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« A quoi servira la 5G ? »

Pour Nicolas Guérin, secrétaire général d'Orange, la 5G constitue notamment « une solution dans la lutte contre le réchauffement climatique ou de la limitation des effets de gaz de serre ». Pour lui, « il y a eu beaucoup de fausses informations, sur ses “méfaits” ». Le moment est venu, selon le secrétaire général d'Orange, « de prendre le temps d'expliquer et de rassurer tout le monde ».
« A quoi servira la 5G ? »
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La 5G a été annoncée et devait être lancée dans certaines métropoles à partir de décembre... Qu'en est-il aujourd'hui ?

Nicolas Guérin : Nous avons lancé la 5G début décembre dans 15 grandes villes, notamment à Marseille et Clermont-Ferrand. Fin décembre, elle était arrivée dans plus de 160 villes. Pour Paris, ce sera sans doute plutôt en ce début d'année. Une initiative y a été prise de réunir une convention citoyenne de 85 Franciliennes et Franciliens qui ont débattu aux mois de novembre et de décembre sur ce que représente la 5G en termes de progrès et d'impact environnemental. La convention citoyenne a rendu ses conclusions le 16 décembre au Conseil de Paris et maintenant, il y a une discussion qui s'engage entre les opérateurs et la Mairie pour déterminer comment la 5G va se déployer dans la capitale. Il faut donc laisser le temps à ce débat. Nous serons certainement sur une ouverture en janvier-février. Dans les autres villes, nous avons ouvert et nous continuerons à ouvrir progressivement. C'est la stratégie suivie par tous les opérateurs, de montrer sereinement à nos concitoyens ce qu'est la 5G, à quoi elle sert et quel est son impact sur la santé et l'environnement. Nous avons la conviction que c'est une solution dans la lutte contre le réchauffement climatique ou de la limitation des effets de gaz de serre de l'industrie et de la société en général. Il est nécessaire de faire de la pédagogie. Il y a eu beaucoup de fausses informations, sur les « méfaits » de la 5G. Il faut donc prendre le temps d'expliquer et de rassurer tout le monde.

La 5G va donc cohabiter avec la 4G ?

N. G. : Oui, elle doit cohabiter. Nous poursuivons l'idée très forte de ne pas imposer de technologie à nos concitoyens. Aujourd'hui, ils ont le choix entre la 5G, la 4G et la 3G. Ils peuvent même utiliser la 2G. Ils choisissent également leur téléphone, avec certaines fonctionnalités, qui permettent de recevoir ou pas la 5G, tout comme la 4G ou la 3G. Ils ont aussi le choix de leur forfait parmi les gammes extrêmement importantes que l'on propose, avec des prix et des débits différents. La 5G est complémentaire à la 4G.

Qu'apportera concrètement la 5G ? Une plus grande vitesse et une possibilité de télécharger davantage de contenus ?

N. G. : Il y a deux caractéristiques très fortes de la 5G qui sont les débits au démarrage, dix fois supérieurs à la 4G, et ce qu'on appelle le temps de latence, qui est le temps que met le téléphone à communiquer avec le réseau et le réseau à communiquer avec le téléphone. Avec la 5G, on est pour la première fois dans le monde du quasi-instantané, c'est-à-dire que le téléphone et les réseaux se parlent dans des temps qui correspondent à la vie humaine. Exemple concret avec la sécurité routière concernant une voiture connectée – ce qui est important c'est que la voiture, qui est un objet connecté, échange en temps réel avec le réseau. Si elle le fait avec un décalage, cela peut créer un problème de sécurité. Au-delà de cet exemple, la 5G offrira aux particuliers plus de débit, plus de rapidité, elle va désaturer les fréquences 4G et ainsi permettre de maintenir une qualité de service extrêmement élevée, notamment sur la data.

La 5G va aussi permettre de connecter énormément d'objets connectés. Quand je parle d'objets connectés, je pense, par exemple, à des capteurs installés, dans les immeubles, pour mieux gérer le chauffage, ou dans les rues pour piloter les lampadaires d'éclairage public. Sur les routes, ces capteurs peuvent également permettre, lors de départs en vacances, de détecter le nombre de voitures qui passent et d'adapter la vitesse pour créer moins d'embouteillages. Les applications au bénéfice du grand public sont infinies.

La 5G va aussi permettre de développer l'industrie de demain, “l'industrie 4.0”. La 5G va faciliter l'introduction de l'intelligence artificielle dans l'industrie. La transmission de données de manière massive permet de les traiter par l'intelligence artificielle de manière fluide. Grâce à la 5G, on pourra améliorer la robotique en France. Il existe beaucoup d'exemples d'utilisation dans l'industrie. La France a un petit retard à rattraper par rapport aux autres pays européens qui ont ouvert la 5G depuis plusieurs mois. L'Allemagne vient d'investir 7 milliards d'euros de son plan de relance sur la 5G et la Chine a investi des milliards justement parce que l'industrie de demain va utiliser la 5G pour être plus performante. Notre industrie doit donc pouvoir utiliser la 5G, notamment pour développer ses applications industrielles, c'est une question de compétitivité pour nos entreprises.

Nous devons être au rendez-vous de la 5G et permettre à notre industrie d'avoir le meilleur des réseaux et ne pas être dépendant des technologies étrangères.

En couplant la 5G avec la fibre optique, on va passer dans une autre dimension ?

