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Florent Burtin : «Nous cultivons les relations avec les décideurs pour dynamiser l'économie locale»

Florent Burtin est le président de la CRCC de Versailles et du Centre. Il présente cette Compagnie régionale, après la fusion de la CRCC de Versailles avec celles d'Orléans et de Bourges.
Florent Burtin : «Nous cultivons les relations avec les décideurs pour dynamiser l'économie locale»

Économie Publié le ,

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter la CRCC de Versailles et du Centre ?

Florent Burtin : Il y a eu une volonté de regroupement des CRCC par le Gouvernement, la CRCC de Versailles a fusionné avec celle d'Orléans et de Bourges. Notre travail est réalisé sur trois Cours d'Appel, elle recouvre 10 départements, et compte 2 435 commissaires aux comptes depuis 2020. En tant que Compagnie régionale, nous sommes un relai de l'information nationale, et nous menons des actions de proximité. De ce fait, nous initions le dialogue avec des députés, des sénateurs, des maires, des syndicats patronaux mais aussi l'Ordre des avocats, les chambres de commerce et d'industrie … Nous cultivons les relations avec les décideurs pour dynamiser l'économie locale à travers nos initiatives conjointes telles que des manifestations, des échanges d'informations. Accroître la visibilité des missions des commissaires aux comptes sur nos territoires renforcent la compréhension de cette dernière auprès des parties prenantes de l'écosystème des dirigeants d'entreprise. Les commissaires aux comptes ne sont pas uniquement au service du dirigeant d'entreprise, ils garantissent la transparence et la confiance dans les comptes financiers et extra-financiers auprès des banquiers, des associés, des actionnaires, des salariés, des fournisseurs, des clients, auprès de tout l'environnement de l'entreprise.

A ce titre, nous faisons des rapports, notamment sur la RSE, puisqu'en tant que commissaire aux comptes, nous sommes le premier organisme en France à certifier l'information RSE des entreprises. Nous avons donc vocation à travailler davantage dans ce domaine-là.

Aujourd'hui, dans la stratégie globale de relance, nous avons un rôle d'accompagnement des entrepreneurs, notamment au travers des entretiens gratuits que nous réalisons. Nous sommes à disposition de nos clients pour établir des diagnostics de sortie de crise lors d'entretiens gratuits. En complément, nous sommes impliqués dans une mission de prévention et de relation de confiance qui peut s'orienter sur de l'audit des bilans ou d'attestations des informations financières sur des données prévisionnels. Nous redirigeons un entrepreneur qui serait en difficulté, ou que nous aurions détecté en difficulté au travers de notre mission et de nos entretiens, vers les bons organismes de prévention qui pourront l'accompagner en cas de difficultés ou de perspectives peu favorables.

Parallèlement, avec notre casquette de commissaire aux comptes, nous avons des missions très particulières et très ponctuelles, pour tous types d'entreprises, comme le cyber audit, l'audit de la RGPD, le tax audit.

Le commissaire aux comptes, de par son statut d'auditeur légal, a cette indépendance vis-à-vis du dirigeant pour exprimer son opinion sur les comptes, il est reconnu, contrôlé par le Haut Conseil de Commissariat aux Comptes (H3C) ce qui garantit une confiance dans la relation du dirigeant d'entreprise et son commissaire aux comptes. De plus, tout comme le dirigeant d'entreprise, le commissaire aux comptes est un entrepreneur qui le comprends, et ils peuvent discuter en toute égalité, sécurité et confiance.

A.-P. : Le Gouvernement a récemment lancé “le train de la relance”. Vous êtes d'ailleurs très impliqué dans ce programme. Quelles sont vos actions pour la relance, comment allez-vous contribuer à sauver les entreprises en difficulté ?

