AccueilÉconomie« Nous allons devoir accompagner plusieurs milliers de salariés supplémentaires »

« Nous allons devoir accompagner plusieurs milliers de salariés supplémentaires »

En cumul, depuis le premier confinement, ce sont près de 80 400 ruptures de contrats de travail qui ont été envisagées dans le cadre de PSE, soit près de trois fois plus que sur la même période en 2019, selon la Dares. Éric Soubrane, directeur régional Île-de-France de Tingari, cabinet de conseil en ressources humaines, revient sur les conséquences de ces pertes d'emploi au niveau francilien et sur les différents dispositifs d'accompagnement existants.
« Nous allons devoir accompagner plusieurs milliers de salariés supplémentaires »
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Qu'elles soient en repositionnement professionnel ou en recherche d'emploi, nombreuses sont les personnes que ce cabinet aura à accompagner dans les prochaines semaines. D'où de forts besoins en recrutement pour cette structure, qui affiche une croissance à deux chiffres. Une trentaine de conseillers, en insertion professionnelle et en évolution professionnelle, sont recherchés chaque mois.

En quoi consiste précisément votre activité ?

Éric Soubrane : Nous avons 35 sites en propre France et des cotraitants. Sur ces 35 centres, nous avons 200 conseillers qui reçoivent tous les jours des candidats ou des salariés qui ont un projet professionnel. Ils sont amenés à retrouver un poste, lorsque ce sont des demandeurs d'emploi, ou à construire un projet de réorientation, lorsque ce sont des salariés. Notre réseau nous offre un maillage de proximité sur toute l'Ile-de-France. Une personne qui veut intégrer Tingari trouvera toujours une agence proche de chez lui. Nous avons 12 managers de proximité, qui gèrent entre deux et cinq agences chacun, en moyenne. Ils veillent à la montée en compétence de nos collaborateurs tout au long de leur parcours professionnel.

Comment vos bénéficiaires sont-ils amenés à vous rencontrer ?

E.S. : Nous avons essentiellement trois commanditaires. Le premier, c'est Pôle emploi, qui sous-traite à Tingari l'accompagnement des demandeurs d'emploi. Pôle Emploi s'est recentré aujourd'hui sur l'indemnisation, sur le cadre global de l'accompagnement d'un demandeur d'emploi. Il nous confie l'accompagnement de la recherche d'emploi, de la préparation des CV et de la préparation des entretiens des demandeurs d'emploi. Notre rôle, c'est donc de les prendre en main pour les aider, soit à retrouver un poste, soit à élaborer leur projet. Nous travaillons aussi avec l'Agefiph – Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées – sur certaines prestations, en particulier en Essonne. Les travailleurs handicapés qui sont demandeurs d'emploi ou salariés sont orientés chez nous.

Notre deuxième grand volet d'intervention, ce sont les salariés. Sur toute l'Île-de-France, n'importe quel salarié ou travailleur indépendant a droit au CEP (conseil en évolution professionnelle). C'est France compétences, qui dépend du ministère du Travail, qui a créé ce dispositif. Il a pour but de fluidifier le marché de l'emploi en France, en particulier en Île-de-France. Un salarié qui se pose des questions sur son avenir professionnel, qui a envie d'un nouveau projet et qui a besoin d'être accompagné, qu'il ait une idée ou non de la direction à prendre, parce qu'il se sent seul face à ce projet, peut bénéficier gratuitement d'un accompagnement par un conseiller en évolution professionnel ;
pour nous, du Groupement Evolution, qui fait partie de Tingari. Les salariés prennent rendez-vous par le biais d'un numéro vert. Ils sont ensuite reçus, parfois jusqu'à 8 heures, en entretien individuel, pour les aider à mettre en œuvre leur projet, voire à ce qu'un conseiller les aides à surmonter des aléas qui pourraient survenir. A cela s'ajoute des événements collectifs, c'est-à-dire des ateliers thématiques en rapport avec un sujet d'évolution professionnelle pour les salariés (création d'entreprise, VAE...).

