AccueilÉconomie« Il faut que nous gardions le moral et que nous maintenions le cap »

« Il faut que nous gardions le moral et que nous maintenions le cap »

Zacharie Hardy est président du Medef 78. Depuis le premier confinement, il anime une cellule de crise qui aide et accompagne au quotidien les entreprises adhérentes et non-adhérentes, essentiellement des TPE et des PME. Malgré la conjoncture défavorable, il transmet aux entrepreneurs des Yvelines des messages de résilience, les encourageant à garder un moral d'acier et la volonté farouche d'aller de l'avant.
« Il faut que nous gardions le moral et que nous maintenions le cap »
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Économie Publié le ,

Pouvez-vous présenter le Medef 78 ?

Zacharie Hardy : Le Medef 78, que je préside depuis janvier dernier, regroupe quelque 400 adhérents, dont 95 % de TPE et de PME. Ces entreprises constituent le cœur de notre action. Nous nous sommes fixés comme objectif l'unification de tous les Medef locaux du département. Nous avons organisé par la suite notre mouvement en ayant le centre névralgique du Medef 78 que je représente aujourd'hui à Versailles.

Avec Vélizy et Saint-Quentin-en-Yvelines, nous avons dans le département les deuxième et troisième zones économiques nationales, après La Défense.

Nous avons ainsi de grands groupes, comme Airbus, Safran et les constructeurs automobiles. Beaucoup de nos entreprises adhérentes sont d'ailleurs des sous-traitants de ces groupes. Il ne faut pas oublier que ces petites et moyennes entreprises représentent actuellement 90 à 95 % de l'activité économique en France. Il est donc normal pour nous de cibler ces entreprises. Les grandes structures n'ont pas les mêmes besoins en termes d'informations, d'aides et d'accompagnement.

Aujourd'hui, le chef d'entreprise qui ne sait pas ouvrir les bonnes portes ou qui n'a pas un réseau professionnel performant ne peut pas réellement prospérer. Il a besoin d'un syndicat patronal comme le nôtre pour l'aider et l'accompagner.

Vous avez pris les rênes du Medef 78 en janvier. On ne peut pas dire que vous êtes favorisé par la conjoncture… Pouvez-vous détailler les problèmes que vous rencontrez ?

Z. H. : A mon arrivée, en janvier de cette année, nous avions un programme très ambitieux, à la fois pour nos adhérents et pour le département. Malheureusement, la crise sanitaire nous impacte de façon très importante en stoppant radicalement toute l'animation et tous les projets de développement – formation, médiation… – que nous avions envisagés dès le printemps. Elle nous a amené à nous concentrer exclusivement sur cette conjoncture qui a engendré une crise économique et une crise sociale. Au Medef, nous avons revu nos priorités et nous nous sommes organisés pour monter très rapidement une cellule de crise. Nous avons fait remonter au Medef national toutes les problématiques que nous sommes allés collecter sur le terrain, auprès des entrepreneurs. Toutes ces informations ont permis aux négociateurs, Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Martin, d'échanger avec les services de l'État, en collant au plus près de la réalité économique actuelle des entreprises. Lors de cette démarche d'écoute des entrepreneurs, nous avons tout de suite constaté que le manque d'activité allait engendrer des pertes de trésorerie. D'où les mesures prises par l'État, de la création du PGE, au décalage du règlement des charges sociales, en passant des reports fiscaux, pour permettre aux entreprises de supporter le premier confinement, en mars dernier, et cette obligation de ne pas travailler, donc de ne pas générer de chiffre d'affaires.

Nous avons également affronté le problème des salaires. Là encore, l'État a immédiatement réagi, notamment grâce aux informations que nous lui avons données via nos instances nationales, avec la prise en charge de l'activité partielle et de différentes aides.

Au départ, nous étions noyés dans une série de tracasseries administratives qui handicapait les entrepreneurs. Pour les déclarations d'heures d'activité partielle, le site de la Direccte était difficilement accessible, il fallait aider les entrepreneurs qui le souhaitait. Notre cellule de crise, constituée d'un certain nombre de professionnels, experts-comptables, avocats, chefs d'entreprise, conseillers, consultants…, s'est mobilisée pour écouter les chefs d'entreprise et leur apporter une aide directe efficace. De notre côté, nous étions en contact avec tous les services de l'État. Avec beaucoup de sincérité, je rends hommage à ces derniers. Ils ont vraiment été à l'écoute. La Direccte, la préfecture, les équipes de l'Urssaf, la Dgfip… Tout le monde était conscient que nous affrontions un sérieux problème, totalement inédit. Il fallait absolument réagir pour sauver les entreprises.

