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GERARD BACHELIER : « Nous allons ouvrir une marketplace dédiée aux achats de Noël »

Gérard Bachelier est le président de la Chambre de commerce et d'industrie des Yvelines. En novembre 2016, il a été élu pour la deuxième fois à la tête de cette CCI départementale rattachée à la chambre de région, la CCI Paris Île-de-France. Avec ses collègues vice-présidents, Gérard Bachelier plaide pour une réouverture rapide des petits commerces, décidée au plus près des territoires, en lien avec les maires. « La survie de beaucoup d'entre-eux est clairement en jeu », plaide l'élu. Les commerces de proximité fermés pourront, quoi qu'il en soit, tirer profit de l'ouverture imminente d'une “marketplace” éphémère, dédiée aux achats de Noël, comme l'annonce Gérard Bachelier. La chambre est également à disposition des entrepreneurs pour toutes questions en cette période difficile.
GERARD BACHELIER : « Nous allons ouvrir une marketplace dédiée aux achats de Noël »
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Économie Publié le ,

Quelle est la spécificité de la CCI 78 ? Quels sont vos rapports avec la CCI Paris Île-de-France ?

Gérard Bachelier : La Chambre de commerce et d'industrie Versailles-Yvelines est une CCI départementale (CCID), rattachée à la CCI de région (CCIR) Paris Ile-de-France. Chaque président de Département était également vice-président de la CCI Paris Île-de-France, nous avons une responsabilité locale et régionale. En tant que vice-président au niveau régional, je participe au bureau et à l'assemblée générale régionale.

La différence avec l'Essonne et la Seine-et-Marne par exemple, c'est que nous n'avons pas d'autonomie juridique. Nous avons défini ensemble des domaines d'activité que chaque territoire pilote. Mais quoi qu'il en soit, nous avons des actions communes, en particulier avec l'Essonne.

Quelles sont les forces et les faiblesses du territoire yvelinois ? Qu'en déduire quant à sa capacité de résilience ?

G. B. : C'est un territoire assez étendu, mais pas autant que la Seine-et-Marne. Les Yvelines sont en deuxième position, en termes de surface. Le département bénéficie d'un cadre de vie particulier, très agréable, avec deux parcs naturels. Il est couvert par 80 % d'espaces verts.

Avec 1,44 million de personnes, les Yvelines concentrent 12 % de la population francilienne ; en tête de la grande couronne parisienne et quatrième département francilien, après Paris, la Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine. La croissance démographique est parmi les plus faibles des départements franciliens, après Paris. C'est une population à haut niveau de revenus, plutôt âgée et composée de cadres. Près de
10 000 cadres ou actifs relevant de professions intellectuelles supérieures habitent sur le territoire.

Au niveau économique, c'est le premier département industriel d'Île-de-France. Il concentre plus de 18 % de l'emploi industriel francilien, avec de très grandes entreprises dans les deux filières principales que sont l'automobile et l'aéronautique – Renault, Peugeot, Airbus, Safran… Nous avons également de grandes sociétés d'ingénierie, comme Altran. L'industrie est un élément important de notre département, très dépendant de ces deux secteurs fragilisés par la crise sanitaire. Vingt-quatre établissements de plus de 1 000 salariés dont neuf sur St-Quentin-en-Yvelines et neuf sur Vélizy-Villacoublay, mettront beaucoup de temps à s'adapter aux changements, surtout s'agissant des sous-traitants de ces filières qui ont souffert.

Le territoire est aussi le premier d'Île-de-France en Recherche & Développement. Beaucoup d'entreprises y ont installé des structures de recherche privée. Les secteurs automobile, aérospatial, aéronautique et de la défense investissent beaucoup dans les technologies de demain. Avec l'Essonne, nous faisons partie du pôle Paris-Saclay. Nous travaillons ensemble sur tout ce qui concerne l'innovation.

Les Yvelines représentent, par ailleurs, le troisième pôle d'emploi d'Île-de-France, avec 540 000 salariés. Mais 270 000 salariés quittent le territoire chaque jour pour le travail. Comme je l'ai dit, ce sont surtout des cadres, qui rejoignent La Défense ou la capitale. Le taux de chômage, de près de 6 %, est le plus faible d'Île-de-France. C'est aussi le quatrième département d'accueil avec plus de 450 entreprises étrangères de tous secteurs. On peut également ajouter que le département se place à la quatrième place des territoires les plus prospères de France, avec un PNB par habitant de 30 419 euros

Nous avons, il faut le souligner, des pôles commerciaux de premier plan avec 520 commerces de plus de
300 m², six zones commerciales de plus de 80 000 m² de surface de vente, trois grands centres commerciaux d'envergure régionale et plus de 20 000 commerces répartis dans 250 communes.

