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Des masques made in Sartrouville

KB Medica s'est lancée dans la production de masques en juillet dernier. Actuellement, l'entreprise yvelinoise produit quelque 150 000 masques chirurgicaux par jour. « Nous travaillons en fonction de la demande et pouvons doubler notre production en cas de besoin » confie Kevin Bornheim, le président de l'entreprise de Sartrouville.
Des masques made in Sartrouville
©KB Medica

Économie Publié le ,

L'entreprise ne cesse d'élargir sa gamme et propose actuellement près de 24 coloris de masques type 2R : bleus, noirs, rouges, ou encore gris et mauves. C'est au début de la crise sanitaire, pendant la pénurie de masques, que naît le projet. Kevin Bornheim et ses associés travaillaient dans l'événementiel. Ils cherchent à se reconvertir. Aujourd'hui KB Medica fait tourner cinq machines pour fabriquer les masques et plusieurs machines accessoires.

« Dès février 2020, nos contacts en Chine nous avaient prévenus des problèmes d'approvisionnement de masques. Ils nous en ont envoyés et nous avons commencé à vendre des masques importés. Jusqu'à ce que nous réalisions, après analyse économique du projet, qu'il y avait plus de valeur à les fabriquer ici et que ça éviterait de dépendre d'usines à l'autre bout du monde. On a alors passé la commande pour la machine, avec le soutien de la Région Ile-de-France. »

« Nous sommes sur le point d'être certifiés pour vendre des FFP2. Nous avons la machine FFP2, trois machines pour fabriquer des chirurgicaux pour adultes et une pour les enfants. Concernant le gel, nous commercialisons la production d'un autre fabricant français. Nous ne savons pas si c'est un projet que nous allons développer. Il n'y pas autant de consommation de gel que nous pensions. »

« Il y a un an, tout le monde était choqué qu'il n'y ait plus de producteur français de masques. On était très dépendant de la Chine. Notre clientèle, des particuliers, des entreprises et quelques collectivités, est attachée à la qualité et à la traçabilité de la fabrication française. Nous avons peu d'intermédiaires dans la chaîne et nous sommes contrôlés. Pour les appels d'offres publics, si le prix reste le critère déterminant, les masques provenant de Chine ont l'avantage. La vidéo virale de l'Assemblée Nationale ne nous a pas fait rire...surtout qu'on n'a jamais eu de réponse à notre candidature à l'appel d'offres ! On dirait que le système est un schizophrène : tout le monde achète en Chine et après il faut soutenir les entreprises françaises, allez comprendre...Dans notre démarche, nous insistons sur l'impact local de notre activité, sur les emplois, le savoir-faire, etc. »

KB Medica approche aujourd'hui la vingtaine de salariés, pour la plupart des jeunes des environs et plusieurs prestataires du monde de l'événementiel y travaillent, en attendant de reprendre leurs activités. « On s'adapte. Je n'ai pas de perspective claire par rapport à mon métier initial dans l'événementiel, assure l'entrepreneur Je crains que la reprise ne soit pas pour 2021. Nous étions dans les grands mariages, les salons, les soirées étudiantes. Je vois mal des soirées de 6 à 10 000 personnes se dérouler en 2021. Nous aurons une reprise progressive. L'Euro arrive, peut-être que nous pourrons faire des choses à l'extérieur. Je ne peux pas me projeter. Heureusement nous sommes soutenus par l'État, ce qui permet de faire sommeiller l'activité. En attendant, on fait des masques et on espère qu'on pourra maintenir aussi cette activité, même à un moindre volume, après la crise. »

A la fin de la pandémie, Kevin Bornheim vise le long terme et le personnel médical. « C'est une question qu'on se pose souvent. Avec la fin de la pandémie, que deviendra la société ? On est en pleine expansion. On envisage d'acheter la machine qui fabrique la matière première du masque. Le but c'est d'avoir des contrats de long terme avec des clients qui resteront avec nous après la crise sanitaire. Notre vision, c'est que le masque va rester obligatoire. Pas dehors, mais dans les supermarchés, les avions, les trains, les rendez-vous dans les bureaux, je pense que ce sera obligatoire encore un certain temps. Les gens ont compris que dès qu'il y a l'apparition d'une maladie, nous allons mettre le masque. Les infirmières indépendantes, les dentistes, les généralistes, tous ceux qui travaillent à leur compte, ils veulent des masques de qualité. Nous aurons un ralentissement de notre activité, mais je ne pense pas à un arrêt complet. Nous verrons bien. »

Dans tous les cas, l'entreprise et l'équipe qui la dirige font preuve d'une grande résilience. Ils s'adaptent aux circonstances, c'est sans doute leur plus grande force dans l'environnement actuel.

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