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FFB 91 : « Nos métiers sont en danger »

Réélu président de la Fédération française du bâtiment de l’Essonne (FFB 91) pour un mandat de trois ans, Fabien Daurat revient sur les actions de l’organisme patronal durant ces mois de crise pandémique.
FFB 91 : « Nos métiers sont en danger »
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Économie Publié le , Propos recueillis par Quentin CLAUZON

Reconnaissance de la place du secteur du bâtiment, accompagnement des adhérents, édition du guide de préconisations de sécurité sanitaire… La Covid-19 n’a pas empêché le plus important des syndicats patronaux du secteur d’agir.
Si les entreprises du bâtiment se portent plutôt bien, les indicateurs ne sont toutefois pas au vert pour 2022, selon le président de la FFB 91, qui s’inquiète notamment de l’augmentation des prix des matériaux et de l’énergie, ainsi que de l’amorce d’une baisse des commandes. Pour lui, l’apprentissage et la formation continue feront également partie des enjeux majeurs de la période qui s’ouvre, les métiers du bâtiment étant aujourd’hui « en danger ». Une cellule spécifique sera donc créée pour faciliter la cession/transmission/reprise d’entreprise. La fédération souhaite également redynamiser son image cette année, avec l’inauguration, prévue en octobre, d’un tout nouveau siège de 1 400 m2, à Sainte-Geneviève-des-Bois.

Vous venez d’être réélu président de la FFB 91. Pourriez-vous revenir sur vos combats ?

Fabien Daurat : Les dernières années que nous venons de traverser ont été compliquées du fait de la pandémie. Mais la crise, que nous traversons tous, a aussi mis en lumière le poids du secteur bâtiment dans l’économie française. Nos métiers sont considérés comme indispensables et structurants pour l’économie. Au début de la pandémie, lorsque toute activité avait été suspendue, la FFB s’est battue pour que nos entreprises accèdent au dispositif de chômage partiel. Ensuite, et dès que cela a été possible, tout a été mis en œuvre pour que l’activité bâtiment reprenne en toute sécurité pour les salariés.

La Fédération française du bâtiment a été particulièrement engagée, auprès de l’OPPBTP, pour éditer le guide de préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités de construction en période de pandémie. Ce guide liste les mesures destinées à assurer la santé et la sécurité sur les chantiers. Il a permis aux entreprises de reprendre leur activité rapidement après un mois d’arrêt.

C’est une période pendant laquelle les services de la FFB Essonne et les élus ont été particulièrement mobilisés. Les adhérents attendaient des réponses. Il a fallu rassurer, guider, informer au quotidien sur les mesures de soutien aux entreprises, les obligations des dirigeants, etc. Parfois aussi, il a fallu apaiser et soutenir les chefs d’entreprise dont la structure était fragile avant même le début de la crise. Certains étaient sur le point de tout perdre. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’est née l’association Apesa 91, il y a deux ans maintenant, et dont la FFB Essonne est membre fondateur aux côtés du Tribunal de commerce. Apesa 91 propose un dispositif d’aide aux entrepreneurs en situation de détresse aigüe. Cette association accompagne les chefs d’entreprise en souffrance psychologique, sur signalement du tribunal, de fédérations comme la nôtre, d’avocats ou encore d’experts-comptables. Notre rôle est d’identifier les dirigeants qui montrent des signes de détresse et d’avertir, avec leur accord, l’association Apesa 91. Ces derniers sont alors contactés et suivis, gratuitement, par des professionnels de la santé mentale.

Un autre dispositif que nous soutenons est celui porté par l’association 60 000 Rebonds, qui regroupe une communauté de bénévoles dont la mission est d’aider les entrepreneurs qui ont perdu leur entreprise à se reconstruire personnellement et à rebondir vers un autre projet professionnel et ce par le biais d’un accompagnement gratuit sur une durée de deux ans maximum.

Quelles sont les autres réalisations à noter ?

F.D. : Pour moi, la reconnaissance de l’apprentissage est une autre victoire. C’est une bataille que nous avons menée et les résultats sont là. Malgré la crise sanitaire et économique, en 2020 et 2021 le nombre de contrats d’apprentissage n’a cessé d’augmenter. Ce n’est pas fini, il faut continuer à pousser l’apprentissage comme une voie d’excellence et ne plus l’envisager comme une voie de garage. 85 % des jeunes apprentis accèdent à un CDI à la fin de leur cursus, ce n’est pas rien ! Je suis convaincu que l’apprentissage est la meilleure des formations, c’est pourquoi j’ai récemment accepté de prendre la présidence de la Faculté des métiers de l’Essonne. Il s’agit du plus important centre d’apprentissage multi-sectoriel d’Île-de-France. Il accueille 3 000 élèves.

Ce combat pour la formation va donc se poursuivre durant cette mandature ?

F.D. : Oui. La formation continue et l’apprentissage sont des leviers essentiels pour nos entreprises et un véritable enjeu pour les prochaines années. Nos métiers sont en danger. D’après une étude de la CCI, 45 % des entreprises risquent de fermer, faute de repreneur. Il est essentiel pour les chefs d’entreprise aujourd’hui de former leurs salariés et d’accueillir des jeunes en apprentissage. La transmission d’entreprise est l’un des plus importants sujets de la période 2022-2025. Aussi, nous allons créer, au sein de la FFB Essonne, une cellule spécifique pour la reprise/cession/transmission d’entreprise. C’est une des missions essentielles que nous nous sommes fixées.

