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Cédric Villani : « La crise écologique va être un sujet primordial pendant des siècles »

Le député déçu de son passage à La République en Marche se représente aux élections législatives dans la cinquième circonscription de l’Essonne sous la bannière de l’union de la gauche et des écologistes, la Nupes.
Cédric Villani : « La crise écologique va être un sujet primordial pendant des siècles »
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Société Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Quels changements observez-vous par rapport à 2017 et au début de votre mandat de député ?

Cédric Villani : Mon début de mandat ça a été à la fois la découverte de la vie politique nationale avec ses règles, ses pressions, ses complications, ses grandeurs et ses misères. Ça a aussi été un certain nombre de dossiers politiques et scientifiques, comme le rapport sur l'intelligence artificielle. Vers le milieu de mon mandat, ça a été la réalisation que La République en marche n’était pas le parti que j’espérais pour effectuer la transition écologique et solidaire, au niveau français et européen.

Il y a eu un vrai redémarrage en 2020, lorsque j’ai fondé avec une quinzaine d’autres déçus, Écologie Démocratie et Solidarité. Un groupe parlementaire qui affiche ses valeurs dans son nom et qui a été le lancement d’une nouvelle ligne dans mon action politique. Ça a été le moment où j’ai pu soutenir une proposition de loi pour la condition animale. Nous avons milité de façon très forte sur les questions de climat et de biodiversité, sur les questions de lutte contre les pesticides. Ce mandat a été marqué par un certain nombre de victoires et de défaites. Plus de défaites que de victoires mais c’est normal, j’ai été habitué à cela durant ma carrière scientifique. Les quelques succès sont d’autant plus précieux. Je citerai la reconnaissance de l’assassinat de Maurice Audin en 2018, le rapport sur l’intelligence artificielle ainsi que le débat sur la condition animale, même si je n’ai pas réussi à faire voter la loi. Je mentionnerai aussi, plus récemment, des dossiers humains comme la revalorisation des métiers du lien ou le combat pour la libération de Julian Assange, combat pour lequel nous avons réussi à faire avancer le débat. Je mentionnerai bien sûr aussi l'Office parlementaire scientifique. Élu président en 2017 pour la majorité présidentielle, j’ai été réélu en 2020 sans bannière, par députés et sénateurs de tout bord, qui m'ont fait confiance pour mener cette délégation parlementaire avec rigueur et impartialité.

A.-P. : Qu’est-ce qui caractérise votre identité politique ?

C. V. : Si je cherchais une caractérisation, ce qui revient c’est le fait d’avoir eu un parcours scientifique avant d’être passé à la politique. C’est la première brique de mon identité et c’est à cela que mes collègues parlementaires pensent en premier. La seconde brique est celle du député avec ses combats de prédilection, au service du vivant. C’est aussi bien l’action sur les animaux, qui m’a valu la note de 19/20 pour mon action de député par l’association L214, que la lutte pour la révision des règles d’autorisation de mise sur le marché des pesticides. C’est également l’action pour le climat, pour la biodiversité... Tous ces sujets écologiques, démocratiques et sociaux, j’ai pu les renforcer et les approfondir au fur et à mesure de mon mandat. C’est en m’appuyant sur ces combats que j’ai pu piloter le volet condition animale du programme de Yannick Jadot durant la dernière campagne présidentielle.

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A.-P. : Selon vous, la grande urgence aujourd’hui, c’est l’écologie ?

C. V. : C’est bien sûr une grande urgence, qui nous implique et qui va impliquer toutes les futures générations. On peut avoir des débats sur tel ou tel sujet lié à la répartition liée à la fiscalité ou à l’espace numérique. Sur ces sujets, la plupart du temps, les effets vont se faire sentir pendant des années. Mais en ce qui concerne la protection de la planète et le réchauffement climatique, cela continuera pendant des siècles. Nos arrière-petits-enfants continueront à parler de réchauffement climatique et d’effondrement de la biodiversité. C’est un sujet de très long terme et de très grande urgence, qui demande qu’on le prenne en main le plus tôt possible. Moi-même, rétrospectivement, je regrette de ne pas avoir été plus offensif et engagé durant ma carrière scientifique.
Il y a déjà 35 ans, des scientifiques comme Jean Jouzel alertaient sur les risques graves que faisait peser l'augmentation des gaz à effet de serre dans notre atmosphère. Depuis les choses n’ont fait que s’aggraver en matière d’émissions de gaz à effets de serre. Un consensus autour de l’urgence climatique a commencé à partir des années 1980. Cela est apparu avec l’émergence du GIEC, depuis les années 1990, toutes les conclusions sont venues confirmer cette urgence. Depuis, le monde est beaucoup plus politisé sur la question climatique. Il s’est organisé par rapport à l’écologie, avec des soutiens très engagés, mais aussi de considérables forces engagées pour freiner toute action : que l’on pense au très réaliste film Goliath.

A.-P. : Vous êtes aujourd’hui membre du parti Génération Écologie, quelles sont vos différences avec Europe Ecologie Les Verts ?

