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« Saint-Germain-en-Laye, une ville où les solidarités peuvent s'exprimer »

Arnaud Péricard est maire de Saint-Germain-en-Laye depuis 2017 et avocat. A l'aune de la Covid, il détaille l'essentiel de cette “touch” saint-germanoise, notamment autour de sujets liés à la modernité et à la solidarité. Par ailleurs, cette “ville des rois de France” est très loin d'avoir oublié qu'elle reste l'un des poumons verts de la région parisienne.
« Saint-Germain-en-Laye, une ville où les solidarités peuvent s'exprimer »

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Vous êtes maire d'une ville de quelque 50 000 habitants, qui est assez dynamique. On dit de votre mairie qu'elle est “2.0”. Pouvez-vous nous dire quels en sont les effets ? Comment expliquer cette modernité ?

Arnaud Péricard : Saint-Germain-en-Laye est une ville patrimoniale, chargée d'Histoire, la ville des rois de France. Ici, l'Histoire est partout autour de nous. On pourrait penser qu'il y a un paradoxe entre cette identité française très marquée et la présence d'une population très internationale, avec beaucoup de Français qui ont vécu à l'étranger et qui reviennent ici, pour la qualité de l'enseignement international, ainsi que des internationaux qui eux-mêmes choisissent cette ville en raison de la qualité de vie et de cette éducation internationale. Cette population, qui a beaucoup voyagé, a une approche de la modernité peut-être un peu différente de l'approche franco-française. Cette exigence nous engage à faire preuve de plus d'audace sur un certain nombre de sujets.

Il y a donc cette “touch” saint-germanoise, autour des sujets liés à la modernité. Mon père avait déjà porté ces thématiques lorsqu'il était maire de cette ville. C'était un homme de communication et d'information qui a poussé Saint-Germain sur le chemin des nouvelles technologies, avec le câblage de la ville, avec une salle multimédia qui était l'une des premières en région parisienne. Nous avons repris tout cela à notre compte.

Nous menons une politique autour de cette modernité. Cela ne se traduit pas par des gains de productivité. C'est avant tout être plus efficaces et qualitatifs dans l'offre des services publics locaux pour les administrés. La technologie nous permet d'y arriver.

Avec une accessibilité 24h sur 24 pour la plupart des services ?

A. P. : C'est maintenant le cas pour la plupart des services publics. Mais ce qui a le plus changé depuis ces dernières années – nombreux sont les maires que vous pourriez interroger, qui vous le diraient - c'est que le maire lui-même, disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Avec les réseaux sociaux et le téléphone portable, je reçois des messages en permanence. Cela ne veut pas dire que je réponds en plein milieu de la nuit, mais on sent qu'il y a cette demande très forte de proximité et de disponibilité.

Je pense que le maire, c'est avant tout l'élu du quotidien, l'élu du terrain. Les habitants ont besoin d'avoir accès à leurs élus. Et la technologie permet à présent de le faire. Il ne faut pas que cela ne soit qu'une démocratie virtuelle. Cette démocratie digitale permet, au contraire, de répondre en temps réel à un certain nombre d'angoisses. Nous gérons plus rapidement les problématiques. Et ça, c'est très important. Il y a aussi des situations qui nécessitent qu'on prenne un peu plus de recul.

Je fais le parallèle avec le métier d'avocat. Au début de ma carrière, on prenait du temps avant de répondre aux clients, parce qu'il faut infuser et digérer la science juridique. Ce que l'on dit engage, y compris en termes de responsabilité et de prise de position. Il faut donc savoir prendre le temps et ne plus être dans l'immédiateté. Le métier de maire, c'est la même chose. C'est savoir gérer cet arbitrage entre la réponse immédiate et le temps nécessaire à la prise de décision. Je suis en permanence aux prises avec cet arbitrage. Il faut aussi savoir un peu poser le crayon, se donner le temps de prendre les bonnes décisions.

Vous avez également une approche importante de l'écologie dans votre ville. Quelles sont les grandes actions que vous menez autour de cette problématique ?

A. P. : La particularité de notre ville, c'est qu'elle est composée à plus de 80 % de forêts. Avec 3 700 hectares, c'est d'ailleurs l'un des poumons de l'Ouest parisien. Nous devons donc la préserver, la protéger. Voilà notre première mission. Cette forêt a eu du mal à se remettre de la tempête de 1999. Nous avons dû la cicatriser, la réparer. Nous nous sommes efforcés de le faire. Depuis un an et demi, elle est classée en forêt de protection. C'est déjà une sécurité juridique. On ne pourra pas y entreprendre de grands aménagements. Nous avons notamment reboisé 17 hectares au cœur du massif. Nous la protégeons, en partenariat avec l'Office national des forêts.

