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Construction d’un nouveau datacenter à Magny-les-Hameaux

Sami Slim, directeur général de Telehouse France, explique les tenants et aboutissants de ce projet.
Telehouse, premier fournisseur européen de datacenters en colocation, a annoncé le lancement de la construction de son deuxième datacenter sur le campus TH3 Paris Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines.
© DR - Telehouse, premier fournisseur européen de datacenters en colocation, a annoncé le lancement de la construction de son deuxième datacenter sur le campus TH3 Paris Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines.

Économie Publié le ,

Telehouse, premier fournisseur européen de datacenters en colocation, a annoncé le lancement de la construction de son deuxième datacenter sur le campus TH3 Paris Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines. Il s’agit d’une localisation stratégique pour accueillir l’extension des infrastructures IT des entreprises. Ce projet représente un investissement de 50 millions d’euros et fait partie du plan d’un milliard d’euros sur cinq ans, annoncé en 2020 par l’entreprise. L’objectif, pour Telehouse, est de doubler les capacités d’hébergement sur l’ensemble de ses sites européens. Sami Slim, directeur général de Telehouse France, explique en quoi la construction de ce nouveau datacenter yvelinois s’inscrit également dans la continuité du plan stratégique de l’entreprise, visant à soutenir la souveraineté numérique européenne et nationale, contribuant à attirer le trafic internet mondial sur le sol européen.

Quelle est la mission de Telehouse ?

Sam Slim : Telehouse est un opérateur de datacenter, dont la mission est d’interconnecter les entreprises entre elles. Concrètement, nous construisons et nous opérons des bâtiments ultrasécurisés appelés datacenter, qui permettent aux clients d’héberger leur équipement informatique et télécom. Et ce, en leur fournissant de l’électricité, la climatisation, mais aussi la fibre optique. Ces bâtiments permettent aussi et surtout à ces entreprises, souvent du numérique, de se rapprocher entre elles et ainsi de tisser des liens en fibre optique directe l’une vers l’autre, ce qui permet de bénéficier d’une meilleure performance, d’une meilleure de sécurité, de plus de bande passante et permet de réduire les coûts.
Voici la mission de Telehouse, qui existe depuis près de 35 ans, partout dans le monde. Nous opérons plusieurs datacenters dans chaque ville, notamment en Île-de-France, où nous avons trois campus de datacenters en opération, dont celui de Magny-les-Hameaux, qui est un grand campus de 66 000 m2. Il contient déjà un premier datacenter, qui est plein, c’est pourquoi nous avons entamé des travaux pour la construction d’un deuxième datacenter.

Pourriez-vous nous en dire plus ?

S.S. : Il va ouvrir en octobre 2023. D’une surface IT de 12 000 m2, hautement sécurisé, ce site disposera d’une puissance électrique totale de 18 MW, sachant qu’il y aura plusieurs phases. Il devrait en effet tripler de taille d’ici 2026. Aujourd’hui, Telehouse fait transiter environ la moitié du trafic internet national. L’usage de ce datacenter sera de venir renforcer cette “place de marché“ du trafic internet.

Il s’agit, par ailleurs, d’un projet écoresponsable ?

S.S. : Oui, il y a plusieurs volets. D’une part, nous favorisons les fournisseurs locaux et les matières écoresponsables franciliennes. D’autre part, s’agissant de l’exploitation du datacenter, nous avons aussi fait le choix d’une technique de refroidissement spécifique, qui n’utilise pas d’eau, qui est très efficaces énergétiquement et qui permet d’avoir des gains en termes d’émission de CO2 par serveur en exploitation. Enfin, nous allons, comme pour l’ensemble de nos datacenters en Europe, avoir une énergie 100 % renouvelable sur ce site. Ce dernier devrait atteindre un PUE (power usage effectiveness) inférieur à 1,3, ce qui place le nouveau datacenter parmi les plus performants de France.

C’est une évolution par rapport au reste du site ?

S.S. : Oui, le site de Magny est un ancien site d’EADS que Telehouse a racheté en 2009, sur lequel nous sommes venus réadapter les bâtiments historiques en datacenters. Cette fois-ci, c’est autre chose. C’est un terrain vide sur lequel on construit un nouveau bâtiment, donc on peut se permettre de nouvelles matières, de nouvelles techniques plus vertueuses.

Pourquoi avoir choisi historiquement de s’implanter dans les Yvelines ?