F. B. : Avec notre mission gratuite d'entretien et de diagnostic de sortie de crise, nous allons au-delà « du train de la relance », nous agissons directement dans nos cabinets de proximité, dans chacune des villes, là où, j'imagine, ce train ne va pas s'arrêter. Donc, j'engage tous les entrepreneurs qui voient passer le train d'aller voir les commissaires aux comptes présents et disponibles localement, dans leur ville, pour avoir cet entretien. “Le train de la relance” est un outil de communication mais nous, nous sommes au plus près des territoires donc venez nous retrouver et nous parler.

A.-P. : Vous avez évoqué la loi Pacte qui a ouvert les possibilités de missions des commissaires aux comptes. A-t-elle aussi rapproché, d'une certaine manière, la profession d'expert-comptable et de commissaire aux comptes ?

F. B. : Comme moi, une grande majorité des commissaires aux comptes exercent les deux métiers, mais nous sommes sur une approche d'attestation, d'audit ou de diagnostic et la loi définit clairement jusqu'où nous pouvons aller avec un mandat de commissaire aux comptes, avec une vision d'indépendance très particulière, avec un contrôle particulier et des qualités qui sont le fait de notre travail d'auditeurs. Cette casquette de commissaire aux comptes nous permet d'avoir une approche différente de celle de l'expert-comptable.

Nos deux professions ont toujours été très proches. L'expert-comptable établit les comptes, et le commissaire aux comptes donne son opinion sur les informations financières et extra financières afin de garantir la transparence et la confiance. Nous travaillons en équipe avec les experts-comptables, les avocats, la direction financière et le dirigeant d'entreprise. La loi Pacte nous permet maintenant de réaliser des audits, des diagnostics, des attestations pour toutes les entreprises même lorsque nous ne sommes pas leur auditeur légal.

Nous ne faisons donc pas du conseil comme l'expert-comptable, mais nous intervenons pour donner de la confiance dans l'information qui permettra à l'équipe du dirigeant de prendre des décisions pour une plus grande agilité et efficacité économique.

A.-P. : Les banques sont-elles davantage rassurées face à une entreprise qui a un commissaire aux comptes ?

F. B. : Tout à fait, nous avons une bonne relation avec les banquiers. Même s'ils systématisent leur approche, ils ont besoin d'avoir quelqu'un avec une vision différente. Ils sont tout à fait capables de comprendre une information, de l'analyser selon les éléments de défaillance qui peuvent être pris en compte, d'analyser les éléments futurs prévisionnels, faire un business plan. En travaillant ponctuellement avec les banques, en allant regarder l'origine de l'information, nous leur permettons d'avoir confiance en l'information qui est donnée.

A.-P. : Un entrepreneur sans expert-comptable ni commissaire aux comptes peut donc venir vous consulter pour une mission de certification ou de diagnostic ?

F. B. : Toutes les entreprises peuvent bénéficier du travail d'un commissaire aux comptes même lorsqu'il n'est pas leur auditeur légal.

Ce sont trois modules : audit, diagnostic, attestation qui nous permettent d'exprimer notre opinion ponctuelle sur les informations financières et extra financières de toute entreprise.

C'est donc une information produite par le dirigeant, son service administratif, ses prestataires ou ses partenaires qui est attestée, auditée ou diagnostiquée par un commissaire aux comptes qui est lui-même un vecteur de confiance et de transparence.


Laurent Benoudiz, Vincent Reynier, Karl ZEro et Florent Burtin aux UE 2021.

A.-P. : On parle en ce moment de l'examen de conformité fiscale. Quel est votre avis sur le sujet ?

