AccueilSociétéFranck Monnier : « Le juriste a un rôle essentiel de défense des libertés fondamentales »

Franck Monnier : « Le juriste a un rôle essentiel de défense des libertés fondamentales »

Franck Monnier a été élu en juin dernier doyen de la Faculté de droit et science politique (FDSP) de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), basée à Guyancourt.
Franck Monnier, doyen de la Faculté de droit et de science politique (FDSP) de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
© SIDF - Franck Monnier, doyen de la Faculté de droit et de science politique (FDSP) de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

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« Je fais ma 10e rentrée cette année », souligne celui qui est maître de conférences en Histoire du droit. Également spécialiste d’Histoire administrative, d’Histoire du droit de la culture et des institutions culturelles, Franck Monnier a enseigné à l’USVQ et à l’Institut d’études politiques (IEP) de Saint-Germain-en-Laye. Il était, depuis 2017, vice-doyen en charge des enseignements et de la formation de la faculté. Alors que s’est tenue sa première rentrée solennelle, Franck Monnier revient sur les chantiers qu’il considère prioritaires pour la FDSP. Il précise également quel doit être, selon lui, le rôle du juriste, dans cette période où les crises se succèdent.

Que représente la Faculté de droit et de science politique de Saint-Quentin ?

Franck Monnier : La Faculté de droit et science politique compte, au total, un peu plus de 2500 étudiants. Nous avons un corps professoral de titulaires d'environ 50 enseignants et nous travaillons avec quelque 400 enseignants vacataires. Il s’agit une structure assez importante au sein de l'Université de Versailles Saint-Quentin, même si, à l'échelle des grandes facultés parisiennes, nous sommes, en termes de nombre d'étudiants, un petit peu en-dessous. Mais c’est une identité à laquelle nous tenons. Une structure à taille humaine permet de mieux connaître et donc mieux encadrer les étudiants, de manière à créer la relation idoine avec eux pour les aider à progresser.

N’avez-vous pas de problèmes d’effectif ?

F. M. : Nos études sont extrêmement demandées. Sur Parcoursup, nous ouvrons, par exemple, 350 places en licence de droit, alors que nous avons plus de 2500 demandes. Donc les études de droit et de science politique sont vraiment des études refuges. Nous n'avons aucun problème d'effectif. Ce qui prouve que la société a réellement confiance dans ce type de formation pour donner un avenir aux étudiants.

Avez-vous beaucoup de spécialités en master ?

F. M. : Nous avons beaucoup de spécialités, y compris en licence. Nous avons une licence de droit généraliste, une licence de science politique généraliste et nous avons deux parcours spécifiques sélectifs. Le premier est une double licence droit-anglais qui permet aux étudiants d'avoir une licence de droit et une licence pleine d'anglais. Nous avons également un parcours international sélectif qui est une vraie licence de droit, mais avec des options d'ouverture particulières sur le monde et sur l'Europe. Donc il y a cette dimension internationale qui est présente en licence, en plus de toutes les spécificités que nous commençons à développer. Ce qui fait que nous pouvons ensuite ouvrir sur toute une série de masters. Nous avons plusieurs masters de science politique, plusieurs masters de droit, notamment concernant le droit du travail, le droit de la propriété intellectuelle, le droit international et européen, la concurrence, les contrats, l'arbitrage international. Nous avons aussi une filière particulière de formation aux concours de la fonction publique, pour préparer aux métiers de commissaire de police et d’officier de police. Nous avons notamment de bons résultats en ce qui concerne la magistrature.

© SIDF

Quelle sont vos relations avec le monde professionnel ?

F.M. : Pour nous, les relations avec les professionnels sont importantes. Dès la licence, nous avons ce qu'on appelle le PPEI (projet professionnel d’études et d’insertion), qui encourage les étudiants - c’est la majeure partie des cas - à faire un stage en entreprise ou auprès d'une administration, de façon à commencer à développer leur réseau et à tester leur vocation. C'est important et nous dispensons également des formations en apprentissage au niveau master, au sein desquelles les liens sont absolument évidents avec le monde professionnel. C'est la raison pour laquelle nous avons développé des partenariats institutionnels avec toutes les cours de justice du département, qui reçoivent régulièrement nos étudiants en stage. Nous avons également des relations avec le Barreau de Versailles et nous avons conclu des conventions avec beaucoup d'avocats parisiens, qui dispensent, dans leur cabinet, des formations professionnalisantes à nos étudiants de master. Donc les liens avec le monde professionnel sont conçus depuis la licence jusqu'au Master 2.

Vous avez récemment été élu doyen. Quels sont vos axes de travail ?

F.M. : Nous avons ouvert plusieurs chantiers. Nous souhaitons, d’une part, continuer à asseoir notre place au sein de l'Université Paris-Saclay. L’UVSQ est un membre associé de l'Université Paris-Saclay. L'enjeu, pour nous, est de développer nos forces, de développer nos singularités, pour être clairement identifiables dans ce vaste ensemble universitaire. Ce qui implique de développer des spécificités en termes de formation et en termes de recherche. L'un de mes projets, dans le prolongement du décanat précédent, est de développer l'offre culturelle pour nos étudiants. Avec une ouverture toujours plus vers le cinéma, vers la presse, vers la littérature. Nous avons ouvert plusieurs séminaires, tel que “droit et littérature“, mais aussi des ciné-droit, des théâtres-débats. Nous avons noué ces partenariats pour que les étudiants, en plus de leurs connaissances en droit et en science politique, puissent se familiariser avec les problèmes sociaux contemporains tels qu'ils sont traités et vus par les artistes. C’est aussi un moyen de leur donner accès à plus de culture, à une certaine hauteur de vue favorable à leur raisonnement.