Nous avons organisé les États généraux de la forêt. Nous l'avons subventionnée, notamment pour aider l'ONF. Cette nature qui pénètre le centre-ville vient irriguer l'urbain, à travers d'autres défis, notamment lutter contre les dépôts sauvages, l'artificialisation des sols, la végétalisation optimale de l'espace public... Aujourd'hui, je conduis trois actions. Je vais détruire des bâtiments désaffectés ou désuets pour revégétaliser les espaces. Ça, c'est nouveau. Bien entendu, nous avons aussi des projets de construction. Une ville doit aussi, en permanence, adapter son offre de logements et de bureaux.

Notre politique en matière de développement durable a même évolué. On ne parle pas exclusivement de végétal. Nous prenons également en compte la qualité de l'air. Nous venons de lancer une grande étude sur notre territoire, liée au chauffage. Nous nous rendons compte justement que les rejets en matière de chauffage constituent l'une des sources majeures de pollution urbaine. Nous proposons un chauffage urbain associé à la géothermique et à la biomasse thermique. Nous maîtrisons nos flux d'eau. Près de 40 % de notre eau est produite par la Ville.

Ce qui est passionnant avec le développement durable, c'est qu'il impacte tous les pans d'une politique municipale. Ce challenge permanent entre même dans les cantines, avec des vrais enjeux. Mieux vaut, sans doute, des tomates qui ne sont pas forcément bio, mais qui viennent de la plaine de Montesson, à quelques kilomètres d'ici, que des tomates bio qui arrivent d'Espagne. Tout cela fait partie des éléments sur lesquelles on s'interroge maintenant. Notre population internationale – beaucoup d'Européens du Nord, des Belges, des Hollandais, des Danois, des Allemands, des Suédois, des Anglais, mais aussi des Espagnols, des Portugais, des Américains, des Russes, des Roumians, des Polonais, etc. – est très exigeante en matière de développement durable, en matière de mobilités douces, aussi.

Je vous donne un exemple concret. Nous avons vu arriver ce qu'on appelle les “vélos cargos”, vous savez, ces engins qui disposent d'un support sur lequel vient s'attacher une carriole qui accueille les enfants. Ce sont des choses qu'on n'avait pas l'habitude de voir il y a quelques années. Nous adaptons à présent notre espace public, nos trottoirs, nos voies de circulation. Nous faisons davantage de pistes cyclables, parce que, justement, notre population internationale fait plus de vélo que les autres. Dans son sillage, elle entraîne d'autres populations, ce qui est très bien pour la qualité de vie dans notre commune.

C'est aussi une ville où le sport est omniprésent. C'est d'ailleurs l'une de vos spécialités professionnelles en tant qu'avocat. Il y a naturellement le club du Paris Saint-Germain, mais d'autres sports aussi...

A. P. : A travers sa topographie, je parlais précédemment de la forêt, Saint-Germain est une ville qui est très en phase avec l'exercice physique et la pratique sportive. Elle a été un territoire de chasse pendant très longtemps ; la chasse était le sport des rois. Les rois de France ont choisi Saint-Germain parce qu'elle était adossée à cette forêt giboyeuse. Nous avons conservé cette tradition de pratique sportive. Qui n'a pas fait un footing sur la terrasse de Saint-Germain ? Même Bruno Le Maire y faisait son footing ici quand il était étudiant. Ce territoire constitue un marqueur géographique. Nous avons également des équipements importants. Le PSG, c'est 50 ans d'Histoire et un enracinement très fort. Dans deux ans, le club va déménager une partie de ses infrastructures professionnelles pour s'installer à Poissy. La Ville conservera néanmoins les féminines professionnelles et une grande partie de l'association. Saint-Germain, c'est aussi bientôt 100 ans de hockey sur gazon, avec un club qui a été champion de France. C'est un sport peut être un peu plus confidentiel qu'en Belgique, aux Pays-Bas, en Argentine ou en Australie. C'est néanmoins une discipline importante.

