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Bertrand Marquet : « nous accélérons les projets, du prototype à l'industrialisation »

Situé à Saulx-les-Chartreux, en Essonne, le Paris Saclay Hardware Accelerator (PSHA) réunit en un même lieu l'innovation et la fabrication. Son objectif ? Accélérer des projets hardware/deeptech/industriels, dont certains sont accueillis en résidence. Bertrand Marquet, notamment cofondateur du site avec Alain Moinat, son président, présente cet espace de 2000 m2 et explique en quoi la colocalisation des machines haut de gamme et des compétences est un atout pour tous les porteurs de projets industriels ; de la start-up, à la PME/PMI, en passant par le grand groupe.
Bertrand Marquet : « nous accélérons les projets, du prototype à l'industrialisation »

Économie Publié le ,

Pourriez-vous revenir sur la création Paris Saclay Hardware Accelerator ?

Bertrand Marquet : C'est le fruit de la rencontre et de la persévérance de passionnés de technologie et d'innovation et d'entrepreneurs. D'une part le projet les Garages XYZ qui avait l'ambition de créer un modèle innovant de guichet unique de services d'accélération, avec en son cœur une usine, et, d'autre part le projet ePRINT3D, une plateforme en ligne de production 3D associée à un bureau d'étude, avec aussi l'idée de proposer une offre avancée d'industrialisation qui est unique en son genre.

Au total, ce sont quatre ans de discussions et de rencontres avec les écosystèmes d'innovation, des grands groupes, des start-up, des incubateurs et des accélérateurs, pour bien positionner le modèle. C'est aussi un parcours de 20 mois semé d'embûches : notre modèle étant innovant, obtenir des financements reste complexe. Il a fallu convaincre les banques, sachant que l'investissement initial était important. Suite à ce parcours nous avons ouvert en mars 2020, avec une nouvelle difficulté et non des moindres, la crise sanitaire. Le problème étant de ne pas pouvoir faire d'événement, de communiquer sur place pour nous faire connaître.

Pourquoi avoir choisi ce territoire d'implantation ?

B.M. : Nous n'avons pas choisi Paris-Saclay par hasard, c'est un territoire d'innovation et un écosystème puissant qui mixe universités/grandes écoles, start-up, un tissu industriel de PME, et des grands groupes sur le plateau (Nokia, Danone, EDF, Total Energies, Servier plus récemment…). L'idée était donc de profiter de cet élan que l'on peut observer depuis trois-quatre ans sur Paris-Saclay. Nous nous tenons vraiment en bout de chaîne sur la partie industrialisation, derrière les incubateurs, les accélérateurs des écoles, avec en amont les laboratoires. Nous ne sommes pas en compétition avec tous ces dispositifs, mais vraiment en complément. Nous sommes ouverts à l'innovation et à l'expérimentation


Alain Moinat, président et cofondateur du PSHA, et Germain, chargé de piloter le parc de machines, devant une fraiseuse numérique cinq axes haut de gamme.

Vous rappelez souvent, avec Alain Moinat, que le PSHA n'est ni un fablab ni un incubateur…

B.M. : Le passage d'un prototype fonctionnel à une première série est une étape cruciale, qui doit être la plus courte et la plus simple possible. Les difficultés sont nombreuses et certaines start-up se rendent en Chine pour produire rapidement. D'où la création du PSHA, qui est un accélérateur dont le but est d'aider les porteurs de projets qui ont déjà lancé un premier prototype à accélérer l'industrialisation de leur produit.

Sur ce point notre offre est unique : nous réunissons à la fois les composantes et les compétences nécessaires à cette accélération en un même lieu. C'est ce qui permet de réduire au maximum tous les cycles d'innovation. Notre bureau d'études, d'abord, va travailler sur le design du produit pour le rendre industrialisable (un produit peut avoir été prototypé, sans pour autant être réalisable en grande quantité). Ce bureau d'études est couplé avec des espaces privés, pour l'assemblage, la réalisation de tests, etc. Et surtout, le cœur de PSHA, notre valeur ajoutée, c'est une usine, un parc de machines très haut de gamme, qui agrège fabrication additive et soustractive, usinage et 5G. Nous sommes capables de faire un prototype très avancé en une fois. C'est pour cela que nous nous différencions d'un fablab : c'est PSHA qui pilote et qui fabrique les pièces pour les projets hébergés sur place ou que l'on accélère. Alors que dans l'expression fablab, il y a l'idée de production par soi-même.

Quoi qu'il en soit, ce sont ces mêmes machines que les porteurs de projets retrouveront s'ils souhaitent créer leur propre usine, ou faire industrialiser avec de plus grands volumes. Le but ultime n'est pas l'industrialisation (même si nous pouvons le faire sur des préséries et des petites séries), c'est de finir avec un dossier d'industrialisation qui permettra aux porteurs de projets d'aller à la rencontre nos partenaires pour faire une grande série. Nous n'allons pas faire une grande série pour un client, mais une plus grande quantité de petites séries pour plus de clients, afin d'accélérer plus de projets.

