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Crise énergétique. Thomas Godefroy-Scola : « faire comprendre à l’entrepreneur qu’il n’est pas seul »

Thomas Godefroy-Scola est le président de la CPME des Yvelines. Revenant sur les impacts de la crise énergétique, le dirigeant souligne en quoi la période s’annonce difficile, malgré les aides de l’Etat.
Thomas Godefroy-Scola est le président de la CPME des Yvelines.
© CPME 78 - Thomas Godefroy-Scola est le président de la CPME des Yvelines.

Économie Publié le , Propos recueillis par Quentin Clauzon

La CPME des Yvelines se tient à la disposition des entrepreneurs pour faciliter leurs démarches contact@cpme78.fr . Une fiche explicative de l’ensemble des dispositifs est mise à disposition de tous sur le site: www.cpme78.fr

Que pensez-vous des dispositifs mis en place par l’État en matière énergétique ?

La CPME s’est battue pour que ces aides soient débloquées et elle a été l’une des seules organisations à le faire. Dans les Yvelines, sur 130 000 entreprises, 95 % ont moins de 5 salariés. Justement, le bouclier tarifaire protège les TPE de moins de 10 salariés faisant moins de 2 millions d’euros de CA et ayant une puissance inférieure à 36 kVA. Il est accessible aux entreprises ayant signé un contrat au tarif réglementé de vente de l’électricité. Si ce n’est pas le cas, ces TPE ont alors accès à la garantie de prix, annoncée par Bruno Le Maire - le tarif moyen sur l’année ne devra pas excéder les 280 euros le MWh -.

D’autre part, celles dont la puissance compteur est inférieure à 36 kVA ont accès « l’amortisseur électricité ». Ce dispositif intègre la « garantie de prix » annoncée par Bruno Le Maire. Les PME ont également accès à leur propre « amortisseur électricité ». Il est possible de cumuler ces deux variantes de l’amortisseur avec une aide au paiement des factures de gaz et d’électricité. Cette dernière aide est accessible si les dépenses d’énergie représentent 3 % du chiffre d’affaires 2021 des TPE-PME éligibles et si le prix de l’énergie a pris + 50 % par rapport au prix moyen payé en 2021.

Il faut noter qu’en 2021, 20 % des entreprises avaient un coût de l’énergie supérieur à 3 % du chiffre d’affaires. Ce pourcentage double en 2022. Nous anticipons 60 % en 2023. Donc on est sur une inflation galopante.

C’est une situation d’autant plus préoccupante que l’on parlait déjà de mur de la dette. On évoquait déjà des reports de cotisation Urssaf 2020-2021 négociés sur 1, 2, ou 3 ans. Beaucoup d’entreprises remboursent à la fois les cotisations non payées en 2020 et les cotisations normales. Il y a aussi les remboursements des PGE (prêts garantis par l’État), qui n’existaient pas avant la crise Covid. Si l’on ajoute, au PGE, l’Urssaf et la hausse des prix de l’énergie, cela donne des charges fixes qui explosent et qui rendent la situation infernale pour de très nombreuses entreprises.

Que pensez-vous des mesures de report de charges Urssaf et d’impôt sur les sociétés ?

C’est une bonne chose que des aides soient mises en place. Mais à titre personnel, je suis très méfiant envers les reports de charges. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un abandon de créance pur et simple. Il faut payer dans tous les cas à un moment donné, parallèlement aux charges qui sont à payer couramment.

Dans quelle mesure cela vous inquiète-t-il ?

C’est très inquiétant, notamment si l’on en croit nos enquêtes d’opinion. Il existe, en France, une sorte de pessimisme national, ancré en chacun de nous. On parle de 10 % des entreprises, notamment des PME, qui pensent à liquider leur structure. On était sur un taux historiquement bas depuis 2020. Aujourd'hui le moral des troupes est au plus bas. C’est un vrai sujet. J’ai eu des retours d’adhérents, par exemple des centres de formation, qui payaient 30-40 euros le kWh en 2020, à qui l’on a fait des propositions à 600 ou 700 euros le kWh. Concrètement, pour les besoins d’une dizaine de salles, cela leur reviendrait à 15 000 euros à l’année de frais d’électricité et de chauffage. Il faut aussi rappeler que nous avons eu du mal à constituer les marges de 2020. Bien sûr, globalement, on reste dans un pays qui se veut protecteur. J’ai bon espoir que nous trouvions des solutions. Mais j’ai peur que cela se résume à repousser des échéances, auxquelles il faudra faire face malgré tout.