Nous avons également une piscine olympique, avec des champions d'Europe, et beaucoup de terrains de sport. Nos associations ont formé beaucoup de jeunes sportifs professionnels, notamment des footballeurs. Ce matin, j'ai encore croisé Safet Susic et Marco Verratti. Tous les anciens de l'équipe de Paris-Saint-Germain sont très attachés à notre ville. Ils font partie de notre environnement et nous avons à cœur de le préserver. Nous nous inscrivons également dans la dynamique olympique de Paris 2024. Nous souhaitons d'ailleurs être centre de préparation et, pourquoi pas accueillir certaines délégations, ce qui nécessiterait peut-être de refaire quelques équipements. Nous pensons être un territoire de préparation idéal, en bordure de forêt, avec l'oxygénation, la détente. Ici, les gens ont l'habitude d'avoir des sportifs de haut niveau. Ils savent les respecter.

Le sport fait également partie de mon exercice professionnel. C'est aussi une affaire de famille, puisque mon grand-père, Henri Cochet, a été l'un des fameux mousquetaires du tennis. Il a gagné six fois Roland-Garros, trois fois Wimbledon, six fois la coupe Davis. Il a été médaillé d'argent aux Jeux olympiques. Donc, tout cela renvoie à beaucoup de souvenirs pour moi. J'ai grandi et j'ai été élevé dans cet environnement sportif.

Parmi les autres sports représentés à Saint-Germain, il y a, bien sûr, le volley, mais aussi le rugby. J'y ai joué pendant 20 ans, en deuxième et en troisième divisions. Nous avons vraiment de très bons clubs. Il y a même un club de handball qui vient de se créer et que nous essayons de développer.

Vous organisez tous les ans le marché européen à Saint-Germain-en-Laye…

A. P. : C'est une particularité de Saint-Germain. Je crois que c'est la seule fête de ce format-là, en tout cas dans les Yvelines. Évidemment, la gastronomie européenne est largement mise à l'honneur avec les ateliers européens pour les enfants. Il y a toujours beaucoup de monde. C'est l'un de nos temps forts de l'année. Bien entendu, il y a d'autres évènements, avec les fêtes de Noël, la Fête de la musique qui est très importante ici, et le bal du 13 juillet au soir, sans oublier les Journées du patrimoine. Ce sont des événements qui concernent des dizaines de milliers de personnes.

Cette année, avec le contexte sanitaire, nous allons adapter l'organisation du marché européen, mais elle nous permettra une nouvelle fois de revendiquer notre attachement à ces valeurs. Saint-Germain est un territoire profondément européen. Je suis moi-même profondément européen. J'ai beaucoup travaillé avec Michel Barnier. J'ai été son collaborateur il y a plus de 15 ans et je suis resté très proche de lui. Il m'a aidé à aimer l'Europe, tout en ayant un regard lucide sur ses imperfections. Quand on aime l'Europe, on doit faire en sorte que ces imperfections s'amenuisent, pour en faire un outil au service des Européens. C'est un peu le message de Michel Barnier que je partage. Il faut être lucide sur l'Europe. Il est difficile de travailler avec 26 États membres. Pour autant, ça marche, l'union fait notre force et nous protège. On veut toujours plus et toujours mieux.

Les récentes polémiques que j'entends autour des vaccins le montrent bien. L'Europe est une chance pour la France et il faut aller vers davantage d'intégration européenne. C'est mon message. Je ne sais pas si tout le monde le partage, mais j'y suis très fortement attaché.

A ce propos, comment la Ville s'est-elle adaptée à la crise sanitaire ? Vous intervenez beaucoup pour l'organisation des vaccinations ?

A. P. : Cette crise a été un test grandeur nature de notre capacité d'adaptabilité au jour le jour. Cela ne peut fonctionner que si vous avez, d'une part, des services municipaux, des fonctionnaires et des agents efficaces, capables de changer de paradigme de travail, de s'adapter, avec des élus qui sont, eux aussi dans cet état d'esprit. Depuis un an maintenant, c'est une épreuve au quotidien qui consiste à annuler et à reprogrammer des manifestations. Certains événements culturels ou sportifs ont été déprogrammés trois fois. Donc, cette crise sanitaire a mis nos capacités à l'épreuve. On a la chance d'avoir des agents et des élus qui ont su tenir le cap pour protéger au mieux nos habitants. En mars dernier, j'avais commencé à faire des stocks de masques, mais j'en avais acheté seulement quelques milliers. Je ne me doutais évidemment pas de l'étendue des besoins. Plusieurs centaines de milliers de masques ont été nécessaires.