Vous trouvez que la France en a fait assez pour les entreprises ?

Z. H. : Absolument. Bien sûr, les Pouvoirs publics auraient pu faire plus encore. Pourtant, ce qui a été fait est colossal. C'est, à mon avis, l'une des politiques d'aides les plus importantes du monde. Mais les aides ne remplacent pas le chiffre d'affaires, les entreprises veulent retravailler le plus vite possible.

Néanmoins, il est vrai que beaucoup d'entreprises n'ont pas bénéficié de ces aides. Les ETI, les grands groupes, par exemple. Mais je pense qu'il était impossible de déplafonner, sinon, c'est toute l'économie qui était emportée.

Les entreprises de taille importante ont des capacités financières suffisantes pour franchir le cap. Nous attirons pourtant l'attention de l'État sur la situation des ETI, notamment. Ce sont des entreprises qui représentent la compétence et l'excellence françaises. Nous ne devons pas les perdre. Il faut être à l'écoute et observer de très près l'évolution globale de ces entreprises, en espérant qu'elles puissent sortir de la crise en 2021. En début d'année, les entreprises vont se trouver affaiblies, avec moins de trésorerie et plus de dettes. Nous avons un risque de retrouver des entreprises “zombies”, autrement dit des structures assommées par tous ces problèmes. Certaines vont disparaître. Les défaillances vont arriver. D'autres vont se trouver dans l'incapacité d'investir, de se développer.

Mesurez-vous l'impact de cette crise sanitaire chez vos adhérents ?

Z. H. : Il y a peu d'entreprises et de secteurs qui échappent à la crise. Les hôtels, tout d'abord, ont enregistré 80 % de baisse de chiffre d'affaires. Pour le secteur de l'aéronautique, c'est pire encore. Le trafic aérien ne retrouvera pas son niveau de 2019 avant 2024 pour les plus optimistes, avant 2029 selon les scénarios les plus pessimistes.

Le recrutement des jeunes nous préoccupe aussi beaucoup, pour faire face à la demande de main d'œuvre. Les étudiants français vont perdre en compétence et en apprentissage. Cette situation impactera certainement leurs revenus. Tout cela est naturellement très inquiétant. Il faut pourtant relever la tête et avancer. Nous avons récemment fait un sondage dans le département. Il s'avère que 85 % des entrepreneurs interrogés estiment que leur entreprise sera capable de sortir de la crise sans trop de dégâts. C'est pour nous une démonstration de résilience très intéressante. Nous essayons donc de garder le moral et le cap. L'optimisme est l'une des qualités du chef d'entreprise.

Certains secteurs s'en sortent néanmoins ?

Z. H. : Aujourd'hui, le seul secteur qui semble assez bien se porter est le bâtiment. Malheureusement, les projections pour 2021 ne sont pas très optimistes. On enregistre une baisse de 23 % des permis de construire et de 33 % sur les appels d'offres concernant les travaux publics. Pour toutes ces raisons, 2021 va, à mon avis, être compliquée à gérer pour toutes les entreprises. Nous espérons que nous retrouverons une activité et une productivité normales à l'automne prochain.

Il est certain qu'on ne pourra pas se permettre un énième confinement. Il viendrait fracasser les fondations de notre économie. Nous devons trouver une solution pour pouvoir travailler normalement dans un environnement impacté par la Covid. Avec l'arrivée du vaccin, nous allons peut-être pouvoir limiter certaines restrictions sanitaires dans les entreprises.

Le port du masque et ces gestes barrières ont souvent changé les façons de travailler, notamment avec le développement du télétravail. Le constatez-vous déjà dans les Yvelines ?

