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François de Mazières « Versailles, la Ville Molière »

François de Mazières est maire de Versailles. Réélu en 2020, au premier tour, il mène une politique forte au niveau social et familial et accorde une importance particulière à l'urbanisme écologique et aux paysages, à la culture et à la santé des habitants de la capitale des Yvelines.
François de Mazières « Versailles, la Ville Molière »

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Comment la crise sanitaire se vit-elle dans votre ville ? Où en sont les vaccinations ?

François de Mazières : La crise sanitaire a évidemment beaucoup marqué ces derniers mois. La vaccination est aujourd'hui importante à Versailles, après une période complexe, puisque les vaccins, mis à la disposition par l'État, manquaient ; les villes étant simplement invitées à organiser les vaccinations. Nous avons ouvert un centre de vaccination dès que cela a été possible. Compte tenu de la taille de la ville, le préfet nous a immédiatement sollicité. Ce centre a vu son activité croître en fonction des capacités de vaccins qui nous a été octroyées par la préfecture. Actuellement, dans ce centre totalement géré par notre ville, nous vaccinons jusqu'à 6 000 personnes par semaine, ce qui est significatif. Je pense que les chiffres de la vaccination de Versailles sont à peu près ceux qui existent au niveau national, avec un bon quart de la population vaccinée. Nous avons privilégié les personnes à risque, les pathologies lourdes, ceux de plus de 60, voire même de 50 ans, sont déjà vaccinés. Nous commençons à souffler un peu et passons dans une période de transition. Depuis le 19 mai, nous avons des libertés supplémentaires avec la réouverture des commerces dits “non essentiels” et la possibilité de reprendre les activités culturelles, dans des conditions très encadrées. Durant cette transition, on voit quelques excès, notamment sur la place du marché, avec des jeunes qui se regroupent, dans un mouvement de défoulement. Nous ne sommes donc pas totalement sûrs que nous n'allons pas affronter un retour de la pandémie, même si celle-ci serait sans doute tempérée par la vaccination. Il faut continuer à rester prudent - c'est le message important que je voudrais passer en ce moment, même si on constate que les choses s'améliorent.

Versailles est une ville royale. Quels sont les principaux objectifs aujourd'hui, notamment dans le domaine de la culture ?

F. de M. : Versailles est une ville qui a la chance d'être très connue dans le monde pour son château et son histoire. Elle a été édifiée au XVIIe et XVIIIe siècles pour ses deux quartiers centraux, de très beaux quartiers historiques faisant d'ailleurs l'objet de protections au titre des monuments historiques. Nous avons pratiquement le plus grand secteur sauvegardé de France. C'est un lieu où les constructions répondent à des critères très précis.

La ville s'est construite et s'est développée autour de ces quartiers emblématiques. C'est la première ville du département des Yvelines, en termes d'importance démographique. Aujourd'hui, notre problématique est de garder cette spécificité historique et culturelle. Nous y travaillons à travers des événements comme le festival du Mois Molière qui va avoir lieu en juin. Nous sommes également très attentifs à la qualité architecturale et à l'aspect des jardins, qui sont nombreux. En même temps, Versailles est une ville profondément ancrée dans le XXIe siècle.

Cela implique une politique de développement économique ambitieuse avec, notamment, le projet du plateau de Satory. Cela implique également une politique très forte au niveau social et familial, qui se traduit par une éducation de très haut niveau. Versailles est très connu pour la qualité de l'enseignement. C'est une ville qui allie la modernité à l'histoire, avec cet équilibre entre l'urbain, le “non construit” et la nature, ce que Versailles incarne profondément. C'est l'ADN de ma politique, le travail que réalise notre équipe depuis 12 ans pour faire de Versailles une ville verte emblématique.

Quels sont les actions écologiques que vous menez pour inculquer la fibre du “durable” chez les Versaillaises et les Versaillais ?