C’est un projet partagé sur le territoire ?

F.D. : Oui. La CCI Essonne est elle aussi particulièrement mobilisée sur le sujet. Aujourd’hui, trop d’entreprises disparaissent sans que l’on sache ce que deviennent les compagnons, les salariés. Bien souvent l’information du dépôt de bilan arrive trop tard, peut-être à cause du secret de l’instruction, alors que des repreneurs pourraient se positionner. Il y a aujourd’hui des entreprises qui ont les moyens d’investir et qui sont prêtes à reprendre des sociétés en dépôt ou en cessation des paiements. C’est pourquoi la FFB 91 va renforcer son partenariat avec le tribunal de commerce d’Evry. Je suis en lien direct avec sa présidente, Sonia Arrouas, pleinement engagée sur le sujet avec sa vice-présidente, Nathalie Lasternas.

Comment se portent les entreprises du bâtiment ?

F.D. : Aujourd’hui cela va plutôt bien. Les entreprises ont été maintenues sous perfusion, notamment avec le PGE. Les hauts de bilan ne sont pas mauvais, à fin 2021. Nous sommes un peu plus inquiets pour 2022. Les PGE souscrits en 2020 et 2021 vont devoir être remboursés, et certaines entreprises n’en ont pas la capacité. L’activité a tendance à ralentir sur la région parisienne. C’est notamment le cas dans le neuf, où il ne se passe plus grand-chose. Le secteur de la rénovation énergétique, lui, se maintient plutôt bien, porté par des dispositifs fiscaux avantageux pour les entreprises et les particuliers. Enfin, n’oublions pas que nous entrons dans une année électorale et l’on sait que le secteur économique n’est jamais très dynamique dans cette période.

Pour le moment, les carnets de commande sont assez bons avec des visibilités à 6, 8 mois d’activité, mais une baisse s’est amorcée. L’an dernier, à la même époque, les carnets de commande étaient remplis sur une année environ.

Les marges sont, elles, très compliquées à maintenir. Nous subissons de plein fouet la hausse du coût des matériaux et des énergies. Un exemple flagrant : les tuiles ont pris 150 % du fait de l’augmentation du gaz nécessaire à l’étape de cuisson. Ces hausses, les entreprises ne le répercutent pas forcément sur le client.

Ces phénomènes vont-ils durer ?

F.D. : Les économistes de la FFB prévoient que le phénomène de hausse des coûts perdure jusqu’à la fin du premier trimestre 2022. Mais un retour à la situation d’avant crise est-il envisageable ? Nous savons malheureusement et par expérience, que les hausses de prix sont souvent pérennes. Il n’y a pas de retour en arrière. La pénurie de matériaux tend à se réduire, les délais se raccourcissent progressivement. Reste l’augmentation des prix de l’énergie, un phénomène plus complexe, qui nous inquiète encore. C’est une source d’instabilité. Tous ces phénomènes sont venus enrayer la relance de l’activité. 2021 a été une année pleine côté chantiers, mais les augmentations des coûts de matières premières et de l’énergie sont venues compresser les marges des entreprises. Avec ces niveaux de prix et l’amorce d’une baisse des commandes, les indicateurs ne sont pas au vert pour 2022.

D’autant que le mois de janvier a été plutôt calme ?

F.D. : Effectivement, avec la recrudescence de cas positifs à la Covid-19 et de “cas contact“, les entreprises gèrent, au jour le jour, les arrêts maladie et absences des salariés. L’activité est totalement désorganisée. Le mois de janvier s’annonce catastrophique. Dans mon entreprise, par exemple, la production a été réduite de 30 %.

Sur une note plus positive, la FFB 91 a pour projet de moderniser son offre, avec l’inauguration de nouveaux locaux cette année ?

F.D. : Oui, la fédération doit rester dynamique et réinventer son offre aux adhérents. J’ai souhaité que l’on puisse avoir une fédération plus proche de artisans et entrepreneurs. C’est pour cela que nous avons pris le parti de quitter Evry pour nous installer au cœur du département.

© FFB 91

Nous réhabilitons des locaux de 1 400 m2 à Sainte-Geneviève-des-Bois, qui proposeront des espaces de bureaux, des salles de formation, un grand espace dédié aux événements et à l’extérieur plus de 40 places de stationnements. Plusieurs partenaires institutionnels de la FFB nous rejoignent, dont la SMABTP et la BTP Banque, et occuperont des bureaux de permanence. L’objectif est d’offrir un service de proximité à nos adhérents qui doivent, pour le moment, se rendre à Paris pour rencontrer ces partenaires. Une partie de nos adhérents ne disposent pas de bureaux ou de salle de réunion.

Les futurs locaux proposeront des zones de tiers-lieux, où les artisans pourront rencontrer leurs clients et leurs fournisseurs, former leur personnel. Ces espaces conviviaux permettront de dynamiser la fédération, c’est quelque chose d’assez révolutionnaire.

Nous avons également acquis un autre bâtiment qui jouxte celui de la FFB Essonne. Ce bâtiment va accueillir une zone artisanale, une sorte de micro-pépinière composée de cinq cellules, de 200 m2 chacune, à destination de nos adhérents. L’idée est de leur permettre d’avoir de vrais locaux, de toucher d’autres marchés, de passer de l’étape de l’artisan local à celle de la petite entreprise. C’est un vrai projet pour 2022 : nous espérons l’inaugurer en octobre.

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