AccueilTerritoireDidier Desnus : « L'Essonne est toujours au cœur d'une vraie dynamique économique »

Didier Desnus : « L'Essonne est toujours au cœur d'une vraie dynamique économique »

Didier Desnus est le président de la Chambre de commerce et d'industrie de l'Essonne. Ses services viennent de publier le profil annuel, économique et social, du département. Dans la continuité des années précédentes, ces chiffres traduisent le dynamisme de l'artisanat et des entreprises locales. A l'aune de la crise sanitaire, Didier Desnus analyse ces résultats avec optimisme et détermination.
Didier Desnus : « L'Essonne est toujours au cœur d'une vraie dynamique économique »
© CCI/Olivier Desaleux

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La CCI vient de publier “L'Essonne en Chiffres 2020”. Pouvez-vous faire une analyse de ces données socio-économiques du territoire ?

Didier Desnus : Cette année encore, nous notons que le territoire de l'Essonne est particulièrement attractif. La population du département augmente régulièrement, avec une forte proportion de jeunes, puisque 60 % des habitants ont moins de 45 ans. Plus généralement, l'Essonne et la grande couronne deviennent de plus en plus prisée en Île-de-France, parce qu'on y trouve une réelle qualité de vie et du foncier disponible.

Nous bénéficions d'une très large diversité de cadres de vie. Vous pouvez résider dans une zone fortement urbanisée ou, au contraire, profiter de la vraie campagne, à proximité de Paris. Je prends souvent l'exemple de Janvry. J'ai été très impressionné lors de ma première rencontre avec le maire. La mairie est implantée au-dessus de l'école primaire. J'avais l'impression d'être dans la France profonde.

C'est cette diversité du territoire qui fait son attractivité ?

D. D. : Oui, bien sûr. François Durovray, le président du Conseil départemental, a raison de dire que « l'Essonne est une France en miniature ». Au nord-ouest, nous avons un pôle fortement urbanisé et hautement technologique, avec le plateau de Saclay – qui représente
15 % de la recherche & développement nationale –, Massy et son secteur tertiaire en développement, le centre d'Evry avec l'université, le Génopole. Au Sud du département, l'agriculture tient une place essentielle. La culture biologique s'y est largement développée. En 10 ans, les surfaces bio ont été multipliées par quatre. Sur le plan environnemental, nous sommes une vitrine régionale.

Cette diversité se traduit en termes économiques ?

D. D. : Il y a une grande disparité économique entre le Nord et le Sud du département avec, globalement, un taux de chômage plus faible que la moyenne nationale. En affinant un peu l'analyse, vous avez le plateau de Saclay, proche du plein emploi, avec un taux de chômage de 4 à 5 %, et des zones en grande difficulté, comme Grigny, par exemple, où le taux de chômage est très important.

L'Essonne est néanmoins au cœur d'une vraie dynamique économique, avec un tissu très dense d'entreprises. Près de 90 % de ces structures sont des TPE et des autoentrepreneurs. Nous avons, par ailleurs, de grandes entreprises, comme Safran. Avant la Covid, le secteur aéronautique était un puissant moteur, avec beaucoup de sous-traitance.

Il faut aussi savoir qu'un tiers des salariés du secteur “Recherche & Développement” viennent de l'Essonne.

Quelle action menez-vous actuellement à l'Assemblée nationale ?

D. D. : Il y a une grande disparité économique entre le Nord et le Sud du département avec, globalement, un taux de chômage plus faible que la moyenne nationale. En affinant un peu l'analyse, vous avez le plateau de Saclay, proche du plein emploi, avec un taux de chômage de 4 à 5 %, et des zones en grande difficulté, comme Grigny, par exemple, où le taux de chômage est très important.

L'Essonne est néanmoins au cœur d'une vraie dynamique économique, avec un tissu très dense d'entreprises. Près de 90 % de ces structures sont des TPE et des autoentrepreneurs. Nous avons, par ailleurs, de grandes entreprises, comme Safran. Avant la Covid, le secteur aéronautique était un puissant moteur, avec beaucoup de sous-traitance.

Il faut aussi savoir qu'un tiers des salariés du secteur “Recherche & Développement” viennent de l'Essonne.

Cette situation contrastée vous permet-elle d'aborder plus facilement cette crise sanitaire que d'autres départements d'Île-de-France ?

D. D. : Non, je ne pense pas. Je n'y vois pas de corrélation directe. En fait, je pense que cette crise de la Covid a mis en évidence certaines pratiques qui étaient en sommeil, qui se sont ainsi imposées et qui vont changer notre façon de voir les choses. Par exemple, le télétravail, qui s'est largement généralisé, était très difficile à mettre en place avant le confinement. Beaucoup de managers ne le concevaient pas et de nombreux salariés éprouvaient des difficultés à travailler chez eux. Les visio et téléconférences exigent aussi une organisation particulière. Ces techniques ont été littéralement boostées par la crise sanitaire. Elles vont s'imposer. Il devient possible de réunir plus d'intervenants, plus rapidement, qu'on pouvait le faire auparavant. De surcroît, on limite largement les déplacements inutiles. Évidemment, ce n'est pas non plus la panacée. Nous allons devoir trouver le juste équilibre entre le distanciel et le présentiel. Nous avons aussi besoin du lien social. L'échange reste essentiel au sein de l'entreprise. La machine à café sera toujours nécessaire.

Ces contraintes et ces mutations ont impacté les entreprises ?