L'agriculture est également une activité économique importante, essentiellement en grandes cultures. La surface agricole utile représente près de 40 % de la superficie totale du territoire.

L'activité touristique est importante, avec, comme tout le monde le sait, la présence Château de Versailles. Mais ce potentiel touristique est sous-exploité, nous essayons de le développer, il y a beaucoup de sites culturels intéressants à voir le long de la Seine.

La desserte de transports en commun est insuffisante et, en particulier, dans le Sud du département. Nous attendons avec impatience l'arrivée de la ligne 18 du Grand Paris Express, qui sera terminée plus tard qu'en Essonne, soit à partir de 2030. Nous regrettons de ne pas avoir suffisamment de transports, même si Eole va permettre de relier Mantes-la-Jolie à Paris. Nous sommes assez éloignés des dessertes aériennes. Notre territoire est donc contrasté, avec des richesses, mais également les faiblesses qui y sont liées.

Quelle a été l'ampleur du choc du reconfinement pour les entreprises yvelinoises ?

G. B. : Nous avons très peu de chiffres. Il est trop tôt pour tirer des enseignements de ce reconfinement. Mais nous pouvons, d'ores et déjà, déplorer une perte de près de 15 000 emplois dans le département sur les six premiers mois de 2020. Les sous-traitants des filières auto, eux-mêmes déjà en difficulté depuis quelques années, et aéro, ont été très touchés par le premier confinement. Le reconfinement aura certainement un impact important sur la pérennité de beaucoup d'entreprises, en particulier dans le tourisme, l'hôtellerie, la restauration et le commerce. Nous ne sommes pas les seuls, le tourisme francilien est très lié aux touristes étrangers. Nous essayons à présent de développer le tourisme local, voire européen.

De plus l'immobilier d'entreprise a affiché des résultats en berne au deuxième trimestre. Les surfaces de locaux autorisés à construire ont diminué de 17 % les mises en chantier ont chuté de 59,2 %. Ces difficultés vont se retrouver par la suite.

Le fait d'avoir une forte ingénierie par exemple n'aidera pas les Yvelines à mieux s'en sortir ?

G. B. : Le télétravail est effectivement possible pour l'ingénierie, mais justement, elle dépend des deux principales filières et de leurs sous-traitants, qui sont, pour beaucoup, en grande difficulté. Leur résilience dépendra des grandes entreprises, de la façon dont elles vont rebondir et dont nous allons organiser l'industrie sur le département. Ces secteurs sont de véritables paquebots... Cela ne va pas être simple.

Concernant la fermeture des petits commerces “non-essentiels”, comment la CCI se positionne ?

G. B. : La survie de nombre de nos petits commerces est clairement en jeu. Ce sont des acteurs économiques de proximité indispensables au dynamisme de nos territoires. Ils jouent surtout un rôle de premier plan en matière de lien social. La CCI régionale a signé dernièrement un courrier commun avec le Conseil régional destiné au Premier ministre, afin de demander plus de souplesse pour les commerces de proximité. Il pourrait être envisagé que les préfets puissent adapter les règles édictées dans le décret du 29 octobre dernier. C'était la solution retenue lors du confinement de mars pour les marchés.

Nous sommes plutôt favorables à ce que les préfets des départements franciliens, sur proposition ou après avis favorable du maire concerné, puissent permettre localement l'ouverture de commerces “non-essentiels”, lorsque le respect des mesures sanitaires est possible, avec un contrôle suffisant, en fonction des spécificités de chaque commune du territoire.

Notre commerce de centre-ville, animé majoritairement par des structures de petite taille, ne pourra pas s'en sortir sans cette flexibilité qui garantira la poursuite de l'activité pour ceux qui respectent les règles.

Vous attendiez vous à la prolongation de ces mesures, au-delà des deux premières semaines ?

G. B. : Oui, nous nous attendions à ce que les annonces ne soient pas favorables aux petits commerçants et nous le regrettons. Pour nous, ce n'est pas chez le petit commerçant qu'il y a le plus de problèmes. Ces entreprises sont essentielles et ont appris à suivre les règles sanitaires, elles sont très désireuses de pouvoir ouvrir le plus rapidement possible. Il y a bien sur des entreprises et des commerces qui ont des difficultés pour suivre ces règles, mais la plupart les respectent.