Nous faisons aussi des approches en entreprises, à l'occasion de RIC (réunions d'information collective), dans lesquelles nous présentons le conseil en évolution professionnelle, si l'entreprise nous le demande.

Le travail de vos conseillers a évolué avec la crise sanitaire ?

E. S. : Chez Tingari, le conseiller reçoit tous les jours, en entretien individuel, des bénéficiaires, et réalise des ateliers toutes les semaines. Avec le contexte sanitaire, la particularité est que ces accompagnements se font majoritairement en distanciel, soit en visioconférence, soit par téléphone. Même chose pour les ateliers que nous réalisons avec des groupes de bénéficiaires.

Le nombre de Plans de sauvegarde augmente assez fortement. Comme cela se traduit chez Tingari ?

E. S. : Malheureusement, la crise sanitaire a eu un impact très fort sur le chômage. Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté et l'Île-de-France n'est pas épargnée. Les demandeurs inscrits à Pôle Emploi se retrouvent naturellement chez nous pour être accompagnés. Cela concerne tous les secteurs d'activités, aussi bien le tertiaire, au cœur de Paris et en première couronne, que des secteurs plus diversifiés, comme l'industrie et la logistique, lorsque l'on touche la grande couronne. Dans les Yvelines, le secteur automobile, très touché également, a commencé par réduire le nombre d'intérimaires, avant de limiter leur nombre de salariés. Ce sont des demandeurs d'emploi que nous retrouvons. Bien sûr, la restauration est très concernée également, à l'échelle francilienne. Le BPT a, lui aussi, un peu souffert en 2020.

Nous accompagnons, dans le cadre du CSP, le Contrat de sécurisation professionnelle, qui prévoit un accompagnement sur 12 mois, des demandeurs d'emplois licenciés économiques. C'est une activité sur laquelle nous prévoyons et ressentons une forte croissance, puisqu'un grand nombre d'entreprises connait des difficultés et nous pressentons un grand nombre de PSE dans les mois qui viennent.

Un deuxième dispositif important existe en Île-de-France : Activ'Projet (ACP). Ce sont des demandeurs d'emploi qui ont une réflexion sur leur avenir professionnel et qui doivent formaliser leur projet de créer leur entreprise, de se former, de retrouver un emploi dans un autre secteur, etc. Durant trois mois, nos conseillers les accompagnent sur tous les départements franciliens, sur l'élaboration d'un ou plusieurs projets. Par exemple, je veux me tourner vers le secteur médical, mais je me pose aussi des questions sur l'entreprenariat. Nous leur conseillons d'avoir plusieurs projets. Actuellement, nous accompagnons 4 000 personnes.

Enfin, il existe un troisième dispositif nommé EMD, “toutes les clés pour mon emploi durable”. C'est un dispositif d'accompagnement à la reprise d'emploi, sur trois mois. Le bénéficiaire est accompagné avec un rythme soutenu d'entretiens et d'ateliers, pour repartir sur un emploi durable. Nous retrouvons notamment des “permittents”, c'est-à-dire des personnes qui alternent des contrats courts et des périodes de recherche d'emploi, mais ce dispositif est accessible à tous les demandeurs d'emploi.

Et concernant la deuxième branche de votre activité ?

E. S. : Sur le volet des salariés, nous faisons un constat intéressant. Il y a actuellement une forte demande, parce que ce contexte de crise sanitaire et de télétravail n'a pas été favorable aux Franciliens, qui vivent parfois dans des logements exigus. Les événements récents les ont poussés à rebondir, à partir d'un nouveau projet, à se créer un nouvel avenir professionnel, voire à changer de fonction ou de lieu. Nous avons observé un mouvement en ce sens, de la petite couronne vers la grande couronne, à l'instar de ce que l'on constate en immobilier. Cela peut aller jusqu'à un changement de région pour partir vers de nouveaux horizons, pour se mettre au vert. Les Franciliens ont aussi gagné en mobilité géographique, grâce au télétravail. Ils sont désormais plus enclins à travailler loin de leur entreprise.

Comment a évolué votre flux de bénéficiaires ces derniers mois ?

