AccueilÉconomieFrank Delvau :« Nous ne sommes pas du tout satisfaits des annonces »

Frank Delvau :« Nous ne sommes pas du tout satisfaits des annonces »

Frank Delvau est le président de l'Umih – Union des métiers et des industries de l'hôtellerie – Paris Île-de-France. Pour lui, les mesures économiques annoncées par le Gouvernement, à destination des hôtels, bars, restaurants et discothèques, sont insuffisantes. Il faut aussi un geste fort sur la question des loyers, qui va peser fortement sur les établissements.
Frank Delvau :« Nous ne sommes pas du tout satisfaits des annonces »
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Économie Publié le ,

Que pensez-vous de cette crise sanitaire et de son évolution actuelle ?

F. D. : Après nous avoir confinés une première fois, nous avons pu rouvrir, seulement en terrasse, puis c'est le couvre-feu qui a été annoncé. Aujourd'hui on ferme à nouveau nos établissements, a minima pour un mois. Donc, ce que nous voulons désormais, ce sont des aides claires, nettes, précises et concrètes. Les annonces du Premier ministre et du ministre de l'Économie ne nous satisfont absolument pas. Sur les loyers, ce que l'on nous octroie, ce sont des miettes. La mesure est ridicule, il n'y a aucune obligation pour les bailleurs d'offrir un mois de loyer. Ce que nous demandons, c'est trois mois de loyers offerts, gratuits ou remboursés, sur octobre, novembre, et décembre. Le plan de relance est doté de 100 milliards d'euros. Nous demandons que 10 milliards d'euros, a minima, soient réservés aux loyers des cafés, hôtels et restaurants – CHR, NDLR.
Le Fonds de solidarité ne nous satisfait pas non plus. On nous annonce 10 000 euros, mais ce sera pour quand ? Aujourd'hui les établissements sont fermés. Il y a des charges à payer dès la semaine prochaine, des loyers, etc. Donc nous avons besoin d'argent tout de suite. Nous voulons que ces 10 000 euros soient versés automatiquement, également, pour tous les CHR. C'est maintenant que nous avons besoin de trésorerie, nous ne savons pas quand le fonds de solidarité sera mis en ligne. On entend que ce sera peut-être au mois de décembre. Donc ces mesures ne nous satisfont pas du tout. Par ailleurs, les restaurants d'entreprises sont ouverts, alors que nos restaurants sont fermés.

C'est un “deux poids, deux mesures” ?

F. D. : Oui, il faudra m'expliquer la différence entre un restaurant d'entreprises et un restaurant commercial. Les clients sont assis de la même façon... Quant aux boulangeries, qui sont ouvertes, certaines deviennent des restaurants. Elles font des pizzas, des quiches, des hamburgers, etc., toute une série de produits de ce genre. Donc là aussi, nous ne sommes pas d'accord.

Il existe selon vous un trop grand nombre de disparités...

F. D. : Oui, il y a trop de disparités, et comme je l'ai dit, les aides ne sont pas suffisamment claires. Elles ne sont pas non plus suffisamment fortes, et elles doivent, surtout, être automatiques.

Quels sont, a contrario, les bons points de ce plan d'aide selon vous ? La prolongation du Prêt garanti par l'État, le PGE ?

F. D. : Oui, c'est un bon point, le PGE pouvant être décalé d'un an. Mais là aussi, les banques n'ont aucune obligation de les octroyer, c'est à leur appréciation. Concernant les charges patronales, nous espérons que nous en seront effectivement exonérés, et que celle du mois d'octobre sur le mois de novembre ne seront pas prélevées.

Par ailleurs, nous n'avons entendu aucune déclaration sur les pertes d'exploitation. Les assureurs ne jouent pas le jeu et refusent de les rembourser, alors que depuis des années nous cotisons pour ces mêmes assurances.

Des CHR iront en justice ?

F. D. : Oui, certains d'entre nous porterons cela en justice.

Comme lors du premier confinement, les pertes vont être conséquentes du fait de cette annonce soudaine ?

F. D. : Bien sûr, nous allons avoir de nouveau des pertes. Nous avions demandé à rester ouverts tous le week-end qui suivait l'annonce du confinement, ou au moins jusqu'au samedi. Des commandes importantes étaient déjà faites, les plannings des personnels également... Ce week-end devait attirer du monde.

Votre point de vue sur les aides locales ?

F. D. : Nous soulignons l'aide de la Région, avec le Fonds Résilience, a permis de faciliter l'obtention de prêts. Je pense aussi aux chèques numériques. Nous attendons désormais que la Région appuie nos demandes adressées au Gouvernement. Sa présidente, Valérie Pécresse, a d'ailleurs évoqué plusieurs fois le problème des loyers. Ce ne sont pas les miettes données par le Gouvernement qui vont arranger les choses.
A plus long terme, une fois le confinement terminé, nous attendons un investissement important pour la relance de la destination touristique Paris Île-de-France.

La vente en ligne, la livraison à domicile vont permettre à certains établissements de s'en sortir ?

F. D. : Non, la vente en ligne a toujours été un complément pour les restaurateurs. On ne peut pas s'en sortir seulement avec ça. Qui va venir passer commande dans nos établissements alors que les déplacements sont limités ? Cela aurait pu être le cas si les restaurants d'entreprises avaient été fermés. La vente en ligne, c'est un mirage. Quant à la livraison à domicile, certains vont s'y mettre, mais de la même façon, ce n'est pas suffisant.

Certains auraient plus intérêt à fermer ?

F. D. : Bien sûr, pour certains il vaut mieux fermer, sinon cela entraîne des pertes en produits, en personnel.

L'un de vos confrères du Tarn a indiqué « Nous redoutions une perte de chiffre d'affaires de l'ordre de 30 %, cela pourrait être pire  »...

F. D. : Oui, et il y aura beaucoup plus de pertes si rien n'est fait concrètement sur les loyers. Il faut des mesures fortes sur le sujet. Sinon, à la fin de l'année, il y aura beaucoup de dépôts de bilan dans l'hôtellerie-restauration, ce ne sont pas les mesurettes annoncées qui suffiront. En outre, je ne pense pas que le confinement s'arrête au premier décembre.

D'autres mesures devront être prise en sorte de crise au niveau gouvernemental ?

F. D. : Nous avons demandé que le chômage partiel soit maintenu sur toute l'année 2021 pour préserver nos équipes, de sorte que nous puissions survivre si l'activité continuait à manquer.


L'Umih lance la plateforme “contentieux assurance”

Cette plateforme unique et novatrice est en ligne et ouverte à tous les professionnels qu'ils soient adhérents de l'Umih ou pas. L'objectif de la plateforme “contentieux assurance” est de défendre les intérêts des professionnels du secteur cafés, hôtels, restaurants et discothèques, face à leur assureur.
En rassemblant plusieurs dossiers des professionnels via cette plateforme, l'Umih et le cabinet associé à cette opération, BFFPL Avocats, vont mener des “actions collectives” c'est-à-dire réunir des actions individuelles dirigées à l'encontre d'un même assureur sur la base d'une police identique afin de faire valoir des droits conjointement. Les polices d'assurances visées sont celles qui prévoient une partie de la prise en charge des pertes d'exploitations mais qui à ce jour refusent de payer leurs assurés.

www.umih-contentieuxassurances.fr.

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