D. D. : En fait, nous nous rendons compte que les entreprises qui ont été réactives et agiles, quel que soit le secteur d'activité – y compris dans l'automobile et l'aéronautique –, s'en sortent plutôt bien. Celles qui ont eu la capacité de modifier rapidement leur outil de production et leur stratégie commerciale ont même tiré un avantage concurrentiel de cette crise sanitaire.

Nous vivons néanmoins une période compliquée, avec l'incertitude de la pandémie qui persiste. Il ne faudrait pas que l'économie soit à nouveau bloquée, ce serait dramatique.

Je prends toujours le même exemple. Toutes nos entreprises sont lancées dans une sorte de grande régate. Après le déconfinement, le souffle de la relance les a portées. Actuellement, le vent est tombé. C'est le pot au noir ! Tout le monde se cherche un peu, ne sachant pas trop quand et comment le vent va se remettre à souffler.

En revanche, je suis d'accord avec la plupart des économistes qui prévoient que ce nouveau souffle devrait être puissant. L'activité devrait repartir très fort. Les entreprises vont néanmoins devoir prendre les bonnes décisions, très vite, parce que si elles ne prennent pas le train au passage, elles auront beaucoup de mal à le rattraper. A l'écoute de leur marché, celles qui vont utiliser les nouvelles technologies vont prendre une longueur d'avance sur les autres. Malheureusement, il va aussi y avoir davantage de casse qu'en temps normal. Les mesures qui ont été prises par le Gouvernement sont excellentes, même si on peut discuter à la marge du niveau d'accompagnement et de soutien de certains secteurs. Les trois volets du plan de relance – écologie, compétitivité et cohésion – sont fortement dotés et les CCI ont un rôle important à jouer, pour expliquer ces mesures aux entreprises et de leur donner les moyens d'en bénéficier. Des opportunités vont se présenter. Il va falloir rapidement s'en saisir.

Cette importante mission confiée aux CCI va-t-elle avoir une incidence sur les dotations de l'État ?
Où en sommes-nous actuellement ?

D. D. : Pour les Chambres, les dotations ont une longue histoire… Il y a une dizaine d'années, l'État a considéré que nos ressources étaient partiellement injustifiées. A partir de 2012, les dotations ont baissé de façon drastique. Nous partions de 1,4 milliard pour arriver à quelque 370 millions d'euros en 2022, avec des “coups de rabot” successifs. Cette année, une nouvelle ponction de 100 millions d'euros était prévue, suivie de 100 autres millions en 2021. Sur la loi de Finances rectificative de 2020, compte tenu de l'activité que les chambres ont déployé sur le terrain, pendant et après le confinement, notamment à travers les mesures prises par Bercy. Nous avons fait un travail assez fantastique. Nos collaborateurs se sont trouvés en télétravail, du jour au lendemain, avec obligation d'accompagner les entreprises, de l'information aux démarches administratives. Ce travail a été reconnu par les Parlementaires. Dans le 3e projet de loi de Finances rectificative à l'Assemblée, les députés sont montés au créneau, faisant passer un amendement contre l'avis du Gouvernement d'annulation de ce prélèvement de 100 millions d'euros. Sur le projet de loi de Finances 2021, un nouveau prélèvement de 100 millions était donc prévu. Les parlementaires sont également intervenus. Les amendements concernant la suppression de cette nouvelle ponction a été adoptée. En contrepartie, nous devons être efficaces sur l'application du plan de relance dans les territoires. Pour les chambres, la baisse des dotations a entraîné des suppressions de postes, donc un appui en moindre aux entreprises. C'est toute la difficulté…

En Essonne, nous avons peu de ressources autres que les dotations de l'État, puisque nous n'avons pas d'équipements particuliers.

La Chambre régionale est assez puissante en matière de formation et d'organisation d'événements, congrès et salons. La Chambre de l'Essonne est-elle partie prenante ?

D. D. : Nous ne participons pas directement à ces activités, mais nous sommes fortement impliqués, notamment en termes de répartition des budgets des deux chambres territoriales. L'activité congrès et salons, notamment avec Viparis, est en dehors de la ressource fiscale, puisque les opérations ont été montées sans fonds publics.

Les remontées de dividendes participaient ainsi au budget de la Chambre régionale. La crise sanitaire, avec l'activité très réduite ou pratiquement nulle des foires et salons, peut, à court et moyen termes, impacter l'ensemble des ressources et avoir une répercussion sur les finances des Chambres territoriales.

Par ailleurs, l'Etat a demandé aux Chambres régionales de ne plus mettre de taxes pour frais de chambre sur la formation et les grandes écoles. Des subventions très importantes étaient allouées chaque année. A partir de 2021, elles disparaissent totalement. En conséquence, les frais d'inscription des étudiants vont fortement augmenter. Il n'y a pas de miracle.

Sur ce point, votre chambre bénéficie d'une certaine indépendance…

D. D. : Cette liberté reste toute relative... En revanche, il est vrai que la Chambre de Seine-et-Marne et la Chambre de l'Essonne sont personnes morales. Les présidents sont ainsi de véritables chefs d'entreprise. Nous avons notre propre patrimoine immobilier et le droit d'expérimentation. En ce sens, nous sommes indépendants et cette indépendance est inscrite dans la loi.

Après avoir été compliqués – après la loi de 2010, nous avons été les irréductibles Gaulois pendant un certain temps… – les relations sont tout à fait cordiales avec la Chambre régionale. Nous travaillons en parfaite coopération. J'en suis d'ailleurs l'un des vice-présidents. José Ramos, le Premier vice-président de la Chambre de l'Essonne, fait également partie du bureau. Nous sommes en parfaite osmose avec le plan de transformation qui a été entrepris à cause des baisses de dotation de l'État. n

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