N. G. : C'est l'immense chance qu'on a en France, d'avoir un réseau mobile avec le New Deal Mobile qui a énormément développé la 4G. Ce programme New Deal est très efficace, puisque depuis 2018, 3 milliards d'euros ont été investis. La fibre fait partie du programme du président de la République, qui poursuit l'objectif de fibrer entièrement la France d'ici 2025, avec des débits extraordinairement puissants, même dans les zones rurales. Cette complémentarité du New Deal Mobile, de la fibre et de la 5G est unique en Europe. Il n'y a pas un pays européen qui a investi autant et qui propose de la 4G, de la fibre et de la 5G. Cela va nous permettre d'avoir un outil numérique au service de nos concitoyens qui sera exceptionnellement important. Sur les 3 milliards d'euros investis pour le New Deal Mobile, et les 20 milliards sur la fibre, 80 % proviennent d'opérateurs privés. Le reste du financement est assuré par l'État et les collectivités. Le numérique aujourd'hui, c'est le plus gros chantier français d'infrastructures.

Nous, les opérateurs télécom, on a investi 10 milliards d'euros l'année dernière là où l'énergie investissait 5,9 milliards, où l'automobile 1,5 milliard. Entre aujourd'hui et 2025, on va doter la France d'outils numériques extraordinairement importants.

L'inquiétude des citoyens vient du fait que l'on rajouterait des antennes 5G, alors même qu'il se dit que vivre à côté d'une antenne est dangereux pour la santé…

N. G. : On ne rajoute pas d'antennes au lancement et pendant plusieurs années, parce qu'on a déployé énormément d'antennes 4G qu'on réutilise pour installer la 5G. Il n'y a quasiment pas de création d'antennes au démarrage. Donc, l'image de la forêt d'antennes 5G qui va se développer est fausse. Tous les opérateurs le démontrent, toutes les ouvertures actuelles sont faites sur des antennes 4G existantes, qui sont parfois réadaptées. Après, sur la question sanitaire, il y a eu des milliers d'études scientifiques qui démontrent qu'il n'y a aucune conséquence des ondes sur la santé. Aucune étude scientifique n'a jamais démontré un effet sur la santé des fréquences 4G. Les fréquences 5G sont très proches de celles de la 4G et leurs conditions d'émission sont également très proches dans les bandes de fréquences. Il n'y a donc aucune raison qu'il y ait un quelconque problème de santé. Sur la 5G il y a une vingtaine d'autorités sanitaires en Europe qui ont conclu qu'il n'y avait pas de problème sur la santé. Et ces autorités sont celles de l'Allemagne, de la Finlande, du Danemark... Par ailleurs, il y a une réglementation française et européenne très stricte qui autorise les opérateurs à exploiter les fréquences 5G sous réserve de rester en dessous de seuils d'émission afin d'éviter tout risque potentiel.

Pourquoi la situation est-elle en attente à Paris ?

Z. H. : Je vous le disais, la Mairie de Paris a souhaité réunir une convention citoyenne et fait dans ce cadre un sondage pour savoir ce que représente la 5G pour ses concitoyens. Cette concertation est très intéressante parce que plus de 70 % des Franciliens faisant partie de la convention citoyenne associent la 5G à un facteur de progrès ou considèrent que cette technologie est capable d'apporter des innovations au bénéfice de tous. 20 % s'interrogent sur l'impact environnemental et seulement 4 % disent qu'elle pose un problème de santé. Je pense donc que la question de la santé est derrière nous. Le vrai questionnement aujourd'hui concerne l'environnement et les usages. A quoi servira la 5G et ne va-t-elle finalement pas nuire à l'environnement ? Et sur ces deux sujets, on a des réponses très précises et très concrètes à apporter à nos concitoyens. Très clairement, il y a énormément d'usages et sur la question environnementale, il suffit de regarder toutes les annonces faites par les opérateurs depuis deux ans sur l'environnement pour constater qu'ils ont pris en compte ce sujet-là dans la construction de leurs réseaux, dans leur façon d'agir et qu'ils prennent des engagements très forts. Orange, par exemple, a pris l'engagement d'être en neutralité carbone en 2040, dix ans avant ce qui est prévu par la Convention de Paris. On s'engage aussi bien au-delà de nos réseaux, on travaille avec les équipementiers, les constructeurs de terminaux aussi pour que ceux qui sont construits consomment moins d'énergie, et qu'on puisse les réparer. On agit sur toute la chaîne avec nos partenaires de l'industrie des télécoms pour faire en sorte de réduire l'empreinte environnementale du numérique, malgré l'augmentation de la consommation.

On est persuadé que les nouvelles technologies peuvent être mises au service des autres secteurs pour qu'ils réduisent leur empreinte. Et ça, c'est l'effet positif du numérique. On l'a vu pendant le confinement, notamment avec le télétravail. L'Ademe, l'agence de la transition écologique, a montré que l'économie carbone réalisée grâce au télétravail est énorme. Et elle l'a quantifié : un gramme consommé dans le numérique, c'est 100 grammes économisés dans la mobilité.

Dans d'autres secteurs, comme l'éclairage public ou le recyclage des déchets, rendus intelligents grâce au numérique, permettent de faire des économies d'énergie. Le numérique, est une aubaine et, je vais même plus loin, est indispensable pour réussir à réduire notre empreinte carbone. On doit développer le numérique pour réduire notre empreinte carbone.

Le confinement a été la démonstration des effets bénéfiques du numérique, qu'il faut mettre en avant. Il faut aussi discuter avec nos concitoyens parce qu'il y a des bonnes pratiques à avoir. On n'est pas obligé de charger 100 films si on ne va en regarder qu'un. Il faut donc aussi travailler sur la façon de bien utiliser, tous collectivement, ce formidable outil qu'est le numérique. Si on travaille tous ensemble, on avancera vers un monde plus écologique. n

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