S.S. : La stratégie était de cibler le sud/sud-ouest de Paris-Île-de-France pour une simple raison de redondance géographique des datacenters. Aujourd’hui, la majorité des datacenters en Île-de-France se situent dans le Nord-Est. Nous souhaitons absolument éviter cette zone-là, de manière à proposer au client une redondance géographique, une sécurisation de leur infrastructure finalement, grâce à cette zone des Yvelines. Cette dernière propose en outre des arrivées électriques de grande capacité provenant de deux sous-stations différentes, donc une grande résilience électrique et une adaptation par rapport à la fibre. On retrouve des axes majeurs allant vers Bordeaux, Marseille, Londres depuis cette zone. La Mairie de Magny est en outre totalement engagée dans notre démarche de promotion du numérique sur le territoire, car ce datacenter est un outil d’amélioration de la connectivité pour l’ensemble du pays et plus spécifiquement pour la ville.

Qu’est-ce que cela signifie plus précisément ?

S.S. : Alors, un datacenter – en tout cas ceux de Telehouse – sont des « Rungis du numérique », c’est-à-dire de grandes places de marché où les consommateurs et les producteurs se rencontrent. L’exemple type c’est par exemple Netflix, qui rencontre votre opérateur de box dans notre datacenter, de manière à ce que la vidéo que vous visionnez à votre domicile passe par le chemin le plus direct possible, le plus local possible, sans faire le tour de la planète. Voilà à quoi servent nos datacenters, à localiser les contenus au plus près des territoires, des consommateurs et des utilisateurs.

Des collectivités vont s’y intéresser également ? Cela peut-il permettre de limiter les cyberattaques, comme celle dont a été victime CHSF de Corbeil-Essonnes ?

S.S. : Oui, absolument, plus on se dirige vers des solutions d’hébergement professionnel en datacenter, plus on améliore sa capacité à maintenir un IT en bonnes conditions de sécurité cyber. Je ne dis pas que ce sujet ne touche pas les datacenters. Néanmoins, en général, les clients qui font des choix de professionnalisation de leur infrastructure se dotent de plus d’outils pour éviter toute attaque du type dont a été malheureusement victime cet hôpital.

Sur un plan plus général, Telehouse a un plan élargi en matière de souveraineté numérique ?

S.S. : Oui, au niveau européen. Notre vision, c’est que l’Europe doit se doter d’outils localisés sur le territoire européen, qui permettent de capter la donnée, de la traiter, et de la faire transiter sur le territoire européen, pour des questions tout à fait basiques d’emprise juridique sur les données. Plus on a de datacenters sur le territoire, moins on subit les juridictions extraterritoriales comme celle des États-Unis ou les tentatives d’espionnage ou d’intrusion comme celles de la Chine. Voilà ce pour quoi nous avons annoncé un investissement d’un peu plus d’un milliard d’euros sur cinq ans sur le territoire européen, dont une bonne partie va revenir en France (en Île-de-France et à Marseille plus spécifiquement) pour soutenir ce plan.

Vous faisiez référence au “cloud act“ américain ?

S.S. : Tout à fait, le cloud act est une vraie menace pour la souveraineté numérique européenne.

Quelles sont vos relations avec les autres acteurs de votre secteur ?

S.S. : Sur une même plaque géographique comme celle des Yvelines, les datacenters sont interconnectés entre eux, et plus il y a un développement sur l’un d’eux, mieux l’autre se porte. Il y aura en effet plus de clients à aller chercher, plus d’opérateurs télécoms pour faire baisser la facture. Le numérique est un écosystème et plus il y en a, mieux tout le monde se porte.

L’École Hexagone, qui vient de célébrer ses premiers diplômés, est justement centrée sur la souveraineté numérique et l’utilisation d’outils et de compétences français. Qu’en pensez-vous ?

S.S. : Je ne connaissais pas, c’est très intéressant. L’un des outils de domination des puissances étrangères sur le numérique, c’est le rouleau compresseur de la formation et de la certification. Donc je trouve cela absolument primordial qu’il y ait plus de compétences qui manipulent des technologies européennes (et pas seulement françaises). Il y a trop de personnes certifiées sur des solutions extra-européennes. Donc en effet, nous souhaitons promouvoir ce genre d’initiatives, en parfaite cohérence avec notre stratégie et notre vision pour le numérique en Europe.

Propos recueillis par Quentin Clauzon

Trois types de datacenter à distinguer

Selon les installations considérées, les objectifs sont différents. L’entreprise peut avoir besoin de stocker et de traiter des volumes massifs de données, on parlera alors “d’hyperscale datacenter”. S’il s’agit de faire monter en force la qualité du service à ses utilisateurs internes, il est question “d’edge datacenter”. Si, l’objectif est, enfin, d’optimiser les connexions à de multiples acteurs de son écosystème, il s’agit alors de “core datacenters”.

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