F. de M. : Vous avez raison de souligner que c'est un panel d'actions, avec une dimension environnementale pour le traitement des déchets, mais aussi toute l'action qu'on mène autour des pistes cyclables. Versailles est aujourd'hui la ville de référence en Ile-de-France pour sa politique « vélo »,
selon un classement national annuel, établi par des associations. Au niveau national, Versailles est sur la troisième marche du podium après La Rochelle et Annecy. C'est un peu une fierté. Nous avons beaucoup travaillé pour atteindre ce niveau. D'ailleurs, je ne me déplace qu'à vélo. Concernant les autres mobilités, nous avons aussi réorganisé toute la carte des lignes de bus de Versailles ; un très beau travail autour du pôle multimodal de la gare des Chantiers, un quartier qui a été totalement transformé.

Le troisième aspect découle directement de cette vision de la ville. C'est la politique d'urbanisme, notamment autour du quartier des Chantiers. Au lieu d'avoir un grand projet organisé autour d'une grande dalle de béton, nous avons sauvé les jardins historiques qu'on a réhabilité parce que ce sont d'anciens bassins qui alimentaient le château. Avant que notre équipe soit élue, le projet visait à couvrir partiellement ces bassins de dalles de béton pour réaliser un grand centre commercial.

Mon premier acte politique fort a été de le stopper, entraînant plusieurs années de négociations et de procès avec les promoteurs de l'ancien projet. Finalement tout s'est très bien terminé. Les promoteurs ont compris que leur intérêt était de repartir sur de nouvelles bases avec la Mairie. Aujourd'hui, tout le monde est satisfait. Dans ces bassins qui étaient vides, nous avons implanté des jardins, dont une ferme de permaculture.

Et puis, au lieu de faire un centre commercial au cœur de la ville, nous avons fait des bureaux et des logements. C'est typiquement l'approche où l'on pense la ville par rapport aux problématiques environnementale et de développement. Il y a, naturellement, bien d'autres aspects, par exemple avec notre action sur les jardins. C'est une ville où aujourd'hui, on a protégé au maximum ce qui reste encore non construit. Donc, on a introduit dans nos règles d'urbanisme le fait de préserver une partie en pleine terre lorsque c'est possible. On peut multiplier les exemples comme celui-ci, comme les jardins familiaux dans les quartiers, afin de créer du lien social. Dans le cadre des liens avec le château, nous avons également financé la reconstitution d'allées historiques qui avaient disparues, comme l'allée Le nôtre. Nous avons également décidé d'abandonner l'utilisation des pesticides pour les jardins de la ville. Nous avons été une ville modèle dans ce domaine. Voilà quelques-unes de nos actions emblématiques en faveur de l'environnement. Ce ne sont évidemment pas les seules.

Les Régionales se profilent. Comment êtes-vous interconnecté avec la Région ? Vous soutenez Valérie Pécresse. Votre expérience à Versailles a-t-elle constitué une source d'inspiration pour son programme ?

F. de M. : Il est vrai que je soutiens Valérie Pécresse, que je connais bien. Avec elle, nous avons monté la Biennale d'architecture et de paysage de l'Ile-de-France, qui est une grosse opération. L'édition 2022 aura pour thème “Des terres et des villes”. C'est mon passé à la présidence de la Cité de l'architecture et du patrimoine qui avait initié cette initiative. Valérie Pécresse a été séduite par cette idée. En intégrant le paysage, nous avons créé la spécificité de cette biennale par rapport aux autres, notamment celles hors compétition, la Biennale de Venise, qui est vraiment exceptionnelle par sa taille, son histoire, parce qu'elle a plus de 100 ans d'existence. De notre côté, nous avons une histoire à créer autour de ce lien entre l'architecture et le paysage. Nous avons l'École du paysage à Versailles, et une grande école d'architecture (ENSA-V). Si on réfléchit à la spécificité de l'évolution de la pensée en matière de la ville, ces 15 dernières années, on trouve au premier plan de la réflexion la notion de paysage, autour de la préoccupation environnementale. Le plateau de Saclay en est une illustration, même si l'aménagement n'est pas réellement réussi. Il constitue une sorte de contre-exemple, même si, à l'origine, la personne qui est chargée de lancer le projet était un paysagiste. Il n'a sans doute pas eu les moyens d'imposer sa vision… Nous sommes néanmoins dans cette évolution et je crois véritablement que c'est une très bonne chose que la Région Ile-de-France, à travers sa présidente, ait pris en compte cette dimension. Notre biennale, financée par la Région, est un événement important pour contribuer à cette réflexion.