F. B. : Cette nouveauté a été lancée par le Gouvernement et il est trop tôt pour savoir si les entreprises s'en empareront. Quand il y a déjà un expert-comptable dans l'entreprise, c'est à lui de traiter le sujet parce qu'il a déjà travaillé dans le cadre des dix points demandés pour l'examen de conformité fiscale. Le commissaire aux comptes peut intervenir si jamais l'expert-comptable ne veut pas le faire ou si le client n'a ni expert-comptable ni commissaire aux comptes mais ce dernier n'a pas vocation à aller démarcher les clients dans cette perspective-là. Ce n'est pas un axe de développement pour les commissaires aux comptes. Nous avons bien plus de valeur ajoutée à proposer à nos clients des sujets sur la cybersécurité, sur la RGPD, sur les missions qui sont liées à la reprise économique, à la confiance autour des prévisionnels, des attestations autour de l'utilisation des fonds. D'autant plus que nous avons une partie de nos missions qui sont gratuites, à disposition de tous les dirigeants. Si demain nous avons d'autres missions, tant mieux, mais celle de l'examen de conformité fiscale n'est pas celle que nous privilégierons.

A.-P. : Est-ce une mission qui vient concurrencer l'action des avocats fiscalistes ?

F. B. : Pour moi, ce n'est pas une mission qui est en concurrence, au contraire, elle est en interprofessionnalité parce que l'examen de conformité fiscale est réalisé pour de très grandes entreprises et réaliser un travail en interprofessionnalité entre un commissaire aux comptes et un avocat fiscaliste me paraît tout à fait légitime. Donc, au-delà finalement d'une mise en concurrence, il faut considérer cela comme une opportunité de travailler en collégialité avec une équipe, au profit du dirigeant qui pourrait en avoir besoin.

A.-P. : Vous avez participé aux Universités d'été des experts-comptables et commissaires aux comptes, évènement annuel phare de la profession et qui s'adresse aussi beaucoup aux jeunes. Quel est votre regard sur cette édition post-crise sanitaire ?

F. B. : Il y a eu moins de “chiffre d'affaires”, en revanche, il y a plus d'activité auprès des clients favorisant ainsi davantage de proximité et d'accompagnement, qui n'a pas été facturés aux clients. La crise a mis les jeunes en difficultés, le télétravail a été une découverte pour les jeunes qui ont repris un cabinet ou qui se sont installés à leur compte, la période a été complexe Nous sommes très proche de l'Association nationale des experts comptables stagiaires (Anecs) et du club des jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes (CJEC), Nous créons avec eux de l'activité, nous les intégrons dans les commissions de la CRCC de Versailles et du Centre, nous travaillons sur l'attractivité de la profession, sur les thématiques qui les intéressent. Ils sont présents et nombreux aux Universités d'été, ils y trouvent un intérêt pour se former et découvrir des techniques. Les confrères y envoient aussi leurs collaborateurs stagiaires pour la formation. Nous avons aussi organisé une soirée avec une centaine de jeunes de l'ANECS et CJEC pour créer un environnement de réseau qui leur permettra de développer leur chiffre d'affaires. L'objectif est de leur permettre de se connaître les uns les autres, échanger, pouvoir se créer un réseau de connaissances afin de promouvoir leurs spécialités, leur qualité de travail et de fournir une meilleure prestation client, travailler ensemble ou en complément etc.

A.-P. : Vous abordiez l'interprofessionnalité, ces jeunes sont-ils justement encouragés à travailler dans ce sens ?

F. B. : J'ai toujours été dans cette perspective-là, de construire une équipe autour du dirigeant.

Ce travail d'équipe est soit structuré, soit juridiquement organisé ou informel. Nous encourageons donc les jeunes à poursuivre cet objectif d'interprofessionnalité ; Qu'on soit avocat, expert-comptable ou commissaire aux comptes, nous ne pouvons pas aborder un dirigeant en lui disant que nous savons tout faire. Nous avons besoin des compétences de chacun pour le servir au mieux.

J'ai une casquette d'auditeur, je n'interviens pas dans le conseil, mais je peux être amené à intervenir pour valider les schémas qui nous ont été soumis et mettre en confiance les parties prenantes de l'entreprise.

A.-P. : Ces universités d'été sont aussi un grand moment de formations. Que fait la CRCC de Versailles et du Centre pour les jeunes ?

