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Cybersécurité : Télécom SudParis dévoile sa stratégie

Face aux menaces que fait peser la cybercriminalité sur la société, la grande école d’ingénieurs Télécom SudParis ambitionne de devenir un acteur majeur de la cybersécurité.
François Dellacherie
© DR - François Dellacherie

Économie Publié le ,

« Ma priorité, c’est de faire de Télécom SudParis un acteur majeur de la cybersécurité ». François Dellacherie, directeur de Télécom Sud Paris, n’y est pas allé par quatre chemins pour présenter la stratégie de cette grande école d’ingénieurs de l’Institut Mines-Télécom, qui dispose d’un campus à Évry et Palaiseau. Face à une menace cyber qui devient chaque jour plus prégnante, il est essentiel de trouver de solutions qui puissent être déployées rapidement.

Pour faire de Télécom SudParis un « acteur majeur » du secteur, le directeur souhaite donc combler, en partie, le déficit de spécialistes cyber en France. En effet, quelque 15 000 postes seraient aujourd’hui vacants. Télécom SudParis envisage de former 1 000 étudiants de niveau Bac + 5 en cybersécurité d’ici 2030. Mais ce n’est pas tout. Grâce à la fédération d’établissements supérieurs – comprenant l’institut Mines-Télécom et ses écoles, Eurecom, Université Paris-Saclay, Université Versailles-Saint-Quentin, CentraleSupélec – qui vient d’être lancée, pas moins de 10 000 étudiants seront formés. « En nous mettant ensemble, nous créons un effet d’entraînement, nous partageons nos savoir-faire, et nous accélérons le mouvement », explique François Dellacherie. Télécom SudParis est leader de ce réseau (via l’Institut Mines-Télécom), qui forme 13 000 étudiants chaque année. Cette stratégie, baptisée Train-Expert-Cyber, a été désignée lauréate d’un AMI du plan France 2030.

Télécom SudParis prévoit de déployer très rapidement deux programmes de formation, l’un d’ingénieur par apprentissage (FIPA), l’autre de mastère spécialisé. L’École dispensera également des formations certifiantes focalisées sur des enjeux technologiques, comme la cybersécurité pour les réseaux du futur, l’industrie ou la santé. Ces formations plus courtes « pourront soutenir les évolutions de carrière des professionnels de la cybersécurité, et former des professionnels d’autres domaines aux enjeux de la cyber (risques, menaces, parades) ». Une offre de validation des acquis de l’expérience (VAE) permettra également d’accéder à ces diplômes.

Lutter contre le fléau de la cybercriminalité

« Être un acteur majeur de la cybersécurité, c’est aider la société à lutter contre l’un des pires fléaux du 21e siècle, la cybercriminalité », assure également François Dellacherie, citant les exemples d’attaques commises contre les hôpitaux de Corbeil-Essonnes et de Versailles plus récemment. « La cybercriminalité met des vies en danger, ruine des entreprises chaque jour. Attaque après attaque, elle sape les bases de notre société. En tant que directeur d’une grande école d’ingénieurs, je pense que nous devons, en tant qu’école, avec l’État, avec les entreprises, et avec toute la société, lutter activement et en profondeur contre ce fléau », poursuit le directeur. Protéger l’économie et les citoyens, en devenant un acteur majeur de la cybersécurité, est une « priorité naturelle » pour Télécom Sud Paris, qui est aussi une école publique rattachée au ministère de l’Économie et des Finances.

En matière d’enseignement supérieur, viser ce statut « d’acteur majeur », implique de rendre la cybersécurité concrète. Aussi, l’école privilégie une approche par projet, en permettant aux étudiants de travailler sur des plateformes de simulation des attaques cyber. Ces outils sont mis au point par les enseignants-chercheurs de Télécom Sud Paris, qui disposent de laboratoires dédiés. « Mon objectif est de faire de nos futurs diplômés des experts cyber de haut niveau, dès la sortie de l’école », souligne le directeur.

Vis-à-vis du grand public, la stratégie de François Dellacherie consiste également à contribuer, à son échelle, à faire comprendre les métiers de la cybersécurité au grand public en amont des études supérieures. « Un enfant de six ans sait ce qu’est un pompier. Mon rôle, en tant que directeur d’une grande école du numérique, c’est de travailler avec les lycées pour expliquer ce que sont les nouveaux métiers de la cyber », précise François Dellacherie. Télécom SudParis va s’y employer avec zèles, au travers des forums auxquels elle participe, de sorte d’attirer davantage de jeunes dans les métiers de la cybersécurité.

François Dellacherie est également soucieux d’attirer les femmes dans ces filières. Aussi, le directeur s’engage à promouvoir les femmes qui y exercent déjà, dès 2023.

Une recherche de rang mondial

La stratégie de l’école comprend également un volet « entreprises », le directeur souhaitant « augmenter la surface de contact » de l’école avec le monde économique. A ce titre, Télécom SudParis travaille notamment sur des formations par alternance en cybersécurité.

S’agissant des équipes de recherche, qui « sont de rang mondial en cybersécurité », il s’agit de les maintenir à niveau. « En tant que directeur je fais le nécessaire pour entretenir ce moteur indispensable à la création de la connaissance, pour inventer les solutions cyber de demain. Je fais aussi le nécessaire pour trouver des champs d’application particulièrement importants, comme celui de la santé, où Télécom SudParis est de plus en plus actif », détaille François Dellacherie.

Enfin, Télécom SudParis continuera d’entretenir ses liens avec l’État régalien. Concrètement, l’école siège au conseil scientifique de l’ANSSI. Par ailleurs, via l’Institut Mines-Télécom, Télécom SudParis a établi un partenariat qu’elle souhaite « profond et durable » avec la DGSE, l’un des plus grands recruteurs de l’État en matière de cybersécurité. Un accord a été signé à VivaTech en ce sens. « Nous envisageons des coopérations dans le domaine de la recherche et de la formation (certaines sont déjà concrétisées). Je suis certain que ce partenariat continuera à être mutuellement très bénéfique dans la durée », conclut François Dellacherie.

Une ancienne étudiante devenue maître de conférences

Maître de conférences à Télécom Sud Paris, experte en cybersécurité et protection de la vie privée, Nesrine Kaâniche fait partie des visages féminins que François Dellacherie veut mettre en avant. Récemment soutenue par le programme de l’Agence nationale de la recherche (ANR) “Jeunes chercheuses et jeunes Chercheurs“, elle consacre ses travaux à une meilleure protection de la vie privée et à un traitement « équitable » des données pour les services de santé.

« La crise Covid a mis en lumière la nécessité de collaborer encore davantage dans le domaine de la santé. L’accès aux données réelles de santé et la collaboration entre plusieurs acteurs sont très difficiles en raison de contraintes à la fois juridiques et éthiques. Avec une sensibilisation croissante du public et les nouvelles législations telles que le RGPD, il est impératif de traiter les enjeux liés à la vie privée, afin d’ouvrir la voie à la prochaine génération de systèmes », explique Nesrine Kaâniche, qui conçoit de nouveaux protocoles basés sur des briques cryptographiques.

Nesrine Kaaniche
©D.R.

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