C'est, finalement, ce que vous appelez la « colocalisation des machines et des compétences » ?

B.M. : Oui tout à fait, notre devanture indique que le PSHA « réunit l'innovation et la fabrication en un même lieu ».


Une imprimante 3D alimentée par un fil en céramique.

Concrètement, l'avantage est de pouvoir réaliser des corrections très rapidement ?

B.M. : Oui, nous avons eu un cas concret avec la société Opus Aerospace, qui construit un micro-lanceur de nanosatellites. Son équipe a fait des tests moteurs et s'est rendue compte tout de suite d'une erreur. Nous avons pu réaliser une correction sur la pièce usinée quasi-immédiatement, afin de refaire un deuxième test très rapidement. S'il avait fallu retourner voir le fabricant, le bureau d'études, etc., cela aurait duré plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Alors qu'au PSHA la correction s'est faite en quelques heures. La notion de colocalisation des compétences prend tout son sens en l'espèce, c'est la possibilité que les compétences et les machines suivent immédiatement derrière.

Vous souhaitez également mailler le territoire avec des sous-traitants, pour avoir votre propre « smart industrie » ?

B.M. : En effet. Nous internalisons au maximum les machines et les compétences, mais nous ne pouvons pas répondre aux besoins de tous les projets. Donc l'idée, c'est de mailler le territoire, le plus localement possible, pour avoir une sorte de plateforme, une chaîne d'industriels, qui va pouvoir prendre en charge les aspects qui nous manquent ou les séries en industrialisation.

A qui s'adressent précisément vos services ?

B.M. : Notre offre de services est ouverte à toutes les personnes qui ont un projet innovant, que cela soit une startup, une PME, une PMI ou même un grand groupe (certains externalisent une partie de leur innovation et l'industrialisation de celle-ci). Nous n'avons pas de client-type, mais des projets hébergés. Une grande partie des projets que nous accélérons aujourd'hui sont des start-up. Elles ont davantage besoin d'aide sur la partie industrialisation. Un grand groupe est certes plus à même d'internaliser son innovation, mais nous ne sommes fermés à personne. Nous examinons le projet, pour savoir si nous sommes capables de l'accélérer et ensuite nous faisons un devis, un calendrier et nous travaillons avec l'équipe projet sur le respect de ce devis et de ce calendrier.

Vous disposez d'un autre atout majeur, la 5G, pour aller vers ce que vous appelez « l'industrie 4.1 » ?

B.M. : Oui, l'industrie 4.1 est un terme que nous utilisons pour exprimer le fait que nous allons au-delà de l'industrie 4.0, qui est déjà bien déployée aujourd'hui. A l'origine, c'est Nokia qui a décidé de participer à un projet de réseau stand alone 5G, c'est-à-dire un réseau privé de pure 5G, limité en portée (nous avons fait une demande Arcep pour une licence locale, afin de ne pas interférer avec les opérateurs de téléphonie mobile classiques). L'idée, c'est d'expérimenter de nouveaux cas d'usage que seule la 5G peut porter (intelligence artificielle, blockchain, réalité augmentée, réalité virtuelle…), avec des start-up ou d'autres entreprises.

Bertrand Marquet présentant le réseau stand alone 5G.

Pour vous, cela signifie plus de productivité ?

B.M. : La 5G va apporter à la fois une efficacité et une fiabilité réseau accrue, avec l'architecture Edge Cloud. Cette nouvelle architecture de cloud permet d'apporter les fonctions logicielles au plus près du réseau. Le cloud n'est pas centralisé, mais réparti au plus près du réseau pour diminuer la latence et déployer des fonctions de machine learning, et permettre par exemple de faire de la maintenance prédictive au plus près des machines. L'idée, c'est de prétraiter les données au plus près de leur émission.

Vous allez aussi développer l'événementiel ?

B.M. : Oui, dans un écosystème d'innovation, il est important de communiquer, de présenter ses produits. Au sein de PSHA, nous avons un espace (qui héberge le TedX Saclay) pour faire des pitchs, des rencontres innovations, des expositions… C'est un espace complètement modulaire où l'on peut imaginer un événement où on présente les produits que l'on accélère. Pour nous aussi d'être une vitrine de notre savoir-faire, c'est ce qui avait été limitant avec la crise sanitaire.

Que voudriez-vous dire aux porteurs de projet qui souhaiteraient vous rejoindre ?

B.M. : Je voudrais leur dire de venir nous voir pour comprendre l'outil (en nous écrivant à contact@psha.fr). Tous nos visiteurs sont impressionnés en général, ils ne s'attendent pas à un tel outil industriel au service de l'innovation. Tous les talents et tous les projets en cours sont les bienvenus.

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