AccueilÉconomieCHRISTOPHE LORIEUX : « Le hub E-Tonomy est en pleine expansion »

CHRISTOPHE LORIEUX : « Le hub E-Tonomy est en pleine expansion »

En 2060, le nombre de personnes âgées de plus 85 ans dépassera 5 millions, contre 1,4 million aujourd'hui. Dans ce contexte, Pierre Bédier et Georges Siffredi, présidents des Conseils départementaux des Yvelines et des Hauts-de-Seine, ont considéré que les outils numériques devaient être mis au service de l'autonomie des personnes dépendantes. D'où la création par les deux collectivités de l'agence interdépartementale de l'autonomie, qui se décline notamment en un pôle dédié au numérique, le hub E-Tonomy. Christophe Lorieux, responsable de ce hub, revient sur ses objectifs et sur toutes les transformations nécessaires à la structuration d'une filière « très en retard » en matière de transition numérique.
CHRISTOPHE LORIEUX : « Le hub E-Tonomy est en pleine expansion »

Économie Publié le ,

Qu'est-ce que le Hub E-Tonomy ?

Christophe Lorieux : E-tonomy, c'est le hub innovation de l'autonomie. Il s'agit d'un service de l'agence interdépartementale de l'autonomie des Yvelines et des Hauts-de-Seine. Les deux départements ont mis en commun l'ensemble de leurs moyens pour, d'une part, structurer, organiser et déployer l'offre à destination de l'ensemble des personnes fragiles de ces deux territoires et, d'autre part, pour faire émerger l'offre à domicile de demain.

Les hubs innovation sont des dispositifs assez nouveaux ayant pour vocation de fédérer l'ensemble des acteurs d'une filière, en l'occurrence l'autonomie, afin de faire émerger des nouveaux modèles d'organisation, des nouveaux schémas de l'innovation en général.

Notre hub a pour mission prioritaire d'inventer des solutions dédiées à la réduction, à la perte d'autonomie, d'imaginer les habitats du futur, parce que nous sommes résolument axés sur le renforcement de la capacité de ceux qui le souhaitent de rester vivre en autonomie le plus longtemps possible chez eux. L'autonomie va avec le bien-être et la sécurité, ce qui implique de réinventer l'habitat, le logement et, par voie de conséquence, les territoires.

Notre troisième axe, c'est la conception de dispositifs pour renforcer l'attractivité des métiers du médico-social, des services à domicile… La filière de l'autonomie est insuffisamment attractive aujourd'hui au regard des enjeux et des besoins.

Nous voulons rentrer dans une logique d'investissement, trouver de nouveaux modèles d'organisation, qui permettraient de dégager plus de marge pour financer des investissements rendus nécessaire par le fait que nous rentrons dans une démarche d'innovation.

Le développement de ce secteur est devenu important face à l'augmentation du nombre de personnes âgées ?

C. L. : Oui, c'est le sujet depuis 10-15 ans. Le vieillissement de la population, l'arrivée des baby-boomers, la nécessité de s'adapter… Durant les 30 glorieuses, nous avons organisé l'ensemble de nos territoires et les services associés pour répondre à une demande, celle de permettre aux habitants d'aller travailler et de revenir chez eux le soir, et aux élèves d'aller à l'école le matin et de rentrer à la maison à la fin des cours. Avec quelque
25 % – bientôt 30 % – de la population à la retraite, il faut penser et organiser les choses différemment. Les personnes âgées ne souhaitent pas forcément se déplacer, consommer aux heures de pointe, qu'il s'agisse de services culturels, commerciaux, et pourquoi pas éducatifs. Cette population a un rythme différent.

Le fait que cette population augmente rapidement fait que les modèles actuels, basés sur de l'hébergement collectif coûteux, du curatif – plutôt que du préventif – également coûteux, fait que cela ne fonctionne plus et dans un contexte où la demande s'accroit. Tout cela nécessite de trouver des nouveaux modèles d'organisation. Il y donc des enjeux sociétaux et démocratiques majeurs, et E-Tonomy a pour vocation d'y répondre.

