant. Globalement, certains se sont repositionnés, vont s'appuyer sur le digital pour gagner des parts de marché et se transformer. On a encore un certain nombre de secteurs qui sont fragiles, mais 90 % des activités vont soit disparaître, soit être transformées et aucun des secteurs traditionnels de notre économie n'y échappera. 

L'une des grandes transformations de cette pandémie, c'est toute l'industrie du « sans contact » et toute l'économie des territoires est concernée par cette digitalisation à marche forcée.

Si on a un business traditionnel, on ne peut pas faire l'impasse d'une digitalisation qui va permettre de travailler différemment, parce que l’on n'a plus la clientèle habituelle. 

Vous êtes le nouveau président élu de la Chambre de commerce des Yvelines. Quelle sera votre mission ?

G. C. : Oui, à partir du 24 novembre, date de l’installation officielle. Ma liste d’union Medef, CPME et indépendants a remporté les élections à 100 %. Plus de 100 000 entreprises yvelinoises et près d'un million d'entreprises franciliennes attendent davantage d'accompagnement des organisations consulaires qui ont bien fonctionné pendant la crise sanitaire, mais qui doivent largement se réinventer en termes de proximité à ces nouveaux entrepreneurs, majoritairement des indépendants et des TPE. Ils peuvent compter sur les CCI et les CCI peuvent compter sur eux. On est tous lié les uns aux autres et les organisations consulaires sont un des maillons essentiels de la relance économique de nos territoires. Il y a un gros challenge à relever sur cette transformation majeure de notre économie.

Vous parliez des métiers anciens, est-ce que les organisations consulaires, dans le cadre de la formation, les ont un peu oubliés ?

G. C. : Globalement, c'est vrai que ces 30 dernières années, on a privilégié les formations académiques et les formations généralistes. On a formé davantage d'intellectuels que de manuels. Et je pense qu'aujourd'hui, il faut revenir aux métiers traditionnels, qui sont pour beaucoup tout ce que j'ai cités, en tout cas des métiers manuels et qui ont du sens. On a la chance d'avoir de très belles écoles qui forment à des métiers hautement qualifiés et notamment à travers les grandes écoles d'ingénieurs et de commerce mais il ne faut pas oublier tous les CFA, toutes les écoles d'apprentissage, tous les centres de formation aux métiers liés à l'artisanat et à la vie économique de nos territoires. Ce sont des possibilités sur lesquelles il faut communiquer et je pense qu’une grosse partie peut intéresser par la transition écologique, énergétique et climatique. Ce sont aussi des métiers qui peuvent s'exercer à côté de chez soi, donc c’est doublement intéressant dans la période actuelle.

Comment voyez-vous votre prochain mandat pendant les cinq années à venir à la tête de la CCI des Yvelines ?

G. C. : Nous sommes une équipe interprofessionnelle, avec un programme construit autour de trois axes : proximité, talent, territoires. On souhaite que la Chambre de commerce et d'industrie redevienne la maison de tous les entrepreneurs et de tous les commerçants du territoire, pour conseiller au plus près de leurs besoins les porteurs de projets, les chefs d'entreprise, du développement de leurs activités à l'embauche de leurs premiers salariés, avec un gros axe sur le développement des compétences et la formation professionnelle aux métiers de demain. On veut aussi développer l'économie des territoires, notamment en revitalisant les cœurs de ville, en finançant des projets innovants, en relocalisant des entreprises industrielles qui vont s'appuyer sur la production locale. Donc, le produire en Yvelines en ce qui concerne mon département et le produire en France, et plus globalement, le développement du tourisme et de l'économie sociale et solidaire. On veut véritablement redevenir des acteurs de proximité et jouer notre rôle de soutien aux entreprises et aux porteurs de projets du territoire. On a constitué une équipe soudée de professionnels qui représente l'ensemble des secteurs d'activité. On a 30 candidats qui représentent l'intégralité des secteurs économiques, de l'industrie, des commerces et des services dans toute leur diversité.

Aujourd'hui, on voit beaucoup de gens devenir influenceurs sur les réseaux sociaux et gagner leur vie comme cela. Pensez-vous que ça puisse être le rêve des jeunes ?

G. C. : J'étais à Mantes-la-Jolie il n'y a pas très longtemps et c'est vrai que j’ai rencontré des jeunes qui m'exposaient ce type de rêve. Mais je pense qu'aujourd'hui, on peut devenir un influenceur en tant qu'entrepreneur, en tant que personne qui prend des risques et qui travaille. D’ailleurs, la plupart des influenceurs qui réussissent sont des entreprises et des entrepreneurs à part entière. Il vous faudra toute une équipe, recruter des talents, développer des partenariats avec des entreprises, etc. On est dans une ère digitale, dans laquelle beaucoup rêve de devenir influenceurs. Aujourd'hui les influenceurs, ce sont des footballeurs, des artisans, des chefs cuisiniers, des entrepreneurs, notamment, donc être sur les réseaux sociaux n’est pas incompatible avec le fait d'avoir une vraie activité derrière. Cela prouve aussi à certains jeunes des quartiers que l'ascenseur social dans notre pays fonctionne si on crée son entreprise. La seule façon aujourd'hui de réaliser ses rêves, c’est d’entreprendre et de ne pas avoir peur de l'échec parce qu’il fait partie du processus de la réussite.

En tant que président de la CCI des Yvelines, allez-vous pouvoir utiliser les moyens de la structure pour aider les entrepreneurs à créer leur entreprise ?

G. C. : Mon but dans les Yvelines, c'est d'accompagner le doublement du nombre d'entreprises actuelles dans le territoire sur les dix prochaines années. La Chambre de commerce et d'industrie est le premier acteur économique du territoire qui va fédérer tous les acteurs économiques pour arriver à cet objectif. Ça sera mon unique objectif, accompagner, soutenir la croissance des entreprises et l'accompagnement des entrepreneurs pendant les cinq prochaines années.

Le président de la Chambre de Commerce régionale prochainement élu sera très certainement Dominique Restino, qui est dans cette même dynamique, puisque lui-même est à la tête de plusieurs associations et organisations qui favorisent le mentorat, la création d'entreprises et de start-up. Je suis complètement en phase avec lui sur l'accompagnement des jeunes entrepreneurs et des TPE/PME. n

 

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