Notre organisation s'est d'abord orientée sur la gestion de l'espace public, l'achat des masques, la protection de nos agents. Nous avons fait en sorte d'ouvrir les écoles et les crèches pour accueillir les enfants des personnels de santé, des pompiers, des militaires et des policiers qui ont continué leur activité pendant le premier confinement, puis, progressivement, de mettre en place une trajectoire de confiance, au moment du déconfinement : piétonniser le centre-ville, assurer la distanciation, permettre aux marchés de disposer des protocoles sanitaires efficaces. Nous avons accompagné ce retour progressif à la vie, avant de mettre en place des centres de tests, donner des masques à tout le monde. Au moment du deuxième confinement, quand il a fallu que les écoliers portent le masque, nous en avons acheté des dizaines de milliers, pour les enfants de 6 à 11 ans. Ensuite est venue l'ouverture des centres de vaccination, en assurant le transport, la logistique, les flux. C'est toujours un défi permanent. Nous l'avons relevé. Je ne voudrais pas oublier les centaines de bénévoles qui nous ont aidés et qui ont su créer un réseau de solidarité vraiment impressionnant. Dans ce contexte, j'ai la chance d'être à la tête d'une ville avec des agents dévoués, efficaces et des élus hyper motivés. Nous avons peut-être été mieux armés que d'autres, pour faire face à l'ampleur de la crise, notamment grâce à une gestion budgétaire très rigoureuse qui nous a permis d'absorber les dépenses imprévues.

Imaginons la fin de cette crise sanitaire… Quels vont être les challenges à venir ?

A. P. : La solidarité ! C'est là que nous devons focaliser nos actions. L'avenir, c'est investir. Cette année, nous allons investir plus de 30 millions d'euros. Notre commune n'a jamais investi autant. En ma qualité de maire, je peux me permettre de le faire parce que j'ai beaucoup de projets et parce que j'ai un bon socle de gestion. Nous avons un endettement très faible sur le budget principal proche de zéro, ce qui est rare pour une ville de presque 50 000 habitants. Nous allons également intervenir sur le développement autour des étudiants. A Saint-Germain-en Laye, ils vont passer de 2 500 à 5 000, ce qui ferait de nous une ville de 25 000 élèves. Nous en sommes à un peu plus de
22 000 aujourd'hui. Il faut aussi préparer l'avenir avec des équipements publics, des offres de loisirs, dans un contexte budgétaire qui va être compliqué. Donc, nous devons également dégager des marges de manœuvre et gérer au mieux. Nous ne sommes pas des gens dispendieux. Nous faisons attention, ici peut-être plus qu'ailleurs. Cela correspond aussi à notre philosophie.

Dans l'année à venir, c'est vraiment la solidarité qui doit s'exprimer. Le premier jour de la mise en œuvre de la vaccination, j'ai senti beaucoup de tension, beaucoup de stress, chez les seniors. Il va falloir les rassurer et redonner à nos jeunes le goût de vivre. Et puis, il y a tous les actifs qui sont fragilisés, avec d'éventuelles perspectives de perte d'emploi. Il va falloir que les réseaux associatifs s'organisent pour les aider.

C'est vraiment mon quotidien en ce moment. Je pense à la manière dont on peut organiser cette solidarité, comment on peut travailler sur la cellule emploi, les associations intermédiaires, les associations solidaires, les associations de développement économique. Comment, dans le même temps, nous, acteurs publics, nous pouvons relancer l'investissement. Je rappelle que les collectivités sont les principales entités publiques qui investissent. Nous avons aussi un rôle dans la relance. Nous devons investir, sans pour autant faire des ronds-points ou des routes. Nous devons investir dans des domaines productifs pour demain, comme l'éducation, l'enseignement supérieur. Et puis, bien évidemment, comme les autres villes moyennes, Saint-Germain-en-Laye connaît un petit boom de l'immobilier. On voit beaucoup de Parisiens, de Franciliens venir chez nous pour cette qualité de vie dont ils ont peut-être été privés au cours du premier confinement. Alors, est-ce un effet d'aubaine ? Est-ce quelque chose de durable ? Je ne sais pas du tout. Ce que je sais, c'est que c'est une ville où les solidarités peuvent s'exprimer et où il y a un lien de proximité différent.

Dans les villes moyennes, la solidarité est plus forte. Il y a moins d'anonymat et davantage de proximité. Je crois que demain, ce sera un critère de choix pour les habitants.

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