Si l'enjeu n‘est pas nouveau, que peut apporter le numérique à la filière ?

C. L. : Le médico-social est très en retard en termes d'intégration du numérique dans la vie professionnelle de ces opérateurs au quotidien, pour plusieurs raisons. Ce ne sont pas des métiers très valorisés, ils ne nécessitent pas de diplômes très importants. C'est ce qui fait que nous sommes très vite partis du principe que les nouvelles technologies n'étaient pas nécessaires pour échanger, s'intégrer dans des parcours de vie, des parcours de soin.

C'est une erreur fondamentale à deux égards. Le premier, c'est que les technologies sont aujourd'hui suffisamment simples et “design” pour que n'importe qui puisse les utiliser, nous ne sommes plus dans les années 1980… Le second, c'est qu'il est indispensable de pouvoir communiquer en temps réel et à distance. Les technologies ont donc toute leur place.

Il est grand temps de faire quelque chose. Il faut que tout le monde se coordonne pour changer nos pratiques, nos process et il faut une petite main invisible qui pilote tout cela. Qui, mieux que les départements, dont la mission est de gérer les solidarités, peuvent contribuer à la structuration de la filière ? Donc le numérique a vraiment toute sa place, et il est urgent de la lui donner.

Cela fait le lien avec les projets innovants que vous accompagnez ?

C. L. : Oui, le hub est en pleine expansion actuellement, nous menons beaucoup de projets, autour de la coordination, de la mobilité, du lien social, de la continuité des soins dans les établissements collectifs. Nous sommes amenés à effectuer en permanence de la veille, à essayer d'identifier quels sont les bons produits innovants, quels sont les produits qui pourraient nous permettre d'aller plus vite quant à la réalisation de nos objectifs.

Pour gagner encore plus de temps, nous avons décidé de monter un programme d'accompagnement, appelé “E-Tonomy Access”. Ce programme comprend une petite part d'incubation, avec des offres de bureaux et du conseil. Au-delà, nous avons sélectionné 12 start-up dans les domaines de la prévention de la perte d'autonomie, de l'aménagement du lieu de vie, du renforcement du lien social, de la robotique, de l'attractivité des métiers.

Ces start-up vont bénéficier d'un panel de 13 services différents allant du conseil juridique marketing, du coaching, sur le business développement, en passant par l'accès à des terrain d'expérimentation, avec d'important programmes d'immersion pour comprendre le secteur de l'autonomie, une filière très complexe. Tout cela est dédié à l'accélération et à la sécurisation du parcours entrepreneurial des start-up que nous accompagnons. C'est un réel besoin de ces structures, pour garantir leur succès et diffuser les innovations sur le territoire.

C'est un mouvement de tous les acteurs de la filière, des acteurs de la santé, des personnes vulnérables ?

C. L. : Oui, tout le monde doit tirer la filière dans la même direction. Mais il fallait fixer un point de départ, nous avons choisi de démarrer avec ceux qui avaient le plus d'énergie pour faire changer les choses, les patrons de start-up. Mais bien sûr, nous ne nous arrêtons pas là. L'idée, c'est de les inclure réellement dans l'écosystème et de leur donner les moyens de transformer la filière.

Pour qu'ils y parviennent, il ne faut surtout pas les laisser seuls. Nous allons mettre en place un système de parrainage avec les élus. Chacun va avoir un coach pour l'accès au marché, mais aussi du conseil juridique. Nous organiserons aussi des immersions en Ehpad et dans les services d'aide à domicile du territoire.

Ces dirigeants ne seront jamais isolés, bien au contraire. Ils bénéficieront d'une surabondance de contacts et d'intermédiaires, et également du conseil pour en extraire la substantifique moelle. C'est ce qui leur permettra d'asseoir un beau modèle économique, d'optimiser leur produit, de le tester, de l'évaluer, de l'adapter, pour, à terme l'intégrer dans le bouquet de services de l'agence interdépartementale.