F. B. : Lors des Universités d'été, qui est un événement gratuit, les jeunes peuvent bénéficier de formations et des prestataires de leur professions afin d'avoir accès à leur logiciels, produits et services. En outre, tout au long de l'année, nous organisons aussi des formations, dédiées avec l'ANECS et le CJEC, à l'intérieur de nos locaux. Les jeunes sont privilégiés dans nos formations, ils peuvent postuler aussi bien dans “la commission jeunes et attractivité” que dans la “commission outils” ils peuvent postuler, mener des travaux de réflexion, ou venir travailler avec nous sur le terrain. Nous participons au Lab50 en collaboration avec la CRCC de Paris. Nous pratiquons les tarifs les plus bas en France sur les cotisations d'adhésion à la compagnie régionale.

A.-P. : Quels sont les prochains événements que vous organisez ?

F. B. : Nous planifions des événements pour trois cibles distinctes :

- celles à destination des dirigeants d'entreprise et des commissaires aux comptes lorsque nous prenons contact avec les décideurs économiques, politiques et judiciaires tels que les chambres de commerce et d'industrie, l'Ordre des avocats etc… Nous travaillons en continue et en étroite collaboration avec la Compagnie nationale pour initier les dialogues avec les parties prenantes, être au plus près de nos décideurs en étant sur le terrain. Nous cultivons nos relations, nous expliquons la profession du CAC, nous diffusons la bonne information sur les nouvelles missions du CAC. Concernant la sortie de crise, un travail d'accompagnement de proximité avec les délégués départementaux de sortie de crise envers les dirigeants d'entreprise se fait pour les orienter au mieux en fonction de leurs problématiques. C'est un travail “d'arrière-plan” que nous ne communiquons pas, mais qui est essentiel.

- celles exclusivement dédiés aux commissaires aux comptes au travers des formations spécifiques, nous traversons actuellement un gros cycle de formation qui débute en septembre et se termine en janvier.

- Les jeunes, nous apportons notre pédagogie, leur expliquant, en termes d'orientation, l'attractivité de la profession. Des documents seront édités pour donner de l'information à nos confrères et consœurs. D'ailleurs, un événement sera prévu en partenariat avec l'Académie de Versailles.

A.-P. : Aujourd'hui, les experts-comptables et les commissaires aux comptes peinent-ils à trouver des collaborateurs, des jeunes qui veulent exercer votre métier ?

F. B. : Ce sujet a toujours été difficile. Nous avons des difficultés à recruter, mais c'est aussi lié à l'organisation de notre profession. Les chiffres de Xerfi montrent que la profession comptable a plus que doublé son chiffre d'affaires en vingt ans, or, dans le même temps, vous n'avez pas la même croissance du nombre de jeunes qui vont en études supérieures. Il y a un décalage qui se produit sur le terrain entre les services que nous proposons aux clients et notre capacité à produire. On a des difficultés de recrutement comme beaucoup de professions mais nous nous en sortons plutôt bien en comparaison.

Notre profession est un vrai ascenseur social, elle donne l'opportunité à chacun de se former tout au long de la vie professionnelle. Le diplôme d'expert-comptable ou commissaire aux comptes peut être obtenu tout au long de notre carrière. Notre métier reste attractif, selon les chiffres de l'Insee nous constations qu'il y a 30 % de jeunes en plus qui s'orientent vers nos métiers du droit et de l'économie qu'il y a 10 ans. Nous percevons malgré tout des difficultés, qui relèvent des “problèmes de riches”, mais nous devons faire face à nos réalités ; lorsque nous manquons de personnel, il convient alors de choisir la stratégie du cabinet et de privilégier les missions à plus forte valeur ajoutée. La profession doit s'organiser pour conserver cette attractivité. Il y a de vraies opportunités dans nos cabinets, et pas uniquement celle de devenir associé. Il y a des nouvelles technologies, des nouvelles techniques, des nouveaux services à proposer aux clients, il y a un panel d'opportunités pour les jeunes, qui est incroyable par rapport à ce qu'on pouvait avoir, ne serait-ce qu'il y a 10 ou 15 ans.

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