Z. H. : Bien évidemment. Les règles de travail devraient être assouplies à compter du 7 janvier. Tous ceux qui sont en télétravail à 100 % vont pouvoir revenir en entreprise au moins un jour par semaine. Il faut dire que ce télétravail a été assez bénéfique pour un certain nombre de collaborateurs. Mais il a également été néfaste pour beaucoup d'autres. Il a engendré des complications dans l'organisation, des burn out… Il faut savoir que toutes les entreprises n'étaient pas prêtes à se lancer dans ce type d'activité. Cela suppose l'implémentation d'un système d'information bien spécifique, des systèmes de protection des données et de sécurité informatique très sophistiqués. Beaucoup d'entreprises ont vu des pirates s'introduire dans leurs serveurs avec tous les désagréments que cela engendre. En revanche, le télétravail a aussi apporté beaucoup de satisfaction aux entreprises et a surtout engendré une nouvelle organisation des tâches. Les chefs d'entreprise ont, par exemple, pris conscience qu'elles n'avaient plus besoin d'autant de mètres carrés de bureau pour fonctionner, trouvant un bon équilibre entre le présentiel et le distanciel.

D'une manière générale, j'estime que c'est un bouleversement qui s'opère actuellement. Certaines entreprises sont déjà en négociation avec leurs bailleurs pour réduire la surface de leurs locaux. D'autres abandonnent des sites entiers pour se recentrer sur des locaux à l'envergure plus modeste. On constate qu'il y a un avant et un après Covid. Nos adhérents nous le confirment.

On s'aperçoit également que les salariés peuvent télétravailler en étant très éloigné de l'entreprise. Certains peuvent ainsi quitter l'Île-de-France pour travailler en province, voire même à l'étranger. Cela pose un réel problème. Nous attirons l'attention de nos adhérents, et les entreprises d'une manière générale, sur cet effet qui pourrait devenir pervers de voir des salariés travailler d'Inde ou de Chine. Nous avons d'ailleurs demandé au Gouvernement de laisser les entreprises organiser et gérer le télétravail pour éviter qu'il ne devienne contraignant et plus coûteux. Nous sommes parvenus à un accord pour que cette façon de travailler soit organisée entreprise par entreprise.

Pendant cette crise sanitaire, nous avons vu l'importance des plateformes de distribution. Incitez-vous vos adhérents du secteur marchand à se mettre davantage au numérique et à la vente en ligne ?

Z. H. : Bien enyendu. En fait, nous avons beaucoup partagé sur cette révolution structurelle avec nos adhérents commerçants. La crise de la Covid a nettement accéléré la transformation du commerce physique vers le commerce digital. Nous nous sommes pourtant aperçus que tous les produits ne peuvent pas être vendus en ligne. Par ailleurs, les commerçants n'ont pas tous la connaissance, la compétence et la possibilité d'investir dans le digital. Autre phénomène, quand vous vous lancez dans le commerce en ligne, vous vous heurtez rapidement aux géants du numérique. La création de plateforme devient impérative. C'est pourquoi certaines villes et certaines collectivités se sont organisées pour créer des plateformes numériques qui vont permettre aux commerçants de proposer leurs produits afin de booster le commerce local.

Le développement de ces plateformes locales ne risque t-il pas d'impacter un peu plus encore les commerces de centre-ville ?

Z. H. : Oui, absolument. C'est un vrai problème. Voilà pourquoi nous réfléchissons actuellement afin que les commerçants de centre-ville puissent trouver les bons arguments pour faire la différence, notamment en termes de service, à travers le conseil, la présentation des produits, les démonstrations – ce que ne font pas les plateformes –, l'information des consommateurs…

Quels sont aujourd'hui les messages que vous passez à vos adhérents ?

Z. H. : Tout d'abord, il faut absolument que nous conservions cette note d'optimisme. Il faut garder un moral d'acier, un moral positif, pour l'avenir. Sinon, les prochaines années vont être très compliquées. C'est mon premier message. Le deuxième est de dire aux chefs d'entreprise qu'ils doivent être conscients de la situation dans laquelle nous sommes et anticiper les problèmes qui risquent d'arriver. Ils ne doivent pas hésiter à se remettre en question, à se repositionner et à diversifier leurs activités. Prenez, par exemple, l'événementiel. Je ne vois pas d'événements majeurs organisés avant un à deux ans. Nous demandons donc à ce secteur de réagir, de trouver des solutions pour s'en sortir. Le Medef 78 envisage, dans le département, d'organiser, avec des experts, des séances de formation et d'accompagnement pour donner de nouvelles compétences aux chefs d'entreprise dans les secteurs émergents qui vont les inciter à trouver de nouveaux débouchés. n

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