En effet, le problème d'une innovation, c'est celui de l'accès au marché. La question, c'est celle de l'intégration de la solution proposée par une start-up dans le modèle économique de ses consommateurs. Il s'agit donc de se demander comment faire en sorte que les usagers finaux intègrent ces innovations dans leur manière de consommer des services, d'organiser leur vie quotidienne et de structurer les dépenses de leur portefeuille mensuellement. Si l'on n'a pas résolu ces trois questions, les innovations restent au placard. Donc c'est essentiel.

En résumé, le hub E-Tonomy a pour vocation de préparer l'offre de demain et de l'intégrer dans un bouquet de services structurés destinés de l'ensemble des habitants des deux départements. Il y a donc une mission d'intérêt général sous-jacente à l'organisation du hub E-Tonomy.

C'est une démarche partenariat locale…

C. L. : Oui, ces questions d'intérêt général sont portées par les élus. Les chefs de file, ce sont les deux présidents des Yvelines et des Hauts-de-Seine, qui, via leur directeur général des services, fixent la stratégie, les enjeux, etc. L'agence interdépartementale est structurée pour y répondre.

Dans ce contexte, l'un de nos enjeux, c'est de boucler la boucle, c'est-à-dire que si les élus nous le demandent, ils peuvent nous aider.

Nous allons lancer un système de parrainage de nos start-up avec les élus de l'ensemble du territoire les plus à même de faciliter le développement de ces start-up et d'en assurer la notoriété (et d'organiser par exemple des rencontres, notamment avec les investisseurs).

Au-delà des start-up, nous sommes en train de nouer des partenariats avec des écoles. Des étudiants seront formés aux métiers de l'innovation, mais également du médico-social, pour apporter leur pierre à l'innovation. Nous allons créer des ateliers, des laboratoires de fabrication, pour que leurs idées puissent également devenir des produits testés et expérimentés.

Et puisque tout le monde peut avoir de bonnes idées, nous allons lancer un bus de l'innovation, qui va parcourir l'ensemble du territoire pour aller au plus près de ceux qui ont des idées, les aider à développer leur produit et à le déployer. Nous souhaitons procéder ainsi parce que nous sommes convaincus que cela permettra de transformer cette filière et de répondre à l'intérêt général.

Quelles innovations vous auraient particulièrement marqué ?

C. L. : Il y a une grande variété d'innovations qui me passionnent. Ce qui m'intéresse plus spécialement, ce sont les innovations utiles à tous. Je pense à une société de notre programme d'incubation, un beau projet axé sur le devoir de mémoire. Alors que la population vieillit, le nombre de personnes âgées allant diminuer dans les 10 ans à venir est plus important. Ce sont autant de souvenirs qui risquent de disparaître avec eux. Nous avons le devoir de conserver cette mémoire collective, de la partager. C'est ce à quoi répond cette start-up, à l'aide de l'intelligence artificielle qui, sur la base d'un objet, ou d'un lieu, peut poser les bonnes questions aux bonnes personnes et leur demander de raconter les souvenirs qui y sont attachés.

Cela peut être très personnel, comme la casquette ou le képi du caporal, que l'on a gardé sur un rebord de cheminée, ou encore un vieux mur, vestige d'un château. Cet outil est conçu pour récupérer, stocker, anonymiser, archiver ces souvenirs au service de la vie privée. J'aimerai, au-delà, le mettre au service de la vie publique. C'est là que le hub innovation joue son rôle, en trouvant des nouveaux marchés, etc. Nous avons de très beaux projets à mener pour essayer de travailler sur cette mémoire collective et de la rendre utile. Donc une innovation technologique, certes, mais toujours avec de l'humain, par lequel le media va pouvoir se diffuser.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?