Vous avez écrit il y a quelques années que la culture n'est pas un luxe. Avec la crise sanitaire, va-t-elle le devenir ? Les gens vont-ils pouvoir retourner au théâtre ?

F. de M. : En 1999, j'ai écrit ce livre parce que je présidais la Fédération des élus à la Culture en France, au moment où j'étais adjoint à la culture à Versailles, avant d'être maire. Son titre est “La culture n'est pas un luxe” et son sous-titre était centré sur le thème de la décentralisation culturelle. Après les années 1980, à la fin d'une période très importante de décentralisation, les collectivités territoriales ont bénéficié d'une sorte de liberté nouvelle. La culture n'était pas une compétence attribuée en propre à un niveau de collectivités. Elle était partagée. Il y a eu de gros investissements des collectivités territoriales sur ce secteur, ouvrant une période particulièrement riche. Grâce à cette décentralisation, la culture est devenue une vitrine pour les nouveaux élus. Ils ont multiplié les réalisations et les constructions. Dès la fin des années 1990, on assiste ensuite à un premier retournement. D'ailleurs, mon livre partait presque d'une analyse financière. La période d'euphorie s'achevait progressivement. Les collectivités territoriales s'apercevaient qu'elles avaient de plus en plus de contraintes et qu'elles devaient être raisonnables sur les finances.

Néanmoins, la culture en France reste extrêmement bien subventionnée, par rapport à l'étranger. On le voit à travers la crise sanitaire. La ministre de la culture Roselyne Bachelot a confirmé qu'il y a eu huit milliards d'investis sur la culture. Il n'y a pas un État qui a investi autant sur le maintien de la culture. C'est une spécificité française. Cela pourrait nous rassurer. Pourtant, je pense profondément, en tant que gestionnaire d'argent public, qu'il faut toujours faire les bons choix. J'ai été un peu à l'origine du Loto du patrimoine quand j'étais parlementaire.

Je m'étais dit finalement, il faut qu'on fasse comme en Angleterre, comme en Allemagne, et qu'on utilise les jeux du hasard comme source de financement. Quand vous analysez le budget du ministère de la Culture, vous voyez bien qu'il y a eu une augmentation assez forte du côté de tout ce qui est arts vivants. Mais, en revanche, pour ce qui est patrimonial, ces dernières années, les investissements ont baissé. D'où cette idée de Loto du patrimoine. Le moyen de le faire était un tirage spécial pour les Journées du patrimoine. Quand j'étais conseiller à Matignon sous Jean-Pierre Raffarin, j'ai soutenu cette idée, mais on avait déjà fait la loi sur le mécénat. La grande réforme pour la culture a été entreprise par Jean-Jacques Aillagon en 2003. Dès cette époque, on avait profondément transformé les financements de la culture. Je suis revenu sur le sujet quand j'étais parlementaire. Cette proposition parlementaire s'est retrouvée dans tous les programmes présidentiels que ce soit celui d'Alain Juppé, celui du président Macron, ou celui de François Fillon. Ensuite, Stéphane Bern a merveilleusement porté ce projet. Et c'est pour vous dire à quel point il faut être innovant et intelligent dans les choix financiers. Je ne crois pas à une crise du financement de la culture. A partir du moment où on fait les bons choix.

Le budget de la culture va être très compliqué à gérer dans quelques années. Quand il y a plein d'argent, tant mieux, mais y aura-t-il toujours plein l'argent ?


Le Nez (Gogol - mise en Scene Ronan Riviere)

Actuellement, le redémarrage se fait doucement. La bonne nouvelle et que le Mois Molière est maintenu. Comment va se passer cet événement ?

F. de M. : L'idée, c'était vraiment de maintenir le Mois Molière, parce que c'est une rencontre importante des artistes avec les Versaillais. L'année dernière, nous avons été contraints de le transformer en une sorte de mini festival de quelques jours. Mais ce n'était pas la même chose. Le Mois Molière, c'est un mois, et c'est un festival qui se déroule essentiellement dans la ville. L'idée, c'est de permettre à tout le monde d'accéder à la culture. Donc, la plupart des spectacles sont gratuits.