C. V. : Génération Ecologie est l’héritier du parti créé par Brice Lalonde, qui revendiquait une écologie ni gauche ni droite, incluant toute la société ; ou bien encore des gens comme Yves Pietrasanta, ingénieur et universitaire de formation, qui vient de nous quitter. C’est une ligne très énergique sur les questions écologiques, très attachée à utiliser la science dans ses prises de position. La nouvelle présidente Delphine Batho y a fait un travail extraordinaire de structuration et d’approfondissement des thèmes cruciaux de l’écologie. Entre partis écologistes il y a des nuances sur certains sujets de société, mais à l’heure actuelle Génération Écologie et EELV sont solidement unis au sein du Pôle écologiste. Et aujourd’hui, l’alliance historique de toute la gauche et des écologistes traduit aussi la convergence de la cause sociale et de la cause environnementale. On connaît maintenant l’empreinte écologique démesurée des plus riches, et le coût écologique des injustices sociales. On pouvait penser il y a quelques années que les milliardaires tels que Bill Gates ou Elon Musk allait sauver la planète grâce à l’innovation, on voit aujourd’hui que ce ne sera pas le cas, et qu’il font résolument partie du problème plus que de la solution.

A.-P. : Quelle est la sociologie de votre circonscription ?

C. V. : Ma circonscription est une circonscription variée avec les quartiers populaires des Ulis, la vallée de Chevreuse, le plateau de Saclay, qui est partagé entre le pôle de recherche et d’innovation et les terres agricoles célèbres pour leur fertilité et où les enjeux sont importants. Il y a également la vallée de la Bièvre dans laquelle nous sommes très attentifs aux questions de cadre de vie et de paysages. La culture et l’éducation sont des valeurs clés à travers toute cette circonscription, qui est passionnante par sa diversité aussi bien géographique que sociologique. La sociologie est variée, il y a des enjeux de cohésion sociale, de développement des sciences et de la recherche. Nous avons également des enjeux de préservations des paysages forestiers et agricoles et un vrai conflit entre le monde paysan et le développement de Paris-Saclay : le plateau de Saclay ne trouvera son identité que par la résolution de ce conflit, pour en faire une synergie entre deux mondes appelés à construire le futur. On a aussi un enjeu de mobilité qui est transversal par rapport à tout ça, qui est essentiel pour la cohésion du territoire ainsi que pour son attractivité. Il m’a fallu du temps pour résoudre cette équation à titre personnel. Je me déplace désormais à vélo à assistance électrique, il m’a fallu du temps pour comprendre que c’est le véhicule de l’avenir... Je fais également toute ma campagne grâce à ce moyen de transport : une « bécane » robuste qui me permet aussi bien de traverser plateaux et vallées plusieurs fois dans la journée, que de prendre les petits chemins de terre ombragés. Enfin au point de vue politique, nous avons les Ulis qui ont plébiscité Jean-Luc Mélenchon à plus de 40 % lors du premier tour de la présidentielle et le reste qui a placé le président Emmanuel Macron en tête, au-dessus des 30 %.

A.-P. : Que ferez-vous pour votre circonscription si vous êtes élu ?

C. V. : Le mandat de député est un mandat national dans lequel je me retrouve avec ce programme commun de la Nupes, issu d’un extraordinaire travail collectif associant les partis de gauche et écologistes, sur la base de programmes eux-mêmes élaborés en associant des milliers de citoyennes et citoyens, acteurs associatifs, syndicaux, environnementaux, experts et scientifiques. Je continuerai aussi à défendre d’autres engagements qui me sont chers comme le fédéralisme européen, mes actions pour la science et la recherche en Europe. Dans ce programme, il y a aussi bien des questions écologiques comme la lutte contre l’urbanisation excessive, la lutte contre l’excès de pesticides, la transition agroécologique. Il y a également des enjeux démocratiques avec la volonté de sortir de la Cinquième République pour réduire la concentration des pouvoirs. Sur les enjeux sociaux, le programme s’intéresse à la rénovation des systèmes de santé avec notamment la sortie de la tarification à l’acte et la mise en place de systèmes dans lesquels les hôpitaux ont les moyens de leurs actions en fonction du bassin de population. Je ne peux énumérer toutes les propositions, il y en a des centaines...
Je vais également continuer les grands thèmes que j’ai entamés durant mon premier mandat. Je pense au renforcement de l’attractivité du pôle scientifique et d’innovation qui passera notamment par la revalorisation des carrières pour les personnels universitaires. Il y a également la préservation des terres agricoles pour lesquelles je suis un des rares à demander que le Grand Paris Express ne traverse pas les précieuses terres agricoles entre le CEA Saclay et Saint-Quentin-en-Yvelines. Je me battrai également pour le renforcement des coopérations entre les exploitants agricoles et le complexe universitaire de Paris-Saclay. Je me répète car c’est capital : cela seul permettra que le complexe de Paris-Saclay trouve sa véritable identité, pas celle d’une Silicon Valley à la française, qui me paraît absurde mais plutôt d’un plateau agroécologique dans lequel le développement scientifique participe pleinement à la mise au point des meilleures pratiques en agriculture et en préservation du monde biologique. Aux enjeux du plateau de Saclay, il faut rajouter les enjeux de transmission, d’éducation et de culture qui sont primordiaux pour la cohésion sociale dans les quartiers populaires et pour la cohésion entre générations. De façon très pratique, j’inaugure ces jours-ci un ciné-club qui permettra de susciter du débat auprès des citoyens sur les thèmes d’écologie.

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