E. S. : Le début de la crise sanitaire a plutôt correspondu à une baisse d'activité. Les actifs se sont repliés sur eux-mêmes. Mais ensuite, à partir du mois d'avril, nous avons constaté un rebond. Depuis, l'activité est remontée et reste très soutenue. Il y a eu un afflux de salarié à partir de septembre.

Nous anticipons également l'arrivée d'un nouveau dispositif pour les salariés, Transco (transition collective), qui pourrait se substituer aux PSE. Ce nouveau dispositif pourra être proposé par les entreprises qui doivent réduire leur nombre de salariés au deuxième trimestre 2021. Il passera par le Conseil en évolution professionnelle. Les salariés pourront bénéficier d'un accompagnement sur 24 mois pour lancer un projet, avec des fonds spécifiques de formation. Nous prévoyons par conséquent l'arrivée d'un grand nombre de salariés supplémentaires. C'est pour cela que nous recrutons en ce moment. Nous évaluons à plusieurs milliers le nombre de salariés à accompagner d'ici la fin de l'année 2021.

Quels sont vos besoins en recrutement ?

E. S. : Chaque mois, nous recrutons une trentaine de collaborateurs, sur l'ensemble des départements et pour l'ensemble des prestations que je vous ai présentées. Il faut dire que nous connaissons actuellement une croissance à deux chiffres. Nous accompagnons et nous formons beaucoup nos collaborateurs. Nous veillons à travailler dans une ambiance conviviale, avec des managers de proximité pour intégrer les nouveaux arrivants.

Vers quels types de métiers orientez-vous les bénéficiaires ?

E. S. : Notre principe, c'est de nous adapter aux aspirations de chaque demandeur d'emploi. Il n'y a pas de recette miracle. Naturellement, nous sommes présents aussi pour mettre en garde les personnes qui voudraient s'orienter vers les métiers qui sont peu demandés. Mais nous connaissons les secteurs d'activités, les bassins d'emploi et les métiers les plus demandés, vers lesquels nous les orientons.

Quels sont-ils ?

E. S. : Sur l'ensemble de l'Île-de-France, on voit que les métiers du tertiaire, tournés vers le numérique, et, plus largement, les compétences en matière de numérique, sont très souvent demandés. Le télétravail est une aide de ce point de vue. Dans les Yvelines, en seconde couronne, c'est une opportunité. Je pense que cette notion de distance, en Île-de-France, vole aujourd'hui en éclat. Les entreprises parisiennes, qui recrutent aujourd'hui, ont de moins en moins de freins pour lancer leurs recherches dans les Yvelines. Ce n'est plus un problème. Le télétravail est rentré durablement les mœurs des entreprises.

Ensuite, le secteur de la santé est très demandé, naturellement. Celui de l'accompagnement des personnes à domicile est aussi très porteur. En Essonne et en Seine-et-Marne, on trouve des bassins logistiques qui reste assez actifs malgré la crise, ce qui nécessite des préparateurs de commandes, avec les commandes à assistance numérique, des caristes, des magasiniers, etc. Cela reste des métiers où la demande est soutenue, en particulier sur des plateformes logistiques qui délivrent des colis à domicile. Tout ce qui est commande via internet, va générer ce genre de postes.

Le profil des ruptures de contrat

Depuis mars 2020, les ruptures envisagées au titre des PSE concernent dans plus de quatre cas sur dix des entreprises de 1 000 salariés ou plus, et dans près de trois cas sur dix des entreprises de moins de 250 salariés. Le secteur de l'industrie manufacturière concentre 37 % des ruptures, suivi par celui du commerce et de la réparation automobile (19 %), puis celui du transport et de l'entreposage, et de l'hébergement-restauration (9 % chacun). Depuis début mars 2020, un peu plus de 5 800 procédures de licenciement collectif pour motif économique (hors PSE) ont été notifiées auprès des Direccte. Ces procédures concernent dans plus de neuf cas sur dix des licenciements de moins de 10 salariés. Les secteurs les plus concernés sont le commerce et la réparation d'automobile (19 %), l'industrie manufacturière (17 %), la construction (15 %) et l'hébergement-restauration (13 %).

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