Les spectacles de professionnels sont gratuits et les spectacles de compagnies amateurs ou d'ensembles musicaux peuvent pratiquer les prix qu'ils souhaitent ; des prix toujours très raisonnables, notamment à cause de la concurrence. En tout cas, il y a toujours cette volonté de l'accessibilité pour tous, mais avec la pandémie, on est obligé de passer par une plateforme pour retenir sa place, et on paie un euro, ce qui n'est tout de même pas très cher. Si les gens s'inscrivent mais ne viennent pas, ils sont prélevés de 10 euros.

C'est donc un beau festival, plus limité cette année, puisqu'il y a moins de lieux qu'on va utiliser, mais beaucoup de créations et toujours sous l'angle “esprit de troupe”, qui caractérise Molière. Cette année, nous avons une tonalité relativement gaie, de la farce à la comédie philosophique. Nous sommes dans cette tradition.

Y-a-t-il des spectacles programmés qui retiennent plus particulièrement votre attention ?

F. de M. : Beaucoup de spectacles sont intéressants. Certains sont totalement nouveaux, pour le plaisir de la découverte. C'est aussi le risque. Vous pouvez miser sur quelque chose et être déçu. Il y a un spectacle qui sera certainement intéressant, celui de « Lawrence d'Arabie » d'Éric Bouvron, qui a une vraie identité de metteur en scène et d'auteur, avec une vision très internationale. Il est d'origine sud-africaine et travaille beaucoup sur les musiques. En 2017, il avait reçu le Molière du Meilleur spectacle privé, la plus belle récompense, avec « Les Cavaliers », de Kessel qui était assez étonnant. Vous avez aussi des spectacles, comme par exemple le « Titanic », montés par des compagnies que j'ai souvent pu identifier dans le “off” d'Avignon, des compagnies à gros potentiel. C'est comme cela que j'avais repéré Alexis Michalik, il y a quelques années. Il est venu plusieurs fois à Versailles, mais il est à présent trop cher...

Les Moutons noirs forment une compagnie qui marche très bien à Avignon. Ils sont très nombreux sur scène. Vous avez des spectacles comme « Le Nez », une adaptation de la nouvelle de Gogol, par Ronan Rivière, créée l'année dernière et qui a été très peu jouée. C'est très malin et très bien fait.

Un autre spectacle plaira certainement au public, celui de Maxime d'Aboville qui a fait une trilogie historique, autour de textes sur la Révolution française. C'est un “seul en scène” qui sera vraiment très intéressant. Vous avez également trois metteurs en scène qui travaillent beaucoup avec nous. Salomé Villiers, a adapté Musset, avec « Badine ». Elle a une jolie distribution. Nicolas Rigas est un metteur en scène avec qui nous travaillons depuis plusieurs années. Sa création « La Vie parisienne », d'Offenbach, a déjà tourné, avec beaucoup de succès, parce que c'est très gai, très vivant. C'est un chanteur professionnel, mais c'est aussi un homme de théâtre. Vous avez aussi Jean-Hervé Appéré, entre théâtre et musique, quelqu'un de très intéressant, qui vient de la commedia dell'arte. Il monte « La Folle de Chaillot », de Giraudoux, une pièce rarement jouée qui avait un succès fou au début du XXe siècle. Vous voyez, il y a beaucoup de choses intéressantes.

Il y a également le spectacle « Entre Amis, scènes de voisinage », dont vous êtes l'auteur…

F. de M. : C'est vrai. J'ai une réelle passion pour le théâtre. J'ai longtemps été au conservatoire de Versailles et j'ai effectivement écrit cette pièce, dans l'esprit gai du moment, pour une troupe très enlevée.

Le nouveau “Quartier de Gally”

« La dimension urbaine est très présente à Versailles. Nous créons actuellement un quartier totalement nouveau dans un lieu très sensible, le “Quartier de Gally”, parce qu'il est proche de la ferme éponyme. Il est pensé comme un véritable “éco-quartier”, très proche du château de Versailles. Il jouxte le parc, avec un nombre de contraintes très important. Les bâtiments, à parements brique ou pierre, ne feront pas plus de 11 m de haut, avec une unité visuelle. Le travail a été fait avec l'architecte des bâtiments de France. »

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