Vous avez également des ambitions en matière numérique ?

F.M. : Oui, tout à fait. La communauté universitaire que je représente continue à croire au lien fort qui doit être maintenu, en présence des étudiants dans la faculté. Un cours, c'est vraiment une rencontre entre un enseignant et des étudiants. Les études en présentiel sont importantes également pour rétablir l'égalité des chances. Tous les étudiants ne sont pas logés à la même enseigne et il importe que tous puissent suivre des études dans les mêmes conditions. Donc le présentiel est pour nous quelque chose qui est extrêmement important. Toutefois, le numérique nous permet de développer et d'approfondir les enseignements à travers la plateforme de télé-enseignement. Chaque cours dispose d’un espace via lequel l'enseignant peut déposer des documents, des vidéos, des films. Il nous arrive également de poster des petits cours filmés sur la plateforme, de façon à vraimentapprofondir les cours et à permettre un prolongement numérique des cours. Ce qui vaut pour la formation vaut également pour la recherche. L'un de nos enjeux est également de donner beaucoup plus de visibilité à notre recherche, à travers le développement d'une plateforme numérique qui lui serait dédiée.

Nous travaillons par exemple à développer une chaîne YouTube dans laquelle nous allons pouvoir présenter nos colloques, des conférences, de façon à ouvrir plus largement notre recherche au public. Donc le numérique est pour nous un appui important, bien que nous continuions à croire au présentiel, pour ce qui est de l'enseignement. Nous développons nos outils numériques de façon maîtrisée et dans le strict intérêt de nos étudiants et de notre recherche.

La crise sanitaire se dissipant, les difficultés qui y sont liées sont-elles également terminées pour vous ?

F. M. : Tout à fait. La pandémie tend à se calmer, même si tous les problèmes ne sont pas réglés. Ces années ont été assez rudes, puisque nous n'étions pas préparés. Mais notre chance est d'avoir pu utiliser des ressources propres, générées par nos formations, et également avec le soutien de la présidence de cette université, qui ne nous a pas laissés seuls face à la pandémie. Très rapidement, nous avons pu équiper nos amphithéâtres de systèmes de captation et de logiciels de télé-enseignement qui nous ont permis d'enseigner à distance. Nous avons ainsi eu la chance de pouvoir maintenir le lien du service public, grâce aux outils numériques, qui, de ce point de vue, nous ont sauvés, même si nous avons été très contents de retourner en présentiel.

Vous vous appuyez désormais sur ces outils dont le développement a été accéléré par la crise sanitaire ?

F. M. : Tout à fait. Tous les investissements que nous avons faits tambour battant et contraints dans le numérique sont des investissements sur lesquels nous souhaitons capitaliser. Tous les équipements nouveaux que nous avons acquis nous permettent de développer notre enseignement et de l’ouvrir vers de nouvelles ressources numériques. Donc cela a été un mal pour, de ce point de vue-là, un bien, parce que je sais que durant cette période, les étudiants ont énormément souffert d'isolement. Ils ont perdu les méthodes de travail qu'ils avaient l'habitude de développer et cela n'a pas été simple pour eux. Ce qui fait que je considère que nos étudiants ont été extrêmement méritants pendant à cette période.

Quel est le rôle du juriste dans cette période de crises qui s’accumulent ?

F. M. : Dans ces crises, je crois que le rôle du juriste est surtout celui du défenseur des libertés publiques. C'est un élément extrêmement important de notre formation en droit, parce que cela touche vraiment à la liberté des personnes. Et le rôle du juriste est réellement d'intervenir dans le débat public, pour rappeler toujours - parce que rien n'est acquis en la matière -, l'importance de défendre les libertés publiques et les droits fondamentaux, qui, à l’ère où de nombreux populismes prospèrent, sont très facilement battus en brèche. Le juriste a un rôle essentiel à jouer en matière de défense des libertés publiques. Il y a des cours qui sont fondamentaux pour nous. Ceux relatifs libertés fondamentales - parmi d'autres, évidemment -, en font partie. Ils irriguent et servent pour la totalité des matières.

Cela rejoint le fil directeur de la Rentrée du Barreau de Paris, organisée en présence du ministre de la Justice ?

F. M. : Mais oui, je crois que la communauté des juristes se rejoint totalement. Nous voyons que l'État de droit, non loin de chez nous, en Europe, est complètement menacé et parfois battu en brèche au sein même de l'Union européenne. Ce qui suscite des craintes et prouve que les juristes doivent développer leur capacité de résistance. De même que les magistrats et les juristes, dans ces pays où l'État de droit est menacé, sont en première ligne et s'exposent pour défendre ces questions.

Votre rôle de formateur en droit en est d’autant plus renforcé ?

F. M. : Absolument. C'est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur. Et c'est d'ailleurs le rôle social du juriste que d'être le garant de ces libertés fondamentales.

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