Si l'ouverture est prononcée le 1er décembre prochain, cela limiterait la casse ?

G. B. : Noël est important pour le petit commerce. La fin d'année représente une part importante de son chiffre d'affaires. L'ouverture pourrait donc, en effet, limiter la casse, mais il faut qu'elle soit permise très rapidement, c'est-à-dire le 1er décembre au plus tard.

C'est d'ailleurs dans ce cadre que la CCI Paris Ile-de-France travaille sur un projet baptisé “La Place de Noël”, en partenariat avec la Poste et sa plateforme “Ma ville, mon shopping”. L'idée est de proposer une “marketplace” éphémère, pour que les clients puissent acheter en ligne leurs cadeaux de Noël, chez leurs commerçants de proximité. Cette opération est proposée aux communes franciliennes. Elle doit se concrétiser très rapidement, toujours dans l'optique de soutenir les commerçants de proximité. Cela fait partie des opérations numérique que l'on met en place.

En matière de numérique, les CCI proposent également un kit ? Quels sont les autres dispositifs ?

G. B. : La CCI a, en effet, mis en place un kit numérique pour informer les commerçants sur les solutions numériques mises à leur disposition pour leur permettre de garder le lien avec leurs clients pendant cette période difficile, notamment toutes les platesformes numériques des CCI. Nous souhaitons montrer que la digitalisation n'est pas si complexe à mettre en place et qu'il est important que les commerçants s'y convertissent.

Ce kit est composé d'éléments produits par des experts numériques des CCI, qui permettent de vendre et de communiquer en ligne, de savoir comment travailler en “click and collect” et d'obtenir des applications pour les commerçants.

Lors du premier confinement, avec l'arrêt total de l'activité d'un grand nombre des commerces, nous avons proposé au niveau régional l'opération “MesCOMMERCESàDomicile”. Cet outil de référencement a permis de faire connaître et de diffuser les coordonnées des commerces qui poursuivent leur activité avec la livraison ou la vente à emporter dans le respect des règles sanitaires. Un grand nombre de villes ont pris part à l'opération et ont participé aux campagnes de communication, notamment la publication de la liste de ces commerces sur le site internet de leur mairie, ce qui a été bénéfique pour les commerçants encore ouverts. Avec la plateforme “Ma Ville, mon shopping”, l'idée, c'est d'aller encore plus loin.

Nous avons, par ailleurs, lancé une campagne nationale d'appels, “SOS Numérique Commerce”. Les CCI vont s'assurer qu'un maximum de commerçants, concernés par les fermetures administratives, mette en place le “minimum vital numérique”, afin de poursuivre, au moins en partie, leur activité, vente à distance, Click & Collect…. Nous allons contacter tous les commerçants, en essayant de prioriser l'habillement, le jouet, la chaussure, le livre et la restauration pour les aider à mettre en place le kit, le faire connaître, afin qu'ils soient suffisamment armés dans cette période difficile.

De plus, la Région a mis en place une aide allant jusque 1 500 euros. Il s'agit du chèque numérique qui doit faciliter la transition numérique des artisans et des commerçants. Les chambres consulaires CCI et CMA en font la promotion. Il y a donc beaucoup d'actions en cours pour essayer d'aider de plus en plus le développement du numérique.

La cellule d'urgence a été relancée ?

G. B. : Oui, la cellule d'urgence entreprise a été réactivée par la CCI Paris Île-de-France pour répondre aux questions des entrepreneurs
– 01 55 65 44 44 et urgence.entreprise@cci-paris-idf.fr – et les accompagner individuellement. La CCI se fait aussi le relais des actions mises en place dans le cadre du plan France Relance, en partenariat avec le Conseil régional.

Pour les entreprises qui traverseraient des difficultés plus graves, nous conseillons de faire appel à des structures comme le centre d'information et de prévention, hébergé à la chambre.

Avez-vous un message à l'attention des chefs d'entreprise ?

G. B. : Je leur conseillerai de se renseigner sur les dispositifs existants et de les utiliser au maximum. La CCI est, bien entendu, à leur service pour leur donner toute l'information nécessaire. Mais aussi consulter leurs partenaires habituels, les consulaires, les organisations paritaires, patronales, etc. Les entrepreneurs ont beaucoup d'aides à disposition. Il ne faut surtout pas qu'ils restent isolés. Ils doivent pouvoir s'adresser aux conseils de la CCI. Il y a parallèlement des dispositifs d'aide au développement, comme sur le numérique.

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