© SIDF

Quels sont les bons réflexes à adopter pour les entreprises ? Sont-ils rétifs à se faire aider ?

Effectivement je pense que c'est dans l’ADN de l’entrepreneur quel qu’il soit de se débrouiller seul. Historiquement, le travailleur indépendant n’a pas droit aux congés payés, ni au chômage, etc. Il a réellement pris l’habitude de travailler dans son coin, de plier les genoux quand le poids devient plus lourd, mais d’avancer quand même. De notre côté, nous essayons de faire en sorte que l’entrepreneur prenne conscience qu’il n’est pas seul face à cette situation. Il y a la CPME, mais nous ne sommes pas les seuls. Il y a aussi les conseillers départementaux à la sortie de crise.

On trouve aussi, désormais, un guichet unique d’aide aux entreprises, notamment sur la problématique énergétique. Il existe également un guichet dans les Yvelines, avec une représentante qui aide les entreprises à monter leur dossier. La CCI Yvelines fait aussi un travail important pour aider les entreprises. Le Medef travaille, comme nous le faisons, pour aider les structures.

L’idée, c’est de dire que le bon réflexe, au-delà des gestes de bon sens (baisser la température…), c’est de changer le paradigme et de se dire “je ne suis pas forcément tout seul face à cette situation“. Il n’est pas facile de connaître toutes les aides et guichets disponibles, mais il existe des organisations. Le tissu associatif est très fort dans les Yvelines, avec des associations d’entrepreneur quasiment dans chaque ville. Donc j’aimerais que nos 130 000 entreprises des Yvelines se tournent ces aides, pour pouvoir être aiguillées et acquérir les bons réflexes, les bonnes aides et les bons outils.

C’est difficile de prendre de la hauteur quand on a la tête dans le guidon, mais c’est essentiel. Des dizaines de solutions existent. Nous ne pouvons pas payer la facture énergétique à la place des chefs d’entreprises, mais nous pouvons vraiment essayer, par exemple, de négocier avec l’Urssaf pour faciliter les choses. Il y a tout un tas de solutions pour les entreprises qui ont des problèmes temporaires de budget liés à cet enchaînement de crises.

Vous travaillez sur des événements pour réunir les dirigeants yvelinois ?

Nous faisons en sorte de créer des événements ou des formations quasiment toutes les semaines. Ces réunions ne sont pas forcément axées sur le thème de l’énergie, mais cela peut concerner le décryptage de la loi de finances, cela peut être des soirées d’échanges de bonnes pratiques (sur la prospection commerciale par exemple). Nous avons trois salariés à plein temps, qui répondent du matin au soir aux problématiques des adhérents. Au-delà du conseil d’administration, nous avons, dans cette équipe de la CPME 78, une quarantaine d’adhérents bienveillants qui se proposent de coacher les autres adhérents en cas de problème.

Nous avons, parallèlement, 75 chefs d’entreprises qui représentent leurs pairs dans les différentes instances du département. En cas de difficulté avec sa banque, avec son assureur, ou encore avec l’Urssaf, nous pouvons mettre l’adhérent en contact avec notre mandataire dédié. Nous organisons aussi des rendez-vous avec des élus locaux ou nationaux, ce qui permet de faire remonter des dossiers lorsqu’ils sont vraiment bloquants. Lorsqu’un dossier est bloqué administrativement, pour une lourdeur quelle qu’elle soit, nous parvenons généralement à y remédier.

Nous avons notamment relancé la situation d’une entreprise de transports au bord de la faillite, qui emploie 40 personnes. Ce n’est pas négligeable. Finalement, notre cœur de notre activité, c’est de mettre de l’huile dans les différents rouages, pour que cela reste agréable de diriger son entreprise dans les Yvelines. La CPME est une organisation patronale qui fonctionne bien dans le département.

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